Afrique du Sud : Des étudiantes contraintes de lisser ou de cacher leurs cheveux crépus

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Le  Pays de Nelson Mandela et de Desmond Tutu est indexé depuis une semaine pour des faits de discrimination.

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Les autorités du lycée de Pretoria Girls High, un établissement privé qui reçoit uniquement des jeunes filles, demandent aux étudiantes noires de se lisser les cheveux. Les responsables de l’école, interdisent aux pensionnaires de porter des coupes afros et suggèrent aux étudiantes, d’attacher leurs cheveux crépus. Des coiffures, selon les dirigeants du lycée, adaptées à la coiffure de leurs consœurs blanches.

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Depuis le 26 août dernier, elles défilent silencieusement. Les jeunes filles manifestent dans les rues de Pretoria (capitale d’Afrique du Sud), elles dénoncent les remarques discriminatoires qui seraient leur quotidien dans le lycée privé où elles sont scolarisées.
Aujourd’hui elles obtiennent « justice » mais la question de la discrimination raciale reste récurrente dans cette région africaine, malgré le virage politique opéré en 1994.

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A Pretoria Girls High (un lycée créé en 1902), les étudiantes coiffées d’afros ou qui portent des tresses sont la cible des enseignants depuis plus d’une vingtaine d’années, elles crient leur ras-le-bol.

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En effet, le règlement intérieur de l’établissement secondaire, interdit les coupes afros, les « rastas », les vanilles, les « dreadlocks » et leurs déclinaisons. Si les élèves ont toujours protesté contre ce racisme ordinaire, les parents, eux, avaient d’autres préoccupations. Cette prestigieuse institution scolaire, n’est devenue accessible aux jeunes filles noires et aux métisses que depuis 1994. Une date qui marque l’ouverture démocratique qui a conduit Nelson Mandela (1918-2013) au pouvoir durant cinq ans (9 mai 1994 au 14 juin 1999).

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Mais cette alternance n’a pas profité à la classe noire toujours confrontée aux actes racistes.
Face aux nombreux témoignages d’anciens élèves de Pretoria Girls High, les responsables politiques du pays sont intervenus pour entendre les étudiantes. Mishka Wazar, une ancienne élève raconte des faits similaires à Lalibre.be (31/08/2016) : « Nous avons écrit des lettres, et nos doléances ont été généralement ignorées ».

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Le ministre provincial de l’Éducation, Panyaza Lesufi, s’est déplacé et a confirmé les propos des élèves : « Des enseignants leur disent qu’elles ressemblent à des singes ou ont des nids sur la tête ». Le ministre a pris acte et a aussitôt demandé que des « actions disciplinaires soient engagées contre les enseignants qui mettent en place des politiques racistes ». L’établissement a 21 jours pour modifier son règlement intérieur.

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Relayé sur la toile, la contestation a pris la forme d’un hashtag : #STOPRACISMAPRETORIAGIRLSHIGH. L’indignation des internautes a de nouveau alerté la communauté internationale des actes racistes qui persistent encore en Afrique du Sud. Un pays toujours sous influence d’une classe blanche et riche face à 60% d’une population noire défavorisée dans une Afrique du Sud qui n’a pas encore refermé la longue parenthèse de l’Apartheid. C’est aussi l’analyse de la sociologue martiniquaise Juliette Sméralda en 2005, dans « Histoire d’une aliénation » (Jasor), qui éclaire largement sur l’aliénation de la culture noire au profit des canons de la beauté blanche.

Dorothée Audibert-Champenois
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Dorothée Audibert-Champenois