Aimé Césaire aurait eu 104 ans. Europe 1 lui rend hommage dans la Morale de l’Info

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Pour rendre hommage à Aimé Césaire qui, hier, lundi 26 Juin 2017, aurait eu 104 ans, Europe 1 a consacré sa Morale de l’info au concept de la Négritude. Dans la matinale de l’info de Thomas Sotto, Raphaël Enthoven qui présente un « sujet d’actualité qu’il analyse avec philosophie » a choisi de faire à sa manière un état des lieux du racisme d’hier et d’aujourd’hui.

Ce mardi matin, Raphaël Enthoven, enseignant de philosophie, animateur de radio et de télévision français s’appuie sur les écrits et analyses d’Aimé Césaire (Basse-Pointe/Martinique), de Léopold Sedar Senghor (Sénégal/Dakar), de Jacques Roumain (Port-au-Prince/Haïti), de Jean-Paul Sartre (Paris/France) et de Paul Niger (Basse-Terre/Guadeloupe) pour décrypter à sa manière un sujet toujours aussi brûlant.

Thomas Sotto : Le Concept de la Négritude? 

Raphaël Enthoven : C’est un concept que Césaire forge dans les années 30, repris ensuite par Léopold Sédar Senghor et tous les penseurs des coloniaux afin disent-ils « : De  pousser d’une telle raideur le grand cri nègre que les assises du monde en seront ébranlées ». La Négritude est d’abord une idée magnifique et un splendide retour de bâton.  « Ni une tour, ni une cathédrale » dit Aimé Césaire « mais la mutation poétique d’une insulte en fierté ».
La Négritude c’est l’Art par lequel le Nègre, a qui on a toujours appris à dire blanc comme neige pour désigner l’innocence, prend enfin conscience de lui-même et met en place dans la langue du colonisateur les torsions du langage qui lui fait entendre ce qu’il est. La négritude est un attentat poétique qui détruit la langue de l’oppresseur tout en la perfectionnant. « Elle défrancise les mots pour donner le jour à la poésie d’un sang noir et célébrer » dit Sartre, « l’Afrique éblouissante d’un sang noir, incendiée, huileuse comme une peau de serpent ».

Thomas Sotto : Mais en postulant l’existence d’une âme noire, la Négritude ne court-il pas le risque d’un enfermement dans la couleur noire ?

R.E : En tout cas « c’est un raciste anti-raciste » dit encore Sartre, il emploie lui-même l’expression dans « Orphée Noire » dans la préface à une anthologie de la littérature nègre. Avant d’ajouter qu’en « fait, cette poésie qui paraît d’abord raciale, est finalement un chant de tous et pour tous ».

 

Thomas Sotto : Et de quelle manière ?

R.E. : Et bien tout comme aux yeux de Marx, le prolétaire revendique le titre d’humanité toute entière par l’universalité de ses souffrances, la race noire dit Sartre, parce qu’elle a eu l’horrible privilège de toucher le fond du malheur est une race élue. Le Noir conscient de soi, souffre pour tous, même pour le blanc. Autrement dit passer le moment d’un contre racisme inévitable, la Négritude doit elle même s’abolir dans un amour. Le racisme anti-racisme est le seul chemin qui puisse conduire à l’abolition des différences de races parce qu’il a plus que tous les autres, souffert de l’exploitation capitaliste. « Le Nègre a acquit plus que tous les autres », dit Sartre encore, « le sens de la révolte et l’amour de la liberté ». Et parce qu’il est le plus opprimé, c’est la libération de tous qu’il poursuit nécessairement, lorsqu’il travaille à sa propre délivrance.
Comme dit le grand écrivain haïtien Jacques Roumain : « Noir, messager d’espoir, tu connais tous les champs du monde ».

Thomas Sotto : Est-ce que selon vous ça marche ?

R.E. : Eh ben non, ça ne marche pas. En guise de prise de conscience on a des réunions non-mixtes interdites aux blancs, c’est-à-dire un racisme renouvelé. La promesse d’une humanité réconciliée avec elle-même dans l’affirmation de ses différences culmine dans la fixité d’un face à face entre identitaire et racisé, dans un monde en noir et blanc où la lutte contre l’oppression est elle même devenue un commerce. Le racisme anti-racisme est bêtement resté raciste.

(Ci-dessous Palais de la Mutualité 1962)

Thomas Sotto : Et la morale de l’info ?

R.E. : C’est une phrase de l’écrivain Paul Niger qui est aussi la seule prophétie réalisée de la Négritude : « La trompette d’Amstrong sera au jour du jugement l’interprète des douleurs de l’homme ».

Ecoutez la fin de la Morale de l’info (Raphaël Enthoven dans la matinale de l’info du 27 juin 2017) :

(Ci-dessous en 1956, le premier congrès des écrivains et artistes noirs Aimé Césaire, Alioune Diop, Léopold Sédar Senghor, Richard Wright ou Frantz Fanon côtoyaient Jean-Paul Sartre, Claude Lévi-Strauss, René Depestre, Édouard Glissant ou James Baldwin.)

Texte intégral de la Morale de l’Info de Raphaël Enthoven, retranscrit depuis la podcast de la matinale d’Europe 1 ce mardi 27 juin 2017.

Retranscrit par Dorothée Audibert-Champenois/Facebook C’news Actus Dothy

ImagesEurope1/Accrochages/JeuneAfrique


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