Air Cocaïne : Comment Christophe Naudin s’est laissé piéger lors de son extradition

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Comme un étau qui se resserre autour de Christophe Naudin. L’expert français en sûreté aérienne, est arrivé à Saint-domingue vendredi. L’homme recherché par Interpol, retenu dans une prison égyptienne a débarqué lourdement escorté, le 4 mars, à l’Aéroport de Los International Las Americas. La République de Saint-Domingue, avait lancé un mandat d’arrêt international contre lui, l’accusant de « trafic illicite de migrants et de traite d’êtres d’humains ».

UNE FATALE ERREUR. Alors qu’il est recherché par toutes les polices internationales, Christophe Naudin fait une pause au Caire,  dans la capitale égyptienne, le 3 février dernier. Le Français y séjourne pour des raisons professionnelles. Deux jours plus tard, la police égyptienne, l’arrête , il est mis en prison. Le mandat de recherche lancé par la République de Saint-domingue contre lui, porte des accusations graves. Les motifs invoqués relèvent de la criminalité transnationale, la traite et le trafic d’êtres humains. L’Egypte, signataire de cette Convention Internationale, ne peut s’opposer à l’extradition de l’expert. Mais la famille et les amis de Christophe Naudin qui s’inquiètent pour sa santé, dénoncent une machination des autorités dominicaines. Ils pensent que les raisons de cette arrestation sont « loufoques »( L’Obs/4/3/2016) et qu’il s’agit d’un usage abusif du droit international. Un recours avait été déposé sans qu’il ait été examiné.

DES DÉMÊLÉS JUDICIAIRES QUI COMMENCENT AVEC L’AFFAIRE DITE «AIR COCAÏNE »
A Saint-domingue. Le 23 mars 2013, Bruno Odos 54 ans, Pascal Fauret 44 ans, Alain Castany 67 ans et Nicolas Pisapia 38 ans, sont sur le Tarmac de l’Aéroport de Punta Cana. Ils sont aux commandes d’un Jet privé . Alors que le Falcon, se prépare à décoller en direction du Sud de la France (Saint-Tropez), ils sont contrôlés. Dans leurs 26 valises les agents vont découvrir 680 kgs de cocaïnes. Les Français sont arrêtés, avec eux, une trentaine de dominicains. Pour le Procureur, ce vol n’est pas un vol commercial mais privé. Les Français sont donc responsables de ce qu’ils transportent. Ils restent 15 mois en détention et sont finalement relâchés sans leur passeport, en attendant leur procès. Deux ans de prisons et deux reports plus tard, ils sont enfin jugés en août 2015, les deux pilotes Bruno Odos et Pascal Fauret sont condamnés à 20 ans de prison. La Justice Dominicaine les laisse libre avec une interdiction de quitter l’île, ils ont fait appel de leur condamnation. Ils attendent leur procès en Appel. Du vaste réseau (de trafiquants) pressenti par les autorités dominicaines, il ne reste plus que 4 français et un Dominicain.

CHRISTOPHE NAUDIN RENTRE EN SCÈNE POUR L’EXFILTRATION DE SES AMIS.
Il décide de faire fuir les deux pilotes. Christophe Naudin et les deux français évadés, arrivent par bateau à Saint-Martin, l’île franco-néerlandaise, puis ils atterrissent à l’aéroport de Martinique pour s’envoler vers la France. Le groupe de fugitifs posent les pieds en Ile-de-France, le samedi 24 octobre 2015. Prudemment le quai d’Orsay précise dès leur arrivée « Nous prenons acte du retour de nos deux compatriotes. Leur retour est un acte individuel dans lequel l’État n’est nullement impliqué. »
L’expert en sûreté aérienne, Christophe Naudin, ne s’est pas caché d’être un des organisateurs de cette échappée rocambolesque. En novembre 2015, il racontait dans les journaux sa participation active dans l’évasion des pilotes.
Aussitôt, la république dominicaine se lance à sa recherche. Il est appréhendé 4 mois plus tard, au Caire, en Egypte, le 5 février 2016.

JEUDI 3 MARS, EN FIN D’APRÈS-MIDI, UN STRATAGÈME EST MIS EN PLACE pour l’extradition de Christophe Naudin. Dans la nuit, pour amadouer le criminologue, les autorités égyptiennes l’ont fait croire qu’il rentrait chez lui, en France. C’est dans l’avion, encadré de militaires dominicains et habillé d’un gilet pare-balles, qu’il s’est rendu compte qu’il était piégé. Il est trop tard. Le Consulat français n’est informé de son extradition, qu’au décollage de l’avion, confirme son épouse, Michelle Naudin au journal le Figaro.

Le cerveau de l’évasion des deux pilotes condamnés pour trafic de cocaïne, est arrivé le vendredi 4 mars en République Dominicaine à 0h25, 5h25 heure de Paris. Il est accusé de « trafic de migrants et de traite d’êtres humains ». Il sera bientôt présenté à un juge, qui le mettra en examen pour trafic de malfaiteurs. Il encourt au moins dix ans de prison, a déclaré le Procureur dominicain Francisco Dominguez. Pour lui, tout cela relève d’ »une association de criminels qui a violé toutes les règles établies par la justice dominicaine ».

Les proches du criminologue sont inquiets, ils ont « un gros doute sur la fiabilité, l’indépendance et l’impartialité de la justice dominicaine ». Ils considèrent que les motifs d’arrestation de Christophe Naudin, sont injustifiés : « l’opération pour le retour des pilotes n’est pas assimilable à de la traite d’êtres humains » s’insurge son avocat Me Martin Reynaud. Il parle de dysfonctionnements dans la justice égyptienne.
Les proches de Christophe Naudin envisagent de porter l’affaire devant les Organes judiciaires des Nations Unies.

Dorothée Audibert-Champenois

Photo : lesechos.fr