Angleterre : L’éclatant parcours de la collégienne martiniquaise Siobhan Rabord

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Craintive et farouche, Siobhan (prononcez Shivon’) est timide, maladivement timide mais cette jeune adolescente d’origine antillaise qui a plein d’atouts, est un exemple pour ses camarades de troisième du collège de Chesterton.

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Nous sommes en Angleterre, au nord de Londres, dans les nouveaux quartiers d’Orchard Park, à quelques minutes de bus du centre ville de Cambridge City.

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Pourtant tout n’a pas été très simple pour la jeune étudiante francophone qui, il y a dix ans, faisait face à de nombreux obstacles d’intégration.

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Malgré ces empêchements, Siobhan surmonte ses difficultés et avec brio, la jeune fille riche de nombreuses cultures est aujourd’hui une étudiante anglaise qui s’épanouit à Cambridge sa ville d’adoption. Pourtant Siobhan est nostalgique d’une île qui garde les souvenirs de son père, un coin des Antilles qui nourrit ses racines antillaises, un héritage que la petite martiniquaise rêve de découvrir niché à plus de huit mille kilomètres de son quartier anglais.

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5h30 du matin, dans la résidence de Pagram Way, Siobhan est déjà réveillée ce samedi 19 novembre. Il fait encore sombre dans l’immeuble quand elle récupère son vélo.

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Tous les samedis matin Siobhan doit récupérer des journaux au Post-office, elle les distribue aux résidents d’Histon Road dans le quartier d’Arbury.

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Il fait froid, le thermomètre ne dépasse pas les deux degrés. Un long trajet à pied et à vélo est prévu et nous la suivons entre les carrefours et les feux rouges, « c’est le premier samedi de la saison où il fait si froid ».

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Sa première étape c’est à Histon Road chez Mc Colls, Onze livraisons de magazines et journaux sont notées sur sa liste.

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Pour ce travail hebdomadaire de deux heures, elle touche chaque samedi environ 4 livres ce qui n’ébranle pas sa motivation, la jeune fille est ravie et commence sa distribution soigneusement.

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Il vaut mieux être prudente que de revenir « corriger » une erreur de destinataire ! Elle sonne, elle attend et décide s’il faut glisser les coupures de presse dans les boîtes aux lettres.

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Même rituel à chaque maison, elles sont toutes individuelles. Quelques fois l’abonné la reçoit sur le pas de la porte et le contact est direct, souvent chaleureux et surtout courtois.

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Elaine Mangeh est la mère de Siobhan, elle est convaincue que ce travail est bien pour l’épanouissement de sa fille : «Ici c’est bien vu qu’une jeune fille soit active, cela est intéressant pour son CV. C’est un principe en Grande-Bretagne, les jeunes doivent participer aux actions caritatives ou humanitaires de leur communauté et de la société où ils vivent. Pour s’intégrer plus tard, il faut se responsabiliser, gagner son autonomie en travaillant comme le fait Siobhan ou sa cousine Phoenix ».

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« Faire du bénévolat s’impliquer dans des causes humanitaires c’est même recommandé dans la société britannique qui développe le sens de l’altruisme très tôt chez les jeunes ».

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C’est l’heure du déjeuner, retour à Pagram Way pour une courte pause dans le nouvel appartement familial, le temps de mieux connaître Siobhan Rabord. Whitney Siobhan est née à Nancy où ses parents se sont rencontrés.

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Ses origines martiniquaises sont liées à celles de son père Anasthase Rabord. Avant d’être charcutier-traiteur à Nancy (dans le Nord de la France), le martiniquais né dans la commune des Trois-Ilets a grandi avec ses dix frères et sœurs. Quand il part vers la métropole, il a 10 ans, il s’installe avec sa grande sœur, entre temps sa mère décède. Un choc pour l’enfant Athanase.

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Adulte, il fréquente la communauté africaine et rencontre Elaine Mangeh, celle qui devient la mère de sa seule fille, et qu’il espère épouser. Grands voyageurs, le couple choisit in fine de débarquer en Angleterre.

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Elaine et Siobhan sont les premières à fouler le sol de Cambridge, la camerounaise s’en souvient, « c’était le 5 mars 2005 ». Siobhan à quatre ans.

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Athanase tombe malade, elles auront peu de temps pour lui dire au revoir finalement elles ne le reverront jamais, il décède dans la Meuse. Elaine Mangeh devient le huit avril 2006 le « poto-mitan » du nouveau foyer monoparental.

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« Évoquer » ses origines est comme un « mystère » pour l’adolescente, son père Athanase lui apprenait des mots créoles, lui avait promis qu’il la présenterait à sa famille, à ses cousins à ses grands parents. Siobhan regarde sa mère et dit doucement, c’est à peine si on entend cette phrase qu’elle n’ose prononcer, sans doute pour ne pas gêner : « j’ai envie de connaître un peu plus de ma famille antillaise ».

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C’est l’histoire de ce grand-père Paul-François Rabord, de sa grand-mère Denise François Ginette Painville, de ses tantes et oncles qui sont désormais ses seules racines caribéennes. Moment de tendresse entre la mère et la fille, Elaine lui promet « qu’elle ira en Martinique, c’est une promesse, mais c’est sûre ! ».

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En attendant, la jeune étudiante en Year 10 (équivalent à la troisième en France) enfourche de nouveau son vélo.

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Il est 13h30, cette fois, elle sera serveuse au The Box café, une cafétéria dans son collège à Chesterton community collège. Siobhan est animatrice, elle s’occupe des anniversaires et des événements organisés par son « manager ».

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Du lundi au vendredi, la jeune Siobhan est une élève studieuse et brillante : « je ne sais pas comment elle fait, son cerveau est plus brillant que le mien » s’exclame sa mère. Une maman fière des résultats et des succès aux examens. En primaire la petite Siobhan a reçu deux trophées de « l’élève la plus méritante » de son école catholique. Nous lui demandons une série de photos avec ses coupes obtenues en ce1 (year3) et en cm2 (year6). Une première à Saint Lawrence Roman Catholic Primary school.

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Toujours prête à surmonter sa timidité, Whitney Siobhan s’est fait un prénom parmi les « Guides », l’équivalent des scouts en France mais pour les filles. Administrées par une organisation non religieuse : Le « Girl Guiding », les jeunes filles doivent gravir plusieurs échelons dans la corporation. A dix ans sa mère l’a inscrite chez les « Girls Guides ».

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Ce soir, elle révise, il est 19 heures, la jeune martiniquaise prépare l’examen qui lui permettra d’accéder au titre de Young Leader. L’adolescente est sollicitée par ses responsables de section, qui souhaitent lui donner plus de responsabilité. Elle pourra coacher les plus jeunes dans des activités artistiques, manuelles et organiser ou planifier des événements à thèmes, des meetings.

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Soigneuse et ingénieuse c’est aussi une des nombreuses qualités de Siobhan. C’est un article du journal local Cambridge qui l’encense pour sa collaboration dans une œuvre théatrale. Associée l’an dernier au projet de sa cousine Phoenix Ntchang, en classe de seconde (Year 11/6th Form) qui interprétait un rôle majeur dans la pièce de théatre « A Midsummer Night Dream », Siobhan a imaginé et fabriqué tous les costumes nécessaires à la prestation, mise en scène par Suzy Marston, une ancienne actrice devenue professeur d’Art dramatique à Chesterton community collège.

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Comme ses parents antillais et camerounais, Siobhan voyage. Elle nous cite les pays qui l’ont marquée, c’est l’Espagne, la Turquie, la Floride, la Hollande, le Cameroun, la France où elle est née.

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Siobhan (prononcez Shivon’) ne se lasse pas d’apprendre, elle joue de la flûte.
Ce lundi 21 novembre, à 14 heures, elle s’éclipse du collège pour s’exécuter devant un jury de professionnels.

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En présence d’Eric Tebbett elle interprétera trois morceaux ce lundi après-midi : « Exercise in G », « Edelweiss » et « Rigaudo ». Siobhan qui veut atteindre le niveau grade 2 (sur une échelle de 8), a également joué : « 3 scales », « Sight reading » et passé un test oral.

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Quand elle sera grande nous dit Whitney Siobhan Rabord, je ferais dans la «  psychologie ». Pour l’instant cette jeune fille curieuse et talentueuse continue son apprentissage vers la générosité et l’excellence, elle est déjà indépendante et complètement autonome à presque 16 ans.

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Française, camerounaise, anglaise et furieusement martiniquaise, Elaine Mangeh la mère de la jeune Siobhan Rabord nous parle de sa jeune prodige. Des rêves de voyages vers la Martinique à sa fierté de voir grandir sa seule fille si timide et si prodigieuse. Ecoutez la au micro de Dorothée Audibert-Champenois, notre envoyée spéciale en Angleterre :

 

Reportage et Photos Dorothée Audibert-Champenois/Fbook C’news Actus
Photos familleEMangeh facebook Elaine Georgette Mangeh


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