Babette de Rozières dénonce l’abandon du gouvernement sur l’accueil des migrants

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Babette de Rozières, élue conseillère régionale d’Ile-de-France, est en discussion avec un migrant à peine visible, niché au fond d’une tente. L’antillaise, visage fermé et sévère ne cache pas sa surprise et son énervement sur les conditions précaires des clandestins, dans un quartier où elle a ses habitudes depuis plus de dix-huit ans, la rue Pajol dans le 18 ème arrondissement de Paris.

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« La France, le pays des droits de l’homme nous rejette, on nous reçoit mieux en Suisse qu’ici. Il n’y a pas de mains tendues pour nous, on est tous déçus ». C’est Mour Wana qui s’exprime dans un français hachuré. Sa capuche sur la tête, il ne sait plus s’il faut garder sa dignité ou s’exprimer sans se cacher.

Comme beaucoup, le jeune homme revient d’une longue migration, prenant tous les risques pour fuir la guerre. Il a quitté la Libye par bateau, a transité en Italie et en Suisse, «la halle pajol » est sa nouvelle conquête. Il a rejoint 300 migrants qui squattent la rue Pajol depuis quelques jours.

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Cela fait six jours exactement que des afghans, des tchadiens, des soudanais pour la plupart ont élu domicile dans cette rue provoquant l’irritation de certains riverains. Des habitants agacés et nerveux, certains louent leur appartement depuis 50 ans, d’autres n’ont plus accès à certains établissements de la place Pajol comme l’Auberge de jeunesse. Après plusieurs journées sans être pris en charge médicalement, médecins et personnel médical se pressaient à la tâche ce dimanche, composant avec des clandestins qui souvent ne comprennent pas la langue française.

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Les migrants du Soudan sont à l’entrée du « campement pajol » et leur porte parole Mokhter Mustapha cherche le contact avec la presse. Il entend faire entendre dans quelles conditions difficiles vivent les immigrés dans ces logements improvisés. Avec son titre de séjour de 2013, le réfugié politique soudanais veut être la voix de ses compatriotes déçus depuis leur arrivée sur le sol français. Un dénuement extrême, sans hygiène, sans commodités, sans soins, sans eau, sans électricité. Dans ce confinement et cette proximité subie, il suffit d’une étincelle pour dégrader les relations difficiles entre les afghans et les soudanais.

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C’est le cas vendredi dernier (24 juin), une altercation entre un afghan ayant la main baladeuse sur une épouse soudanaise, a déclenché une bagarre générale, provoquant une panique dans le quartier. Des réfugiés blessés ont du être hospitalisés. Depuis, les riverains appellent à l’aide, ils refusent ces centaines d’abris sous leurs fenêtres.

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Pour Fanta Fofana, « cela suffit ». L’assistante de vie qui est sénégalaise demande aux autorités compétentes « de trouver un autre endroit » pour héberger les réfugiés. Face aux tentes des clandestins, le patron d’un restaurant cubain le « Guantanamera » a été contraint de fermer son établissement. Les clients ne pouvant plus supporter les regards soutenus des immigrés affamés.

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Dimanche 26 juin, parmi les associations, les médecins, les soutiens, c’est Babette de Rozières, élue conseillère en Ile-de-France, et Yasmina, bénévole de « l’Armée du salut » qui sont venues spontanément assister et aider les immigrés. Les deux femmes de Guadeloupe qui ne se connaissent pas, discutent et se disent choquées des conditions d’accueil des réfugiés de la « halle pajol ».

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Pour Babette de Rozières, qui veut consacrer encore plus de temps à ce quartier, il est temps d’intervenir et de faire comprendre l’urgence à trouver des solutions pour calmer l’indignation des riverains, éviter le rejet et l’exclusion des migrants et retrouver la sérénité dans ce quartier . Plus que conseillère de la Région d’Ile-de-France, la chef multi primée dans la gastronomie française est maintenant une personne sur laquelle les habitants peuvent désormais se tourner.

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Investie pour les législatives de 2017, Babette de Rozières a réagi cette après midi (dimanche 26 juin) en décidant d’interpeller la Mairie et la Préfecture de police de Paris dès lundi. Pour la conseillère parisienne, il est important de trouver des solutions rapidement pour déplacer le camp et redonner aux jeunes de la place Pajol l’accès libre à la Bibliothèque ou à la Boutique annexe.

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Selon l’élue, il est inconcevable de laisser des « réfugiés vivre dans des conditions aussi inhumaines ».
Et la guadeloupéenne, nouvelle venue en politique, s’étonne que le gouvernement ne soit pas sensibilisé aux demandes des riverains qui se plaignent de ne plus se déplacer ou dormir sereinement. Babette de Rozières qui fréquente le quartier depuis plus de dix-huit ans (la gastronome fait son marché exotique chaque semaine) « connaît très bien » nous dit-elle, cette partie du dix-huitième arrondissement qui vient d’être rénovée et qui se transforme en lieu de rétention avec le nombre d’abris qui augmente chaque jour.

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De l’avis de l’élue, il faudrait récupérer des gymnases, des salles ou des immeubles vides pour améliorer l’accueil des immigrés qui souffrent de manque d’intimité et vivent dans une grande insalubrité à la rue Pajol.

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Babette de Rozières, conseillère d’Ile-de-France s’étonne de la venue de François Hollande, jeudi dernier (23 juin), dans le treizième arrondissement de Paris, les locaux de l’Armée du salut. Le Président de la République inaugurait ce jour-là, la « Cité de refuge/Centre espoir » et remerciait dans le même temps, dirigeants et bénévoles pour leur action sur le terrain. Selon l’élue, la priorité du gouvernement c’est de soutenir tous les français y compris les riverains incompris, les réfugiés déçus et aussi les bénévoles présents chaque jour à la halle pajol.

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Depuis une dizaine d’années, Yasmina jeune guadeloupéenne se consacre à l’humanitaire. Ce dimanche soir, il est 18 heures quand le « camion » de l’Armée du salut arrive avec à son bord plusieurs volontaires qui installent déjà la table mobile pour la distribution de quelques rations pour la nuit.

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Avant ça, grâce aux dons collectés via Internet, et durant le Ramadan  (une période religieuse importante pour les musulmans),  Mesbah, Myriam, Adriss, Mounia, Marine et Konaté (son bébé de 6 mois au bras) précisent qu’elles sont là de « bon cœur ». Il a fallu aux jeunes femmes de Creil une journée, pour collecter de la nourriture destinée aux réfugiés.

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Cette après midi, malgré la sirène assourdissante de la police, elles distribuent des aliments frais, du pain, de l’eau, un regard, un échange. Elles partagent à leur manière, et participent à l’élan de solidarité, comme l’élue Babette de Rozières et la bénévole Yasmina, de Guadeloupe.

Reportage Dorothée Audibert-Champenois
Photos Dothy A-Ch


2 commentaires :

  1. Tefnout

    Madame…….de….Rozières, permettez-moi de vous dire que la FRANCE ne peut en aucun cas absorber toute la misère du monde.

  2. Chanou

    À toutes les personnes qui souhaitent voir la France faire plus pour tous ces migrants…prenez donc 3 ou 4 en charge chez vous et on en reparle dans 3 mois.
    Je conçois que ce que vivent ces personnes est horrible et difficile à imaginer tant qu’on ne l’a pas vécu mais il faut se rendre à l’évidence, la France ne peut pas accueillir tout le monde.

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