« Bas-Maternité : L’autre scandale du Lycée de Transit »

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Par Francis Carole, Conseiller municipal de Fort-de-France et Conseiller régional :

« Dans un précédent article (« Petite chronique d’une grande farce »), nous mettions en évidence les errements du président de région dans la reconstruction du lycée Schoelcher. Sa décision aberrante de transformer l’hôpital Victor Fouche en lycée de transit aura eu deux conséquences majeures : d’abord, l’explosion du coût de la rénovation de l’ancienne Maternité de Redoute qui, pour le moment, est passé de 12 à plus de 35 millions d’euros; puis, les renvois successifs de sa mise en fonction et, conséquemment, de la reconstruction du lycée Schoelcher lui-même.

Derrière la gabegie et l’incompétence, se profilait un autre scandale : le scandale du mépris de la santé de la population de Bas-Maternité. En effet, les habitants de ce quartier, parmi lesquels de nombreuses personnes âgées, ont été soumis, sans la moindre considération, durant quatre longues années, à des émissions de poussières et à des nuisances sonores insupportables générées par ces travaux.
Dans une pétition, le collectif de Bas-Maternité précise, en effet :

« Les habitants ont des problèmes de santé à cause du bruit (au-delà de 120 décibels, le seuil de la douleur) et de la poussière de ciment qui contient de l’amiante (nous réclamons le certificat de diagnostic de désamiantage et résultats de l’analyse de l’air après désamiantage, avant travaux). Comme le préconise la loi, tous les bâtiments publics construits avant 1991 doivent être diagnostiqués. »

Une dizaine de résidents du quartier ont même présenté des certificats médicaux faisant état de problèmes de santé directement liés aux travaux en cours.

Le président de région et sa majorité étaient-ils dans l’ignorance de cette situation ?

Ils en étaient parfaitement informés ! En réalité, les demandes d’audience des riverains auprès du président de région sont restées lettres mortes, comme une expression de dédain à l’égard de ce quartier populaire qui exige désormais le respect.

Mais il y a plus grave ! Toutes les réglementations relatives à la protection de la santé des riverains à l’occasion d’un chantier ont été allègrement et délibérément violées par le maître d’ouvrage, à savoir la Région Martinique. Le Code de la Santé Publique (art. R 1334-31 et R 13-34-36) et plusieurs autres textes fixent en la matière les obligations du maître d’ouvrage.

Dès l’étape du Dossier de Consultation des Entreprises, la région aurait dû définir, à l’attention du maître d’œuvre, ses engagements et objectifs pour limiter l’impact des travaux de rénovation de l’hôpital Victor Fouche sur la santé de la population. Elle aurait dû, en amont, procéder à une étude d’évaluation du risque de gêne à l’endroit des riverains. Par ailleurs, une démarche d’information en direction des habitants s’imposait impérativement. Les Chantiers Verts, plus avant-gardistes que la réglementation, indiquent des procédures très progressistes sur ces questions.

Dans les faits, aucune de ces obligations n’a été respectée par le président de région, essentiellement obsédé par son agenda électoral et sa communication. Après quatre ans d’inqualifiable irresponsabilité de la « nouvelle gouvernance », il a donc fallu la mobilisation des habitants de Bas-Maternité pour contraindre la région à appliquer les dispositions élémentaires de la réglementation.

Grâce à cette mobilisation, un cahier des charges a été enfin élaboré. Il reprend, pour l’essentiel, les exigences avancées par le collectif de Bas-Maternité : arrêt des travaux pendant une quinzaine de jours, mesures en vue de la réduction des nuisances sonores, confinement des travaux pour éviter les émanations de poussières, suspension des travaux le week-end, suivi sanitaire des riverains, information régulière des riverains…

Il n’est pas sans intérêt de mettre cette atteinte à la santé de la population de Bas-Maternité en relation avec l’accord donné par les élus néo-PPM de la région à la poursuite de l’épandage aérien de pesticides dont la nocivité pour les personnes et l’environnement était connue.

Une même inconscience du risque sanitaire auquel se trouve exposée la population caractérise les deux démarches. Une même irresponsabilité politique aussi.

Francis CAROLE »