Charlie Hebdo : Hommage à Bernard Maris

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Communiqué rédigé par Georges Para, en mémoire de Monsieur le Professeur Bernard MARIS, assassiné le mardi 07 janvier 2015, parmi ses collègues, collaborateurs et amis, de la rédaction de Charlie Hebdo.

Il est des dates à marquer d’une pierre noire dans le calendrier de nos vies. Hier, mardi 07 janvier 2015, aveuglés par la haine et une idéologie stupide et sans aucun rapport avec la Parole du Prophète, deux ou trois crétins se sont livrés à un véritable massacre en plein Paris, dans la rédaction du journal satirique « Charlie Hebdo ».

12 morts et autant de blessés qui, s’ils s’en sortent, porteront à jamais dans leurs chairs les stigmates de cette odieuse boucherie.

Nous laissons à la presse le soin de rédiger l’épitaphe de ceux qu’elle a choisi de privilégier dans l’hommage.

Pour notre part, nous souhaitons, à notre modeste façon, nous incliner devant la mémoire d’un homme aussi discret qu’exceptionnel, dans sa pensée et dans ces actes, un économiste comme on n’en rencontre pas souvent, Monsieur le Professeur Bernard MARIS.

À cette fin, nous reproduisons dans son intégralité, l’article qui lui a été consacré par le FIGARO.fr

Bernard Maris, un pédagogue hors pair qui faisait aimer l’économie
Bernard Maris, économiste iconoclaste de gauche qui a été tué mercredi à 68 ans dans l’attentat contre l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo, était un homme «tolérant et bienveillant», reconnu pour la qualité de sa pensée et son art de la vulgarisation.

«C’était un homme tolérant, bienveillant, amical, bourré d’humour et surtout ne se prenant pas au sérieux», a raconté à l’AFP, manifestement ému, l’éditorialiste des Échos Dominique Seux, qui débattait avec lui chaque semaine sur France Inter. «Bernard Maris était un homme de cœur, de culture et d’une grande tolérance. Il va beaucoup nous manquer», a déclaré de son côté dans un communiqué Christian Noyer, le gouverneur de la Banque de France, saluant celui qui a été nommé en 2011 au conseil général de la banque centrale.

Diplômé de l’Institut d’études politiques de Toulouse en 1968, agrégé de sciences économiques en 1994, il avait récemment achevé sa carrière d’enseignant-chercheur à l’université Paris 8 après un détour plus ancien par Toulouse.

Bernard Maris, un «journaliste-économiste»
Actionnaire de Charlie Hebdo depuis 1992, il rédigeait dans l’hebdomadaire satirique chaque semaine une chronique signée «Oncle Bernard», qui «faisait référence» selon Dominique Seux. Et illustrait ses talents de vulgarisateur jusqu’à devenir tellement inclassable qu’il était souvent présenté comme un «journaliste-économiste».

Il a d’ailleurs écrit de nombreux ouvrages aux titres évocateurs parmi lesquels «Ah que la guerre économique est jolie!» en 1998 ou «Marx, oh Marx, pourquoi m’as-tu abandonné ?» en 2010. Mais ce sont ses «Anti-manuels d’économie» sortis au début des années 2000, et dont le premier tome est consacré aux fourmis et le second aux cigales, qui ont connu le plus de succès.

«C’est tellement emmerdant l’éco ! Faut reconnaître que c’est plus agréable de lire de la poésie… Et en même temps, ça nous concerne tous. Alors, mon vrai plaisir – en dehors de la petite satisfaction personnelle et égocentrique de voir ma trombine dans les médias – est de me faire apostropher par un auditeur ou un téléspectateur me disant: «Avec vous, on comprend !», avait-il ironisé dans un entretien avec Télérama en 2008.

Originaire du sud-ouest dont il avait gardé un bel accent qui le rendait reconnaissable dans n’importe quel débat, l’économiste a longtemps défendu les thèses de la décroissance, prônant les valeurs de l’économie collaborative et participative et fustigeant les ravages de la société de consommation.

Anti-libéral de gauche, auteur de «Houellebecq économiste»
«On peut dire de lui qu’il était anti-libéral, de gauche…, anarcho-keynesien», décrit Dominique Seux, insistant sur le fait qu’il représentait «la pensée économique de nombre de Français». Membre du conseil scientifique d’Attac et candidat des Verts aux législatives de 2002, Bernard Maris était aussi un universitaire reconnu. En 2011, le président du Sénat Jean-Pierre Bel avait créé la surprise en le choisissant pour intégrer le conseil général de la Banque de France.

Récemment, Bernard Maris s’était attiré les foudres, y compris à gauche, après avoir pris position pour la disparition de l’euro. Toujours sur plusieurs fronts, il avait publié en 2014 «Houellebecq économiste» (Flammarion). Il voyait en effet dans les romans de l’écrivain provocateur une analyse lucide des rapports économiques, du monde du travail et de la désindustrialisation. Père de deux enfants, Bernard Maris, défendait la mémoire de l’écrivain Maurice Genevoix, grand témoin de la guerre de 14-18, dont il avait épousé la fille, Sylvie Genevoix, décédée en 2012. ’’

Au revoir Monsieur le Professeur, au revoir « Tonton Bernard », que votre âme repose en paix.

Georges Para © imsepp
Institut Martiniquais de Statistique et d’Évaluation des Politiques Publiques (IMSEPP)