Commémoration des évènements de Février 1974

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« Chalvet 1974 » est à n’en pas douter; l’un des événements les plus marquants dans la mémoire collective du monde agricole et des Martiniquais. Trente neuf ans après, la Martinique se souvient et honore leur mémoire. Plusieurs manifestations ont été programmées la semaine dernière, notamment au Lorrain, à Basse-Pointe.

Ce vendredi 22 février à Fort-de-France, Place du 22 mai à Trénelle à partir de 18h30, le Parti Progressiste Martiniquais commémore les événements de Février 1974

Pour tous ceux et celles qui veulent tout connaitre de l’histoire de la grande grève de Février 1974 et des évènements de Chalvet, rendez-vous avec Gilbert Pago, historien martiniquais ainsi que de nombreux témoins de ce douloureux épisode de l’histoire du mouvement ouvrier qui animeront cette soirée.

L’entrée est libre.

Un peu d’histoire

Le 13 février 1974, la capitale de la Martinique est paralysée par des grèves commencées depuis le 17 janvier et qui allaient encore se durcir car les négociations entre patrons et les ouvriers n’ont rien donné. La grogne gagnait plusieurs communes; Rivière Pilote, le Larnentin, le Robert et Gros Morne. Les employés du public, du privé, les ouvriers, tous faisaient entendre leurs revendications. Les gendarmes qui avaient pour rôle de maintenir l’ordre rencontraient partout de grandes difficultés. La tension était à son comble dans le pays et la moindre manifestation se soldait par l’intervention des policiers qui étaient régulièrement assaillis par des jets de pierres. Ils répondaient à coups de gaz lacrymogène.

C’est dans ce contexte de crispation que la tragédie du jeudi 14 février va se dérouler, ce jour là partout dans l’île des foyers de protestations se déclaraient, les autorités avaient décidé de mettre un terme à la révolte ouvrière. C’est ainsi que dans le milieu de la matinée, sur le plateau de Chalvet à Basse Pointe les ouvriers se sont retrouvés nez à nez avec les forces de l’ordre. Ces derniers n’ont pas hésité à utiliser leurs armes. Au cours de cette fusillade de nombreux blessés, un gendarme aura également la main tranchée, il y a un mort : llmany Sérier, dit Renor, 55 ans, père de famille nombreuse. L’émoi est considérable les gendarmes sont accusés de meurtre.

llmany Sérier est enterré le surlendemain au Lorrain. Des centaines de personnes défilent derrière les centrales syndicales, les mots d’ordre syndicaux sont remplacés par des cris de vengeance « Orsetti assassin », « llmany nous te vengerons » et par des slogans politiques « à bas la répression coloniale, songé l’Algérie, songé l’lndochine, Martinique lévé ». Deux heures avant l’enterrement, le corps d’un jeune homme de 19 ans ,Marie Louise, est découvert sur une plage de Basse Pointe, non loin de Chalvet. Des dizaines d’habitants s’agglutinent autour du corps et très vite les témoignages laissent entendre que Marie Louise figurait dans un groupe impliqué dans un affrontement avec les policiers.

Il a fallut ces deux morts de ce mois de février pour mettre un terme à la grève puisque le protocole de fin de conflit est signé le 19 février avec les syndicats. La détermination des ouvriers a permis de remporter une grande victoire pour le monde agricole. Les circonstances de la mort de Marie Louise n’ont jamais été élucidées et jusqu’en octobre 1974, plusieurs des ouvriers agricoles ou indépendantistes ont été arrêtés par les gendarmes. Par exemple, Alex Ferdinand; professeur d’histoire, a fait plusieurs jours de prison. Il a été arrêté et poursuivi pour entrave à la liberté de travail et violences à agents. Les poursuites judiciaires se sont soldées par des peines de prison avec sursis que l’amnistie est venue effacer.

 

Photos : noos.fr / webcaraibe.com