Cosette navire toxique ex Zanoobia : Lettre ouverte de Garsin Malsa à Ségolène Royale

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Lettre ouverte de Garcin Malsa, écologiste martiniquais et ancien maire de la ville de Sainte-Anne à Mme Ségolène Royal, Ministre de l’Ecologie, du Développement Durable et de l’Energie.

 

Madame la Ministre,

L’annonce brutale de l’immersion imminente du Cosette dans l’espace maritime caribéen m’a sévèrement interpellé. Ce navire qui a changé de noms au gré sans doute des affréteurs est connu dans les années 1980 sous le nom de Zanoobia. Le Zanoobia spécialisé dans le transport des déchets toxiques a été a l’origine de la Convention de Bâle sur les mouvements transfrontaliers des déchets dangereux signée le 22 mars 1989.

Madame la Ministre, l’Etat français a-t-il résolument choisi de transformer les populations de Martinique et de Guadeloupe en cobayes pour évaluer l’impact des produits de grande dangerosité sur la santé de l’Homme et son environnement ?

Il a fallu de multiples mobilisations citoyennes accompagnées de plaintes judiciaires pendant plusieurs années pour que vous vous décidiez à prendre un arrêté interdisant l’épandage aérien ; laissant cependant dans son article 17 une dérogation possible en cas de besoin.

Quant au drame de santé publique attribué au chlordécone, il a dépassé nos frontières et fait le tour de la planète. Le monde entier sait que l’Etat français a délibérément autorisé l’utilisation de cette molécule dans l’agriculture ; alors qu’elle était déjà interdite aux USA pour avoir des conséquences extrêmement graves sur la santé des populations.

Pour compenser les dégâts commis sur les sols et dans le milieu marin l’Etat a mis en place des plans chlordécone.

Ces derniers ont un rôle plus économique que sanitaire. Ils s’occupent d’indemniser les agriculteurs et les pêcheurs dont les activités ont été impactées par la chlordécone. Alors que les experts scientifiques et les praticiens de la santé ont constamment démontré que les taux de cancers très élevés observés chez des populations en Guadeloupe et en Martinique sont en relation avec la pollution des sols et des eaux par la chlordécone.

Madame la Ministre, il n’y a pas bien longtemps, juste avant votre passage en Martinique, il était fortement question que les autorités françaises accordent l’autorisation de faire disparaitre 13 hectares de coraux dans la Grande Caye Sèche de la baie de Fort de France à des fins de remblai devant intervenir dans la construction du Grand Port de Martinique.

Malgré vos déclarations affirmant la préservation de la Grande Caye, il semble que dès votre départ les discours ambiants sèment confusion afin de justifier prochainement la nécessité du projet initial : celui de saccager les écosystèmes marins pour des raisons économiques et de création d’emplois.

Un dernier exemple parmi tant d’autres, est celui qui concerne l’unité de cogénération qui doit se construire au Galion (TRINITE). Alors que tous les documents circulant font état d’une unité énergétique biomasse-charbon, il vous a été donné de croire qu’il s’agit d’une unité biomasse. C’est sur cette base que vous avez donné votre accord, enregistré sur les médias. Où est donc la vérité ?

Peut-on concevoir que sous les tropiques les administrations peuvent aisément se défaire d’un ordre de ministère de tutelle au profit des puissances financières et économiques qui leurs sont proches ?

Conscient de toutes ces nuisances cautionnées ou causées par l’Etat au mépris des populations de mon pays, je ne peux m’empêcher de faire un parallèle avec ce qui se passe ici dans les affaires judiciaires.

Par un arrêt du 5 février 2013, la Cour de Cassation a annulé un jugement en 1ère instance et en appel condamnant Mr Alain Hugues Despointes pour apologie de crime contre l’humanité ; cette condamnation faisait suite à une plainte formulée par la ligue des Droits de l’Homme au motif que Mr Hugues Despointes, béké avait méprisé les martiniquais pour leur appartenance à des ancêtres africains.

La condamnation faite à Mr Hugues Despointes par le tribunal en 1ère instance et l’Appel était justifiée par la loi TAUBIRA de 2001 « reconnaissant l’esclavage et la traite transatlantique comme crimes contre l’Humanité ».

En annulant cette condamnation, la plus haute juridiction française, la Cour de Cassation reconnaissait de facto que la loi TAUBIRA était quelconque et n’avait pas de portée normative.

Aussi Madame la Ministre cet Arrêt de la Cour de Cassation est la parfaite illustration de ce que nous afro descendants opérant sous les Tropiques, ne pouvons avoir les mêmes droits qu’un être humain qui se trouve en France et dont l’ancêtre est blanc. Comprenez par là qu’en 2014, nous afro descendants sommes des affranchis considérés comme étant hors humanité.

Mon combat en tant qu’écologiste et descendant d’africains de surcroit consiste à faire entendre mon humanité à tous ceux qui ont cherché à la voler, à la spolier ; c’est en même temps le combat pour l’égalité de tous les êtres humains ; c’est le combat pour la paix et la justice.

Madame la Ministre vous avez vu une façade de la Martinique, car ceux qui vous orientaient ont voulu vous la montrer pour satisfaire avant tout leurs désirs de politiciens. Mais la Martinique durable que vous avez évoquée est celle qui est portée par une volonté politique endogène de ménager les ressources naturelles, de préserver la biodiversité, de faire de l’écologie politique le levier d’une nouvelle économie solidaire. Elle est présente depuis près de 40 ans dans les associations d’écologistes, auprès des agriculteurs biologiques, aux côtés des acteurs de la mer pour qui leur existence est étroitement liée à la mangrove et aux coraux, avec les jeunes et les femmes qui croient qu’un autre monde est possible.

C’est au nom de cette Martinique durable et solidaire que je vous demande d’intervenir d’urgence pour que le Cosette (ex Zanoobia …) n’aille pas terminer sa vie à l’ombre des écosystèmes marins de la Caraïbe. Lui qui a déjà causé tant de nuisances à la santé humaine et dans les pays qu’il a traversés et les populations qu’il a desservies.

Au lieu « d’océaniser » l’épave du Cosette offrez donc Madame la Ministre l’opportunité à des entreprises d’en faire du recyclage et de l’économie circulaire par le désamiantage et la déconstruction en cale sèche. A travers une telle démarche je suis certain qu’on inciterait à aller repêcher et traiter les centaines de bateaux qui polluent les fonds marins aux abords des côtes martiniquaises.

En agissant de la sorte on pourrait supposer que c’est une forme de réparation aux dégâts commis pendant près d’un demi-siècle de circulation de ce sinistre navire, sur les écosystèmes pour le compte de la finance qui n’est pas visible, qui n’a pas de couleur, qui n’a pas d’odeur et qui est sans patrie.

Recevez Madame la Ministre mes salutations sincères et écologistes.

Garcin MALSA
Koubari Etoilé de l’ASSAUPAMAR
Conseiller Général de la Martinique
Président du Conseil des Rivages français d’Amérique