Côte-D’Azur : Les associations antillaises s’intéressent de moins en moins à leur culture

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Constat amer d’un martiniquais déçu. Frantz Faucher interpelle ses amis qui se désintéressent, de plus en plus, de leur patrimoine culturel.

« La transmission c’est finie. La vie associative c’est finie. Il n’y a plus rien. Les Antillais se retirent de la vie associative antillaise. Ils préfèrent défendre d’autres idées. Moi je resterai toujours antillais. Je ne changerai jamais de cap ».

Vendredi 20 avril, les avions du Red Bull Air Race font leur show sur la croisette dans la ville de Cannes, au pied de l’hôtel Miramar, nous rencontrons le martiniquais Frantz Faucher et sa femme guadeloupéenne, Chantal. Ils participent au 15ème Festival du Film Panafricain de Cannes.

Frantz vit sur la Côte d’Azur depuis 1983. Depuis quelques années, la vie n’est plus pareille à Grasse, au Nord de Cannes. Les Associations ne fonctionnent plus comme il y a une trentaine d’année. Dans les années 1980, Frantz a connu beaucoup d’antillais qui avaient une seule envie, celle de valoriser leur culture, leur patrimoine. Mais, las de se confronter à ses compatriote peu motivés, Frantz a décidé de mener son projet jusqu’au bout, même seul.

Avec le soutien de sa compagne et de son amie Séverine Dany (du Conseil Régional de Nice) L’antillais dirige une association qu’il a créé il y a trois décennies. 

En 1983, la vie de Frantz Faucher prend un nouveau tournant. Il a dix neuf ans, il gagne un peu sa vie, il travaille comme agent communal pour la ville de Schoelcher (une commune proche de la capitale Fort-de-France, au Nord Caraïbe). Mais le travail se fait rare, le jeune Frantz envisage de partir. Il aimerait tant s’installer en France, chez Patricia, son aînée.

Patricia Faucher vit à Magagnosc, un petit village entre les villes de Vence et de Nice. Ce petit village des Alpes-Maritimes est aujourd’hui, un faubourg de Grasse.

Le jeune Frantz trouve rapidement un emploi« Il n’y a pas de sous-métiers » ! raconte Frantz. Embauché dans une maison de retraite, puis dans une blanchisserie, il s’engage, une année plus tard, dans l’armée, nous sommes en 1984.

Après plusieurs « petits boulots », aujourd’hui, Frantz Faucher est dans une société privée. Marié depuis trente trois ans, père de deux enfants, le martiniquais devenu danseur à Grasse se  sent « heureux »  de représenter la Martinique sur la Côte-d’Azur.

Montrer aux gens du Sud, la richesse du patrimoine antillais, c’est le désir du jeune martiniquais quand il débarque dans le Sud. Il s’entraîne dur et devient danseur folklorique au sein de la troupe de danse traditionnelle « Pomme Canelle ». Huit ans plus tard, il assiste à la dissolution du groupe. Frantz Faucher, en garant du patrimoine martiniquais, ne déchante pas. Avec sa femme, ses parents proches (ses deux frères et ses deux sœurs) et quelques amis, il créé en 1991, le nouveau groupe « Caresse des Antilles » qu’il continue de diriger.

A cette époque, la ville de Cannes était animée, les associations antillaises dédiées à la culture se comptaient par dizaine. Puis doucement tout a changé :  « Il ne nous reste plus que des week-end culturels, des soirées antillaises. La vie associative ne fonctionne plus comme avant sur la Côte-d’Azur. Je suis fier de travailler en collaboration avec  la « Belle Karaïb » de Rosie Dany et l’association de Mme Clerjent « Féérie Créole ». On continuera à perpétuer les traditions des Antilles. On le fera toujours ».

Seulement, l’antillais semble amer : « La vie associative n’est plus la même. A l’époque on travaillait ensemble avec les associations et elles ont disparu. Nos enfants ont grandi et ils n’ont plus les mêmes priorités que nous. Mon but c’est de défendre, de valoriser la culture de chez moi.»

Frantz Faucher est déçu : « Nous avions envie de regrouper tous les antillais, tous les caribéens pour réaliser de grandes manifestations. ». L’antillais montre du doigt les exigences des municipalités qui freine toute envie de créer des événements : « Maintenant pour faire une manifestation. Il ne faut ni boire du rhum, ne pas consommer d’alcool et à une heure du matin il faut fermer les salles ».

« Pas question de venir dans une fête et la quitter dès minuit ! ». Frantz Faucher, responsable de l’association « Pomme Canelle » se confie au micro de Dorothée Audibert-Champenois.

En attendant des temps meilleurs, Frantz Faucher et Chantal planifient pour cet été, des ateliers culinaires qui permettent aux cannois et aux touristes de connaître la cuisine de la Martinique et de la Guadeloupe. Puis, le coupe et l’association « Caresse des Antilles », participeront au Marché de Noël de la Côte-d’Azur et enfin, ce sera la « belle nuit de Noël avec toutes les traditions des deux îles réunies ». Ecoutez le :

Frantz projette d’aller voir sa soeur et ses parents qui vivent en Martinique.  Dans deux ans, Sans doute, le père de famille ira les voir. En attendant, il adresse ce message en créole à tous ces amis et compatriotes antillais. Ecoutez Frantz Faucher :

Reportage Dorothée Audibert-Champenois/Facebook Twitter C’news Actus Dothy


Images C’news Actus Dothy