De jeunes antillais motivés produisent et réalisent pour le cinéma afro-caribéen

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A la veille du coup d’envoi du « Grand » Festival de Cannes, à l’heure où le Festival International du Film Panafricain s’apprête à décerner ses Dikalo Awards, les professionnels du Cinéma aux Antilles francophones brillent par leur absence dans les grands rendez-vous. Dans la ville mythique du Cinéma nous avons croisé une jeune Productrice de Cinéma. Céline Major, est une productrice, scénariste, script doctor, assistante à la télévision. Elle est venue défendre et expliquer, le court-métrage qui concoure au FIFP pour un Dikalo Award ce mercredi.

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Installée à Paris depuis plusieurs années, Céline Major porte plusieurs casquettes, cette globe-trotter de l’audiovisuel ne se ménage pas. Questionnée sur la représentativité du cinéma des Antilles francophone, la jeune guadeloupéenne se veut optimiste, depuis 2 ans les lignes se déplacent avec la nouvelle génération. Première concernée, elle constate pourtant, que contrairement aux réalisateurs anglo-saxons, les cinéastes des Antilles francophones ont d’énormes difficultés à trouver leur place dans le cinéma sur le territoire national. De plus, le cinéma de la caraïbe francophone ne s’exporte pas. Elle accepte de réfléchir sur cette question qui ne laisse pas indifférent, elle a son avis à donner et des conseils avisés après 9 ans d’expérience dans le monde cinématographique.

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Née en Guadeloupe, Céline Major est acceptée en 2007 au CLCF (Conservatoire Libre du Cinéma Français), en région parisienne et deux ans plus tard, elle obtient son diplôme d’Assistante-Réalisatrice. Sans perdre de temps, la nouvelle diplômée crée une cellule de production DMP en Guadeloupe avec son associé, chef-monteur, Samuel Tenda. Depuis, les deux anciens du CLCF travaillent dur, ils décrochent des contrats en France, en Europe, en Afrique et aux Antilles.
Sa feuille de route pour l’année 2016 est longue, de projets de films, de tournage de court-métrage et aussi de commande en post-production. Mais, pour l’équipe de jeunes cinéastes de Guadeloupe, il est vital de vendre ses productions et Céline Major, la parisienne d’adoption, dans le costume d’attachée de presse, sillonne la Planète, de Festival en Festival.

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Très récemment, au Festival Régional et International du Cinéma en Guadeloupe (Le Fémi), qui s’est tenu du 17 au 27 Février dernier, Céline Major se réjouit d’avoir fait de « belles rencontres ». Des projets concrets, Une réalisatrice martiniquaise lui propose un partenariat avec sa structure DMP Productions. Pour l’heure, elle met en chantier un documentaire, avec le sénégalo-martiniquais, le scénariste et réalisateur Wally Fall,.
Dans moins d’un mois, Céline Major qui représente DMP production ira défendre deux de leurs derniers travaux, au Festival de Cannes. « San Konbin » et « Magda Mozarka » en fabrication, sont inscrits au Short Film Corner, à Cannes.

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Aujourd’hui, Samuel Tenda est en Guadeloupe, l’associé qui n’a pu se déplacer, termine aux Abymes, une co-production avec la Croatie, DMP/Bakom Production. Le Court-métrage « Magda Mozarka » réalisé par Bojana Momirovic est un projet soutenu par la Région Guadeloupe.
Une bonne opportunité de développer et faire connaitre le cinéma caribéen francophone ( ses techniciens, ses réalisateurs et ses scénaristes), un cinéma qui se vend mal en Europe et qui ne passe pas les côtes anglaises de l’Archipel, à cause de la langue. Pourtant, les films anglo-saxons de la Caraïbe sont présents dans les autres Festivals, même sous titrés, ils se vendent, les réalisateurs sont nombreux sur les grands événements.

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Selon Céline Major, les pistes à explorer sont là et les avancées sont lentes mais perceptibles. Même s’ils ne n’affichent pas leurs films ou court-métrage sur les écrans internationaux, les réalisateurs foncent, ils sont peu nombreux certes, mais Céline Major se réjouit quand elle rencontre des compatriotes qui sont sélectionnés dans certains Festivals. Celui de Cannes au mois de mai, par exemple, les réalisateurs antillais s’inscrivent de plus en plus à la Quinzaine des réalisateurs, au Short Film Corner. Ailleurs, quelques uns  sont primés, c’est le cas du réalisateur martiniquais Khris Burton qui a reçu samedi à Londres, le prix « Best Super Short Award » pour le court-métrage « Nanny ». Avec l’actrice principale Gloria Bonheur, Le martiniquais présentait sa production au One Film Festival » à Leicester.

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La barrière de la langue n’est pas la seule cause qui explique l’absence des jeunes ou moins jeunes dans le milieu du cinéma. Comme le fait remarquer, Céline Major, aux Antilles, « c’est le manque d’informations » qui pêche. Il est important de connaître les ficelles du métier cinématographique. Comment faire un budget pour l’ensemble d’une production et où trouver les moyens de financer ses projets, c’est le parcours du combattant pour les non initiés. Il existe bien sûr des organismes mais difficile d’accès, quand on vit hors de la France métropolitaine.

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Ces outils là, les jeunes aux Antilles francophones, ne l’ont pas tous. Produire, ils ont cette volonté. Réaliser, ils en rêvent. Réinvestir, vendre et promouvoir leurs œuvres, ils ont du mal. Des envies difficiles à concrétiser dans un milieu fermé et toujours stéréotypé.

« Peu d’écoles spécialisées et reconnues », peu de structure associative culturelle, des formations scolaires trop générales qui manquent de cible comme « l’écriture de scénario », par exemple.

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Certains Festival sont alors « vides » de ses espoirs, c’est le cas du Festival International du Cinéma Panafricain peu médiatisé, et « c’est dommage » soupire l’Assistante-réalisatrice. « De plus les professionnels en France, cataloguent et cloisonnent les films afro-caribéens, au nom de la diversité ! »

Céline Major, toujours optimiste encourage les plus jeunes à résister.
Pour cela dit-elle, « il faut que cette nouvelle génération ou ceux qui aiment cet art, persistent et envoie leurs scénarios dans les Festivals ». Même s’ils ont peu d’aides, « qu’ils continuent à réaliser leur film ou court-métrage. Il faut aussi que des organismes comme l’APGAG persiste à promouvoir les films, en organisant des projections, en plaçant les œuvres des auteurs dans des grands événements nationaux et mondiaux. Le but, poursuit Céline Major, c’est qu’il y ait des diffuseurs, que les grandes chaînes achètent les productions longues ou courtes ».
En conjuguant tous ces circuits, « peut-être qu’on se donnera une chance de s’en sortir », termine Céline Major, d’une voix rassurante. Elle accompagne aujourd’hui, le court-métrage « San Konbin » au FIFP de Cannes.

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« San Konbin », une production DMP, tournée en 2015, est réalisée par Samuel Tenda. Le court-métrage de 22mn a été projeté ce dimanche 17 avril à l’Auditorium Californie, dans le cadre du 13ème Festival International du Film Panafricain à Cannes.

Le FIFP est présidé par le franco-camerounais Balise Nguangue Ebelle.
Les Dikalo Awards seront décernés lors du Gala de clôture le mercredi 20 avril à 20h.

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Après cet événement, la structure de Céline Major, DMP Productions,  entamera la préparation d’un autre court-métrage « Les mots que chuchotent nos ombres », écrit par Ericka Dessart, finaliste du Concours Océan en 2007. Le montage financier est en cours, le lieu du tournage est prévu à Marie-Galante tout sera fin prêt pour démarrer cette production en 2017, se rassure la productrice-scénariste Céline Major. Pour le Clap de Fin, on attendra.

Ecoutez Céline Major, elle est Productrice et Scénariste dans la Boîte de Production DMP, elle explique le parti-pris de l’auteur-metteur en scène du Film  » San Konbin », qui est aussi son associé : Samuel Tenda

Dorothée Audibert-Champenois