Décès du saxophoniste Marcel Louis-Joseph dit (Ti Marcel)


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Nous avons appris le décès du saxophoniste Marcel Louis-Joseph dit (Ti Marcel). Décès survenu le dimanche 8 avril 2018 vers 22h00 à Paris à l’âge de 89 ans.

Ti Marcel est né le 24 décembre 1929 à Fort-de-France (Martinique), de mère guadeloupéenne et de père martiniquais.

Après l’école communale, âgé de treize ans, il apprend la sculpture sur bois avec un oncle. De l’avis de sa maman, il était assez turbulent ! Il faisait beaucoup de sport et aimait particulièrement le vélo. Ce qui le passionnait le plus, c’était le pipeau qu’il maîtrisait et que les voisins du quartier appréciaient. Un jour, un grand musicien du nom de Claude Sombé, professeur de musique rend visite au petit joueur de pipeau pour le conseiller sur le choix d’un autre instrument. Tu es tellement à l’aise dans le droite de ton pipeau que tu devrais pouvoir accéder au saxophone, je n’ai pas d’argent lui rétorque Ti Marcel.

Ta bicyclette est très belle, je te propose de te l’échanger contre un saxo, j’en parlerai à maman, car c’est elle qui m’a offert mon beau vélo. Maman Louis-Joseph est forcément d’accord attendu que son fils est sans cesse à la merci d’un accident de la circulation. Le même jour de l’arrivée du saxophone, Ti Marcel le maîtrise, et les gens du quartier savourent les mélodies de ce jeune talent.

Non seulement Marcel ne connaissait rien de la nomenclature de l’instrument, mais encore il ne jouait que dans une seule tonalité. Invité à faire  » Le Bœuf  » avec les autres musiciens qui jouaient en orchestre, il est confronté à ce que les musiciens guadeloupéens qualifient de  » Tchimbé « , cela consiste pour eux à changer de tonalité sans que leur invité puisse en faire autant. Cela se soldait généralement par un éclat de rire général qui paralyse celui qui est pris au piège. Ti Marcel se sentant humilié, remet son instrument dans son étui et s’en va honteux, les larmes aux yeux, pressé d’être chez sa maman pour reprendre le saxo afin de comprendre ce qui s’est passé. Il ne parvient pas et décide de se rendre chez Paul-Émile Halliar pour lui demander d’essayer son instrument de façon à déterminer ce qui ne va pas.

Paul-Émile lui affirme que le saxo est neuf et demande au malheureux Marcel de lui expliquer dans quel contexte il a été contraint d’abandonner  » le bœuf « . Tu as été victime d’une méchanceté de leur part. Il t’ont donné un  » tchimbé « , sachant que tu ne t’exprimes que dans une seule tonalité, ils ont changé la leur. Ti Marcel écoute avec assiduité les conseils de Paul-Émile concernant les différents tons qui permettent de maîtriser le saxophone. Après quelque temps et de nombreux exercices, il se sent prêt pour affronter ses détracteurs.

C’est Emilien Antile qui est le meilleur saxophoniste du moment, il est surnommé  » monsieur Sax « . Voyant arrivé Ti Marcel, et trop heureux de pouvoir une fois de plus se moquer de lui, Emilien l’invite à faire  » le bœuf « . L’événement est d’une t’elle qualité que Emilien en perd contenance et la salle tout entière congratule le jeune Louis-Joseph.

Paul-Émile Halliar engage Ti Marcel dans l’orchestre  » Jeunesse « . Plus tard, c’est autour de l’orchestre  » El Caldéron  » de le solliciter, entre temps, Ti Marcel gagne à une loterie un électrophone et des centaines de disques de jazz des grands musiciens américains tels :
Charly Parker – Don Byas – Coleman Hawkings – Lester Young et autres. Quelle belle aubaine pour Ti Marcel ! Il se met à étudier le style différent de tous ces saxophonistes.

En 1956, c’est Paris qui accueille le génie du saxophone, engagé d’office dans l’orchestre que dirige Jenny Alpha à la « Taverne Royale » de Strasbourg.

Ensuite il joue dans l’orchestre du guitariste – chanteur africain Jo Tchad. Puis il fait un retour à Strasbourg toujours avec Jenny qui l’amène à Lausanne pour un mois. C’est dans cette ville de Suisse que Ti Marcel fait la connaissance du musicien américain Hilton Wiles qui lui propose un contrat de neuf mois.

A l’issu de ce contrat, un télégramme lui parvient de Paris expédié par Al Lirvat qui le sollicite à  » La Cigale « . Cette collaboration durera dix huit mois.

En quittant « La Cigale », il repart pour quatre ans à Genève. Dans la capitale suisse il est présenté sous le pseudonyme de « Louis Jones ».

En 1960, Ti Marcel est de retour à Paris pour honorer un contrat à  » l’Eléphant Blanc  » dans l’orchestre que dirige Mano Lopez. Dans ce haut lieu de la musique, il rencontre Cansas Phil un excellent batteur américain qui le met en relation avec Quincy Jones et  » Les Platers « .

De 1962 à 1964 il fait le va-et-vient entre  » La Cigale  » et la Suisse.

Pour le carnaval de 1964, il effectue une tournée à la Martinique et à la Guadeloupe en compagnie de Barel Coppet et Al Lirvat.

A partir de 1965 il joue avec Bill Coleman à Zurich ou il fait la connaissance de Dany Doriz autre géant de la musique. Il anime durant cinq ans, les soirées du cabaret parisien  » La Cabana Rythmes  » et à la mort du plus grand des saxophonistes antillais Robert Mavounzy, il le remplace à  » La Cigale  » et ce jusqu’à la fermeture de cet établissement en septembre 1975. Pour l’enterrement de Robert Mavounzy, le curé de l’église « des Abesses » à fait appel à lui pour interpréter quelques prouesses du dieu du saxophone.

En 1990, Ti Marcel joue au  » Festival de Jazz  » en Guadeloupe avec Al Lirvat. Il y est retourné en 1999 pour  » Jazz A Case « . Actuellement à la retraite, il a fait des galas à la demande et travailla beaucoup avec Gérard Laviny – Moune de Rivel – Cyril Aventurin et les jazzman américains de passage en Europe.

Juste avant que la maladie ne le detourne de la musique et que la mort ne l’emporte , Ti Marcel était le plus grand saxo ténor de Jazz d’Europe.

Sources : Philippe Pilotin


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