Discussion avec Dany Lafferière au salon du livre et de la presse jeunesse à Montreuil

Vues : 139
DSC00075

128, Rue de Paris, il est 15h, Dany Laferrière arrive au Palais des Congrès de Montreuil, ce vendredi 04 décembre. Comme un Sage il est à l’heure. Le Salon grouille d’enfants mais, il n’y a pas foule au fond, à droite de ce grand espace d’exposition. Dans un coin discret et éloigné, les lecteurs de Mr Lafferière l’attendent.

DSC00082

Le stand québécois qui le reçoit fait partie des 455 exposants du Salon du Livre et de la Jeunesse dont c’est la 31ème édition. Dany Lafferière accepte immédiatement de nous parler. Quelques mots sont échangés en créole martiniquais et en créole haïtien. L’académicien est devenu aussitôt accessible.

DSC00071

Mais qui est cet invité pour enfant au salon de la jeunesse ?

Dany est haïtien, il est né à port-au-Prince, élevé par sa Dâ à Petit-Goâve. Après ses études secondaires, il commence à travailler dès l’âge de 19 ans à radio Haïti-Inter. Il part pour Montréal en 1976. Après une série de petits boulots, il publie son premier roman en 1985 « comment faire l’amour à un nègre sans se fatiguer ». C’est un succès, et avec son vieux Rémington 22 , il écrit 10 autres romans.

1986, est une année particulière pour Dany. Il perd un mentor Jorge Luis Borges et dans la foulée c’est la fin du régime des « Tontons macoutes », la fin du Duvaliérisme.

De 1990 à 1999, tout va très vite. Il est demandé sur les plateaux de télévision en France, au Québec, à Miami, dans les Universités. Il décide de réécrire six de ses romans pour les densifier. Il étonne et surprend les critiques et les universitaires. Aujourd’hui on lui reconnaît plus de 22 livres : des récits, des romans et essais. En 2004 il réalise son premier film « Comment conquérir l’Amérique en une nuit », une ode au courage de l’immigré.

Huit ans plus tard, il publie un essai sur ses deux passions la lecture et l’écriture : « Journal d’un écrivain en pyjama ».

La même année, le 12 décembre 2013, il devient un « Immortel », il entre à l’Académie française. Il occupe le fauteuil d’Hector Bianciotti encore un autre admirateur de Jorge Luis Borges.

La Caraïbe notre monde, notre univers, notre petit espace antillais, le berceau imaginaire des contes et légendes de notre enfance.

DSC00079

Un nouvel ami africain l’attend, son livre sous le bras, c’est Sékou qui modestement, écrit également des petites nouvelles, précise-t-il…

Monsieur Laferrière , les yeux écarquillés commence sa dédicace…

Dothy A-Ch. : Bonjour !

Dany Lafferière : Je suis Dany Laferrière, écrivain, c’est ce que je suis.

Dothy A-Ch. : Est-ce un honneur d’avoir un Académicien dans un Salon de Livre pour la jeunesse ?

D. L : Ah! Moi, j’adore. J’ai écrit trois livres pour des lecteurs « Ti moun », des lecteurs enfants. Bien sûr, c’est un milieu que j’aime beaucoup. Je suis rarement dans un salon de Livres pour jeunesse, mais dans le salon du Livre adultes, j’essaie toujours de signer un livre pour les enfants.

D. A-CH. : Vous avez écrits trois titres : Je suis fou de Vava, Le baiser Mauve de Vava et la Fête des morts. Quels sont les points communs de ces trois albums ?

D. L : Ces histoires se passent durant mon enfance à petit Goâve, c’est le point commun. Il y a une jeune fille qui s’appelle Vava. Je suis le narrateur. Je suis très amoureux d’elle. Le conteur donc est amoureux de cette Vava qui est magnifique, toujours habillée de jaune, avec des papillons autour d’elle. Il s’agit d’une histoire d’amour pendant l’enfance.

D. A-CH. : Ces récits sur le thème de votre propre enfance, quel intérêt de les raconter par épisodes ?

D. L : Non…C’est tout simplement le nombre de pages qu’on demande pour un livre de la jeunesse, donc il ne faut pas les dépasser. Je me suis alors « arrangé » pour présenter cet ouvrage en trois volumes. Dans trois situations différentes. Une, c’est sur la mort, l’autre c’est la politique, l’autre sur l’Amour. Ça a l’air un peu aride, mais en réalité c’est très, très coloré, très vivant.

D. A-CH. : Vous avez un message caché ? Une morale ? Comment peut-on interpréter ces récits ?

D. L : Ah, je ne donne jamais de message. Surtout pas aux enfants. Ils sont si intelligents, si vifs. Je les laisse avec la nature. Avec les paysages, avec les visages, et ils finissent par tout comprendre.Surtout si on ne leur dit pas, quoi comprendre!

D. A-CH. : Les jeunes en Haïti, ont-il accès à vos livres ?

D. L : Cela dépend, s’ils ont les livres chez eux. Mais bien sûr, on peut les trouver dans les bibliothèques pour ceux qui ne peuvent pas s’acheter de livres.

D. A-CH. : Dany Lafferière, êtes-vous tenté d’écrire en créole ?

D. L : Non, mais on peut traduire mes livres. On a traduit le premier en créole haïtien. Je suis fou de Vava, c’est Lionel Trouillot qui l’a traduit, un de mes amis. C’est bien. Il n’y a aucun problème.

D. A-CH. : Alors, quel sera la suite de vos projets pour la jeunesse ?

D. L : Euh… la suite, je ne sais pas. Parce que c’était ces trois livres que j’avais en tête à un moment donné. Cela peut arriver que quelque chose se déclenche au moment où je m’y attends le moins. Mais il faut attendre. C’est la surprise ! Il ne faut pas, il ne faut pas trop la « vouloir ».

D. A-CH. : On finira avec une citation : « Appelez-moi Borges tout court » répondait Jorge Luis Borges à ceux l’appelaient encore du « Monsieur » à 80 ans. A vous Monsieur Lafferière, on dit Merci Dany. Tout court.

D. L : Merci.

Info Pratique : Le Salon du livre et de la presse jeunesse se déroule jusqu’au lundi 7 décembre, à Montreuil.

Entretien par Dothy A-CH. pour PBK