Eddy Marc : son nouvel album « Tendre insolence »

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People Bo Kay a rencontré Eddy Marc, le célèbre interprète des zouk retro  « Tourment d’amour », ou encore « Je vous aime vous »,  pour une interview exclusive à l’occasion de la sortie de son huitième album intitulé « Tendre insolence ».

18 tracks aux sonorités multiples, zouk, compas, avec une pointe de traditionnel, placés sous le signe de l’Amour, avec en bonus le DVD concert intégral à l’Atrium. Un album qui a mis pas moins de 5 ans avant d’aboutir, pour un résultat à la hauteur des exigences de l’artiste !

Eddy Marc

PBK « Pourquoi Tendre insolence ? »

EM « Tendre rebelle, c’était déjà fait. Je voulais l’appeler « hors-format », c’était déjà fait aussi par Sardou. Parce que ce n’est vraiment le genre de format qui se fait maintenant, c’est mon format à moi… Et puis, c’est un peu insolent parce qu’il y a du chouval bwa, du kompa, un genre de zouk-dancehall pour changer un peu de ce que j’ai fait jusqu’à présent. »

PBK « Qu’est-ce que ce 8ième album a de particulier ? »

EM « Ce 8ième album est je pense plus abouti au niveau du son et peut-être même de la qualité des chants par rapport aux autres. J’ai mis la main dans le cambouis, j’ai été plus au fond des choses. Le 1er arrangeur que j’avais retenu pour cet album m’a planté, c’est pour cela qu’il a pris 4-5 ans. Il a pris mon argent mais il n’a pas fini en temps et en heure. Donc je me suis retrouvé à reprendre presqu’à zéro. Et comme un malheur n’arrive jamais par hasard, j’étais à côté de lui à observer comment il faisait, j’ai acheté les outils qu’il avait et je me suis mis à faire mes propres arrangements. J’ai même joué du synthé dans un morceau, j’ai peaufiné les voix, je me suis investi davantage dans une partie où avant je laissais les gars faire et moi, je venais juste pour chanter. Donc ça donne cela et j’en suis très fier. Et il y a bien sûr Maitre Philippe Joseph qui a rattrapé le coup, qui a refait des synthés, Frédéric Wurtz qu’on ne présente plus, Didier Davidas pour les claviers, et bien sûr mon ami Charles Lucien et tous les musiciens de talent, Frédéric Caracas, il y en a un paquet… »

PBK « Donc ça sonne différemment ? »

EM « Ça sonne différemment, ça sonne bien pour l’époque. On s’est vraiment donné les moyens de faire un produit qui va durer longtemps. Je sais que quand on fait de la qualité, ça dure. Et, il y en un peu pour tout le monde niveau style, pour toutes les époques et maintenant il faut assurer la promotion derrière. »

PBK « Je te dois tout, c’est le premier single de l’album. A qui est-ce que vous devez tout ? »

EM « Au créateur, déjà. Dans mes chansons, je parle à une femme mais à travers cette femme je parle au créateur qui lui-même l’a créé. Je fais souvent cela. « Je te dois tout », je dois tout à celle que j’aime, celle avec qui je partage ma vie depuis une trentaine d’années à peu près. Mais je dois tout surtout au créateur qui a fait toutes ses choses merveilleuses autour de nous. C’est une manière de lui rendre hommage et de rendre hommage à ma femme qui m’accompagne. »

PBK « Il y a de gros problèmes de production au pays qui menace l’industrie musicale antillaise. Qu’est-ce qui fait qu’aujourd’hui vous avez réussi à sortir cet album ? »

EM « C’est du à un amour profond de la musique, à mon militantisme. Il ne faut pas que notre musique meurt, il ne faut pas que ceux qui ont le savoir-faire, que les maitres dans l’art de faire de la bonne musique laissent tomber. Les jeunes en ont besoin. Ça me fait sourire quand on parle de « nostalgie » car c’est complètement d’actualité. Si ça ne l’était pas, les gens ne danseraient pas. Tu mets un « Sweety doudou » tout le monde se lève et danse, tu mets un morceau de Virgal, de Savann’, c’est toujours aussi bon. Notre approche de la musique était dans le respect. Maintenant les gens font de la musique pour l’argent, pour être vus, pour être star. Ça me fait sourire. Je pense que ce n’est pas la bonne démarche. Comme dans tout métier, il faut que les gens apprennent, soit des disciples pour devenir des maitres. Je suis pour la profondeur des choses, la puissance d’une chanson. Il faut qu’on revienne aux fondamentaux, c’est-à-dire faire de la musique pour l’art. Qu’on fasse des œuvres d’art et non pas du business.

PBK « C’est ce que vous pensez de la nouvelle génération zouk ? »

EM « Il y en a qui m’interpelle, qui font des choses sympas. Mais la majorité ne suit pas. Ils veulent être calife à la place du calife sans avoir monté les marches de l’apprentissage. Stevy Mahy, Esy Kennega, c’est vraiment pas mal. Ils font leur chemin, ils ont un certain talent de musicien. Nous avons besoin de voir des performeurs. On doit faire vivre la musique, on doit chanter, avoir des musiciens, rendre la musique vivante ! Nous, on est passé par là ! Les Pipo Gertrude, Tony Chasseur, on se retrouvait, on faisait le bœuf, on allait voir Marius Cultier, il était au piano, on chantait, on faisait les chœurs. On faisait de la musique ! »

PBK « Quel est le titre qui vous a demandé le plus de travail ? »

EM « Je les ai tellement bossés ! (rires) J’ai pris pas mal d’années à le faire…celui qui m’a donné le plus de fil à retordre, c’est peut être « Arrête la violence ». Il n’est pas du tout pareil, la mélodie était un peu triste au début, ce n’était pas du tout ça. Je l’écoutais, je changeais, et puis la mélodie définitive est venue et c’était beaucoup mieux. Celui-là, et « Chimin lanmou » aussi. Je l’ai mis de côté, je suis revenu dessus. Vous savez quand on ne sent pas le truc, il ne faut pas insister. Et au bout d’un moment, tu trouves, ça vient tout seul.

PBK « A delà de votre chanson « Arrête la violence », quel message souhaiteriez-vous faire passer à nos jeunes ? »

EM « Mon constat personnel, c’est que les gens qui ont fait preuve de violence pour arriver, premièrement ne sont pas arrivés à leurs fins et deuxièmement sont pratiquement tombés aux oubliettes. Tandis que les gens qui prônaient l’amour et l’élévation de la conscience sont toujours d’actualité. Chaque individu doit faire un travail sur lui-même. »

PBK « Pensez-vous que la musique a un rôle à jouer dans toutes les problématiques de violence ? »

EM « Bien sûr ! Je pense que quelqu’un qui écoute toute la journée de la musique agressive et violente est forcément sur les nerfs. Il est conditionné. Alors qu’une musique douce, rythmée et festive, comme le fait Kassav, ne te met pas dans une dynamique négative. »

PBK « On parle de violence mais l’album tourne majoritairement autour de l’amour ! »

EM « Oui, c’est l’amour. C’est central dans ma vie, j’ai compris que c’était une force. Et l’amour sera toujours plus fort. Cet album est le fruit de beaucoup de réflexion. »

PBK « Un petit message à la communauté PBK ? »

EM « Fodré yo achté album bo kay ! (rires) Là aussi, il y a un travail de conscience. Si on pirate l’album de son compatriote martiniquais et qu’on court acheter celui de Rihanna, est-ce que cela va vraiment te faire vivre en Martinique ?! Alors que Marthély, Kassav, tous ces gens-là font vivre la Martinique. Ils font des concerts au pays. Donc si les martiniquais avaient cette réflexion-là, de se dire bon j’achète le produit de chez moi, ce serait déjà une bonne chose. Par exemple le haïtien défend son compas ! Il faut soutenir ce qui fait partie de l’économie de ton pays ! C’est ça qui contribue aussi à l’emploi par exemple. Sé yon a lot ! »

PBk « Où est-ce que l’on peut se procurer l’album ? »

EM « Chez tous les disquaires, dans les centres commerciaux, et sur les principales plateformes de téléchargement légales, Deezer, Amazon, Itunes ! »