Esclavage : Le CRAN porte plainte contre l’État, Victorin Lurel et le CREFOM sur les réparations.

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Ce mardi 10 mai, consacré à la commémoration de l’abolition de l’esclavage, c’est aussi la date choisie par le CRAN pour pousser un grand cri de colère. Louis Georges Tin, le Président du Conseil des Associations Noires de France est ferme, il veut du concret, il dénonce un « crime parfait » (l’esclavage) où « l’accusé »(les esclavagistes) est désigné sans recevoir aucun dédommagement, ni réparations. Victorin Lurel, l’ancien Ministre des Outremers annonce qu’il envisage de poser un amendement pour abroger la vieille Loi de mars 1849. Plus de 6 millions de francs ont été versés aux propriétaires d’esclaves et rien aux nègres libérés. Le CREFOM par la voix de Daniel Dalin veut une réforme agraire  souhaitée par beaucoup de descendants d’esclaves.

Des sentiments amers, contenus ou dénoncés depuis 10 ans, depuis la date de vote de la Loi Taubira en 2001, qui reconnaît l’esclavage et la traite comme des crimes contre l’humanité.

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Tous veulent du concret, dédommagements, réparations, réconciliation, des mots qui expriment les inquiétudes de la société civile ultramarine et de ses élus. Pour réponde à des attentes légitimes, le Président François Hollande vient d’annoncer la création d’une Fondation pour la mémoire de l’esclavage présidée par Lionel Zinsou, un ancien Premier Ministre du Bénin. La Ministre des Outremers, met en place des évènements pour partager et transmettre cette histoire mémorielle aux jeunes générations, en organisant des concours comme la Flamme de l’Egalité. Pour tous, ce sont des avancées significatives mais pas suffisantes.

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Au Jardin du Luxembourg, pendant que la délégation présidentielle se recueille devant la statue de chaîne entrelacée, symbolisant l’abolition de l’esclavage, Louis-Georges Tin exprime son mécontentement. Pour le Président du CRAN, ce sont des cérémonies qui se ressemblent chaque année. Les hommages s’enchaînent sans effets réels pour les victimes, les descendants d’esclaves.

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La loi Taubira a été votée soit, mais il reste la seconde partie litigieuse pour tous, comment réparer ce crime « humanitaire ».
« On a reconnu le crime, mais on n’a reconnu ni les victimes ni les criminels et ni les réparations nécessaires. Nous demandons des réparations financières ».

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Le Président du CRAN Louis-Georges Tin, reconnaît le travail formidable de la députée guyanaise, Christiane Taubira. Mais sans le texte prévu pour les réparations, l’article 5, écarté en commission des lois, il considère que cette Loi Taubira 2001, « n’est pas achevée ».

Pour Louis-George Tin, le contribuable et l’Etat reconnaissent un « crime » mais sans vouloir le réparer. C’est inadmissible selon le responsable du CRAN. En définitif, il comprend que l’État ne veut pas aller plus loin et « refuse de rendre ce qu’il a récupéré durant cette période de traite négrière ».

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Aujourd’hui, Louis-Georges Tin annonce qu’il va déposer deux propositions de Loi, avec l’appui de Cécile Duflot, députée d’Europe-Ecologie les Verts.
La première proposition relative à l’esclavage et la seconde sur les réparations relatives au travail forcé dans les colonies d’Afrique et d’Indochine durant la deuxième période coloniale.

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Et Parallèlement, le CRAN envisage de traduire l’État en justice pour achever cette reconnaissance de la traite de l’esclavage comme crime de l’humanité. Des actions judiciaires sont lancées depuis mardi matin 10 mai.
Deux plaintes tout d’abord :

Contre La France. En 1848, « il y a eu le décret Schoelcher qui accordait des réparations à d’anciens propriétaires d’esclaves. Ce décret est toujours actif. Ces sommes perçues ont été investies dans des Banques en Guyane, en Guadeloupe ou en Martinique ou la Réunion. Le CRAN demande que ce décret soit aboli et cet argent restitué aux vrais victimes et non pas aux vrais bourreaux ».

Quant à la ville de Bordeaux, C’est Alain Juppé que le CRAN « interpelle sur la question des réparations », en vain dit-il.

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Le Président du Conseil représentatif des associations noires de France estime que les descendants esclavagistes n’ont pas « changé leurs pratiques, ils sont toujours racistes, ils exploitent encore les peuples des DOM-TOM ». Il utilise sans hésiter, le mot de collaboration et de profitation. Louis-Georges Tin s’adresse à tous les descendants esclavagistes qui s’entendent avec l’Etat, « ce sont ceux-là même qui ne parlent jamais de réparations mais de réconciliations ».

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Selon Louis-George Tin, on ne peut « passer par la case réconciliation sans passer par les réparations ».
Les plaintes sont déposées au Tribunal Administratif, contre l’État français et contre la ville de Bordeaux. Bordeaux est reconnue comme la ville responsable d’une déportation négrière importante, plus de 130 000 africains, devenus esclaves, ont transité depuis ce Port négrier.

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Que demandent objectivement le CRAN. Il faut trouver des solutions qui invitent les autorités françaises à mettre en place une politique de réparation non seulement pour l’esclavage mais aussi pour la colonisation. Les propositions sont en attente là : C’est par exemple, le projet de l’écrivain et philosophe, Claude Ribbe, la création du Centre Dumas. L’Hôtel Gaillard de la Banque de France, une banque négrière devrait être dédiée aux cultures d’Afrique et d’Outre-mer. Louis-Georges Tin demande également une réforme agraire en Outre-mer, et la révision des programmes scolaires. Autre exigence que « La rançon imposée au peuple Haïtien » après sa libération en 1804 et «  la Dette des Pays africains » soient annulées.
Le Président du CRAN est soutenu dans sa démarche par plusieurs partis en France : le PC, les Ecologistes, la CGT Sud, le Syndicat de la Magistrature, le Conseil de l’Europe, le Conseil Traditionnel des Rois et « leaders traditionnels » d’Afrique.

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Dans le groupe qui discute plus loin, nous interpellons le Secrétaire Général du CREFOM, Daniel Dalin (Conseil Représentatif des Français d’Outremer).
Non seulement la France mais, l’Afrique aussi doit reconnaître sa responsabilité dans l’Organisation de la traite et de l’esclavage qui a duré plus de 300 ans rétorque le membre du CREFOM. Daniel Dalin s’étonne que l’histoire de l’esclavage ne soit pas plus médiatisée en Afrique. Selon lui, la France qui a écarté la demande de réparations, doit aux victimes, les descendants de la période esclavagiste un « dédommagement moral ».

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En exemple, « la continuité territoriale qui ne suit pas, les billets des ultramarins sont trop excessifs, la vie est toujours aussi chère aux Antilles en comparant les denrées alimentaires de la métropole, la discrimination à l’embauche pour les citoyens français qui viennent des régions ultramarines ».

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Pour finir, Daniel Dalin, souhaite comme d’autres, une « réforme agraire » aux Antilles. La répartition des terres reste une problématique qui remonte à la période coloniale, elle engendre toujours de fortes crispations et les spécialistes insistent sur l’injuste répartition et « captation » des sols avant et après l’abolition de l’esclavage.

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Près du carré de la Presse, L’élu guadeloupéen, Victorin Lurel est prompt a répondre à nos questions. Tout d’abord, il salue cette journée de commémoration, organisée par l’Élysée, qui ne doit pas « devenir une banalité ».
Questionné sur les « déçus » de la Loi Taubira, il insiste sur la volonté d’apaiser les tensions. Mais reste ferme et vigilant sur l’évolution de cette loi du 10 Mai 2001. Toutes les questions doivent être posées sans tabou et dans le calme, qu’il s’agisse de réparations ou de réconciliations.

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En écho à ses compatriotes descendants d’esclaves en Outremer, l’ancien ministre des Outremers insiste sur les dispositifs à mettre en place pour améliorer la loi du 10 mai, pour que cette journée rayonne sur le territoire national. Victorin Lurel espère des sanctions judiciaires contre ceux qui font l’apologie de l’esclavage et aussi toutes atteintes à l’honneur des descendants d’esclaves. Pour le député, il faut que l’Europe prenne conscience que c’était une ignominie (la traite des esclaves), un crime contre l’humanité ce commerce des esclaves. Il faut aller au bout de cette démarche de la reconnaissance de ce crime contre l’humanité sans pour autant culpabiliser les uns et les autres.
Mais la question des réparations reste tout de même un point qui fâche si des dispositifs ne sont pas étudiés pour faire évoluer la Loi Taubira.

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Victorin Lurel, souligne et rappelle qu’en 1849, les esclavagistes ont bien été indemnisés mais pas les esclaves qui ont été libérés sans dédommagement.
« La question des réparations, est une question délicate qu’il faut aborder courageusement ». Et Victorin Lurel de conclure en proposant la création de commissions pour étudier cette question, autre vœu du député de Guadeloupe : il faut que « des recherches appropriées soient faites dans les Universités françaises, pour savoir où est investi l’argent de cette période esclavagiste. Il constate que les questions et les réponses sur « les réparations » avancent ailleurs. « En Angleterre les choses avancent, mais pas suffisamment en France ».

Reportage Dorothée Audibert-Champenois – Photos Dothy A-Ch


1 commentaires :

  1. Sissi

    Lurel et karam sont des caméléons faites très attention à eux ils sont encore à la recherche du pouvoir avec les békés esclavagistes c’est encore eux qui asseoient la profitation en Guadeloupe croyez moi ce sont des traîtres intéressés par le pouvoir à tout prix

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