Être noir et homosexuel : « les Amants de Couleur » le film touchant de Carl Jaro

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Malgré les dernières grandes conquêtes sociales et sociétales de la communauté LGBT (Lesbienne, Gays, Bi et Trans) en France, les relations homosexuelles masculines sont toujours taboues dans la population noire antillaise et elles suscitent les critiques exacerbées des antillais qui vivent en métropole.  Face à ce malaise les homosexuels gays d’origines antillaise et africaine s’organisent.

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Carl Jaro est un jeune top model haïtien qui vit depuis sept ans en France. Mais les obstacles qu’il rencontre dans sa vie amoureuse, l’oblige en Europe, à être le porte-voix des homosexuels noirs méprisés et insultés en France comme aux Antilles.

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Durant deux ans, le jeune homme de 28 ans a mûri un projet de film qui prend forme aujourd’hui. Plus qu’une fiction le moyen métrage de Carl Jaro est un « appel à manifester » contre ceux qui conspuent les relations sexuelles masculines et homosexuelles en général. Le cinéaste qui espère « changer les choses » avec sa première fiction, a présenté son film de 22mn en avant-première, vendredi 30 octobre 2016 en banlieue parisienne.

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Métro Croix de Chavaux, à Montreuil, il pleut. A l’Espace Albatros, l’ancien studio de cinéma muet ayant appartenu à Charles Pathé, devenu Espace culturel, il est 20 h 20. Carl Jaro, grand, fin, large sourire aux lèvres, longue tunique blanche, nous reçoit dans un espace transformé en salle de projection pour l’occasion. Une soixantaine de personnes s’installent pour découvrir les « Amants de Couleur ». Ils sont acteurs, journalistes, artistes, techniciens de l’image ou du son, animateurs ou amis proches sur les gradins improvisés.

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L’histoire commence : Images chocs et un brin provocatrices. Les regards se fixent sur des images sensuelles en noir et blanc : deux hommes enlacés sur un lit, sous la même couverture satinée. Le couple se détache avec tendresse, ce sont « Les Amants de Couleur« .

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Flash back sur une douleur prégnante : la disparition prématurée d’un jeune martiniquais de 35 ans, en 2010. Une histoire qui bouleverse encore le jeune Carl Jaro. Tiraillé entre un amour de façade pour « sauver les apparences » et un amour vrai mais caché, Jean-Charles Chadet, un jeune antillais angoissé et torturé affectivement met tragiquement fin à sa vie.

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Trois comédiens (deux haïtiens et un guadeloupéen) sont choisis pour raconter ce drame.

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A partir de cette histoire vraie, Carl Jaro a écrit un scénario « Les Amants de couleur ».
Entourés de deux autres comédiens Matthieu Gabriel (guadeloupéen) et Kethie Georges (haïtienne), le jeune cinéaste a aussi une autre casquette puisqu’il est l’acteur principal de son propre film qu’il résume en quelques mots :

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Paris. Dans un appartement vit Aman un jeune camerounais qui suit des études de danses contemporaines. Il rencontre Yann. Coup de foudre entre les deux étudiants, Aman et Yann tombent amoureux, ils s’aiment, ils se retrouvent dans leur appartement. Yann, qui est martiniquais étudie dans une école de communication où il rencontre Gabie, qui fond de passion pour le jeune antillais. Un amour à contre-courant pour Yann, un amour alibi qu’il n’accepte pas. Pourtant sa relation homosexuelle, il ne l’assume pas non plus devant sa famille. Il épouse la jeune fille.

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Un huis clos où les deux hommes luttent avec les conventions, s’étouffent à composer avec des orientations sexuelles qui ne les intéressent pas. Les amants souffrent d’être moqués et montrés du doigt tant en Afrique pour Aman qu’aux Antilles pour Yann. Épilogue et générique se termine sur une fin dramatique qui rend hommage à l’histoire vraie de Jean-Charles Chardet, le frère de cœur de Carl Jaro.

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A la fin de la projection, l’équipe du film a ouvert un débat qui expliquait les motivations du jeune cinéaste haïtien. C’est en 2013, trois ans après l’histoire tragique de son ami Charles que Carl Jaro se lance dans ce projet de film court qu’il titre « Les Amants de Couleur ». L’idée : « Mettre en lumière cette histoire amoureuse et interdite gravée dans ma mémoire », insiste le jeune comédien haïtien, les yeux mouillés quand il rappelle la bataille de Jean-Charles Chardet. Pour Carl Jaro ému, ce sont « des destins qui se brisent par la peur des autres ».

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« les Amants de Couleur », L’occasion pour les antillais et les africains de réfléchir à la question homosexuelle. L’homosexualité un tabou en Martinique, en Guadeloupe, à Saint-Martin ou en Guyane et pour les îles anglophones de l’Archipel antillais : un crime condamnable.

Quant au continent africain un grand nombre de pays ne sont pas encore prêts à reconnaître les préférences sexuelles des LGBT, ils seraient plutôt enclin à les pénaliser. C’est le cas du Sénégal de la Guinée, du Burkina Faso, du Zimbabwé ou du Niger.

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Aujourd’hui, Carl Jaro veut « aller plus loin », il a décidé de donner une autre tournure à son moyen-métrage qui pêche dans la simplicité du scénario et dans la fluidité des enchaînements scéniques. Avec sa petite équipe, le cinéaste-acteur motivé, qui est au stade de l’écriture pour cette version cinématographique à gros budget envisage de « faire évoluer ses personnages entre l’Afrique et la Caraïbe » pour toujours questionner le spectateur sur les méfaits de l’homophobie dans toutes les sociétés.

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L’ancien mannequin qui a défilé durant douze ans chez VIP Models à Paris et Banana Models (seule agence de mannequin hommes dans la capitale), « veut participer à ce nouveau défi mais à sa manière ». Carl Jaro, le porte-voix des homosexuels veut parler de l’homosexualité autrement. L’antillais veut démontrer avec son film que les relations sexuelles masculines sont normales comme celles des hétérosexuelles.

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Déterminé dans sa volonté de vivre librement, de ne plus se faire appeler « makoumè » (gay aux Antilles), de ne pas vivre en cachette ses passions, l’haïtien Carl Jaro a une seule ambition aujourd’hui : « Se battre contre toutes les inégalités ». Car selon le cinéaste, dans leur homosexualité, les hommes comme les femmes subissent la même violence des sentiments donc il est urgent que les « regards changent » pour lever la barrière de l’intolérance.

Reportage Dorothée Audibert-Champenois/Fbook C’news Actus
Photos Dothy A-Ch et Captures d’Ecran


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