Gwladys, une « chabine » ambassadrice du Gwo Kâ à Cannes

Vues : 583

« Non ! Tous les Noirs ne savent pas danser ! » La phrase est dite avec humour et Gwladys Rémion-Grémont justifie ainsi la raison d’être, de son École de Danse à Mougins, à 6 Km de Cannes, la ville du Cinéma. Dans un espace isolé et champêtre, elle a choisi de nous faire découvrir son univers. Si la « chabine » antillaise regrette de ne pas rencontrer plus d’antillais pour l’aider à promouvoir la flamme identitaire, elle ne désarme pas. Née guadeloupéenne et martiniquaise, cette militante culturelle est une bosseuse. Jazz, Gwro Kâ, danses contemporaines, classique, la prof est une entêtée de la danse et de la musique depuis plus de 20 ans.

20160416_104637

Gwladys, a « épousé » la danse dès l’âge de 6 ans, elle est tombée dans la marmite des danses traditionnelles antillaises. De danseuse à chorégraphe, elle a franchi tous les obstacles et gagné toute seule sa notoriété. Gwladys Rémion-Grémont nous raconte à fleur de peau, ses attentes mais surtout la reconnaissance de son travail de danseuse.

gmr a

Sa mère débarque de Guadeloupe via le Bumidon dans les années 60, son père martiniquais arrive en métropole pour son service militaire. Ils se retrouvent tous deux dans le Sud de la France et c’est à Cannes qu’ils posent finalement leurs valises chargées encore de souvenirs des deux îles.

Comme beaucoup d’antillais déracinés, les parents de la petite Gwladys, se cherchent et intègrent une association antillaise où la danse est l’activité principale. Dans les années 80, les structures de ce genre sont nombreuses et les petits antillais comme Gwladys, sont dans les soirées, à danser, à se trémousser aux rythmes des biguines, des mazurkas, des dansés collés, mêlés aux cadences et aux variétés tropicales. La jeune métisse suit dans le même temps des cours de danse classique mais bouge si bien qu’on lui demande de rejoindre un groupe de danses traditionnelles. Sa mère accepte, étant elle aussi danseuse folklorique.

Malheureusement, le groupe disparaît dans le bruit de la discorde. L’association culturelle « Pomme Cannelle », n’est plus. Les martiniquais et les guadeloupéens se séparent, l’adolescente Gwladys Rémion continue ses pas de danses au milieu des compatriotes maternels, dans la troupe de Kan’Kréole.

gmr z

La jeune guadeloupéenne, qui est née en métropole, devient une danseuse incontournable dans ce nouveau groupe qui perpétue la danse traditionnelle des Antilles. Elle a du talent, beaucoup de maturité et retient aisément les déplacements de toutes formes de danses traditionnelles, de la mazurka piquée à la haute taille (du Bel Air) comme ceux du Kaladja au Lewoz (du Gwo Kâ). Mais à la différence des autres membres du groupe, Glwadys veut moderniser les gestes, les pas, le bouger des hanches, le port de tête, et, propose des chorégraphies qui font sensation. Elle maîtrise parfaitement les rythmes du Bel Air (Bêlé) de la Martinique et ceux du Gwo Kâ de la Guadeloupe, la fusion de ces deux cultures antillaises.

grm

Gwladys Rémion part étudier à Aix-en-Provence mais revient vite s’installer définitivement chez elle à Cannes où elle devient professeure itinérante ( Jazz, Ragga, danse classique) en 2003. Puis, quelques années plus tard, elle décroche l’autorisation de « créer » sa première Compagnie de Danse, nous sommes en 2011. Gwladys qui navigue entre les Antilles et la métropole, est aujourd’hui, danseuse, chorégraphe et musicienne dans son studio de 115 m2.

1960038_10202537727636942_1394998204_n

Et, la métisse de Guadeloupe et de Martinique, est entre temps devenue mère de famille. Gwladys, soeur de Madly Beaugendre (sportive guadeloupéenne),  maintient le lien caribéen en le transmettant, cette authentique fille des îles est une danseuse militante. Pas question de danser, pour « faire jolie doudou » sur les scènes ou de laisser filer les préjugés exotiques, la Chabine piquante entretient la flamme identitaire, elle revendique une culture plurielle soit, mais un patrimoine unique,avec son histoire et ses valeurs d’antan.

En cette période de commémoration de l’esclavage, il était intéressant de suivre avec la jeune femme, comment, elle passait doucement le relais à la jeune génération.

20160416_104600

Aujourd’hui, c’est une petite équipe de danseurs qui évolue au son du tambour. Tous les samedis matin, les petits apprentis danseurs font de l’éveil à la danse et à la musique Gwo Kâ. A l’aide d’une « petite » chanson, les 7 rythmes du Gwo Kâ, le Toumblack, le Mendè, le Graj, le Woulé, le Padjanbel, le Kaladja, Lewoz, n’ont plus de secrets pour Anne-Charlotte, Lily, Lorenza et Arnaud. Chaque ryhtme est associé à des danses, elle les initie au mouvement, à l’écoute des sons, à la discipline. Les enfants sont ravis et les parents apprécient cette forme ludique d’enseigner la danse. Du classique pour les échauffements et des sons rythmés pour la suite du cours.

20160416_110542

Arnaud, 3 ans et demi est d’origine martiniquaise comme sa maman Dominique. Dominique Baya-Landrevie exerce dans les Ressources Humaines et habite à Antibes depuis 3 ans. A l’instar de beaucoup d’antillais, nous dit-elle, elle se fait un devoir de plonger son fils dans cet univers antillais, indispensable pour qu’il développe sa personnalité et qu’il connaisse sa culture.

20160416_111800

Elle aussi est inscrite au cours de danse Afro-caribéen de Glwadys. Longtemps, elle s’est entraînée sur de la salsa, et voulait découvrir autre chose.
Un long parcours pour enfin découvrir « Gwadys Danse Studio » au 1245 dans la très longue Avenue La Plaine. Des recherche difficiles, elle s’aide de » You Tube » sur Internet.Elle reconnaît que cette Ecole crée un réseau, une vraie croisée de chemin pour la culture antillaise dans le Sud. C’est la seule Ecole de danse afro-caribéenne dans le Sud!
Professionnelle, mais autodidacte de la danse caribéenne, elle a « sa méthode » particulière pour enseigner aux plus jeunes mais pas seulement.

20160416_110642

Gwladys, ambassadrice antillaise, ouvre ses ateliers à tous.
La chorégraphe et danseuse a des classes de différents niveaux, des jeunes qui devenus plus grands peuvent évoluer dans son groupe Kan’Kréole. Son organisation monte des spectacles et elle se produit dans de grands événements ce qui lui permet de compenser les faibles revenues de sa compagnie. Gwladys Rémion Grémont n’a pas eu de salaires depuis trois ans!
Avec ses danseuses, la guadeloupéenne et martiniquaise à la fois, participe régulièrement à des prestations culturelles qui toujours, ont comme objectif, de mettre en valeur ses traditions antillaises qui lui sont chères.

20160416_104616

L’Office du Tourisme des Antilles pourrait bien lui être redevable. Gwladys n’a de cesse de promouvoir la culture des deux Îles, Martinique et Guadeloupe. Une prochaine Palme pour cette danseuse, la chabine aux yeux clairs de Cannes. (Dorothée Audibert-Champenois)

photos Dothy A-Ch