Kessy, le chanteur antillais non-voyant milite pour la liberté et le bonheur !

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« Quand je commence à chanter dans le métro ou dans un centre commercial, on me dit : Monsieur, vous avez une autorisation ? ». Une autorisation de quoi ? de porter du bonheur ?
Kessy n’est pas homme à se laisser faire, il ne veut pas de barrières et milite pour plus de liberté, plus de partage dans cette société où le numérique handicape « les relations entre humains ».

Révolte et passion sont des sentiments qui se mêlent dans la vie de Kessy, Ribe Kasey pour l’Etat civil. Kessy nous dira ce qu’il pense du zouk, il nous parle de ses envies, de ce qui le chagrine, de ceux qu’il aime et de ses projets musicaux. Nous avons rencontré ce jeune chanteur sans frontières qui assume son handicap : « Je préfère être aveugle car je vois la vie autrement, cela aurait pu être pire ! » dit Kessy dans un trait d’humour.

On le reconnaît dans les rues, il est suivi par plus de 26 000 abonnés sur les réseaux sociaux.« My Life » son premier single, enregistré en studio, est sorti en 2008 et il se prépare dans un mois à accueillir un nouveau titre « My Vision ». Martiniquais, Saint-Lucien ou Saint-Martinois, Kessy  « vibre » grâce à la musique.

Le jeune chanteur a des rêves pleins les yeux : « Je ne dis pas que je souhaiterais être une star, mais j’aimerais être un artiste. J’ai d’autres envies, je voudrais briller. Je voudrais améliorer les déplacements pour les personnes en situations de handicap ». Les vœux du jeune Kessy ne sont pas fous, c’est un jeune homme raisonné et ambitieux qui programme sa nouvelle vie avec fougue et passion.

Surplombant l’île aux cygnes, compagne de la Tour Eiffel sur le Pont de Grenelle, la réplique réduite de la statue de la liberté de Manhattan à New York, brave le mauvais temps, ce mardi 20 février 2018.

C’est dans ce quartier du quinzième arrondissement de Paris, au pied de cette célèbre statue de la liberté que l’antillais Kessy nous accueille. Lunettes sombres, costume noir, l’élégant Kessy est en compagnie de son agent martiniquais. Dans le bar-Pub, les clients sont nombreux, l’ambiance est courtoise, l’artiste nous propose un chocolat chaud, dans ce bar somptueux qui fait face au célèbre monument de la liberté.

Kessy sait qu’on est dans un endroit chic : « Nous sommes à quelques mètres de la statue de la liberté. C’est beau ce mot mais on a pas de liberté en France. Quand je suis dehors, parfois on me ment. Je suis non voyant mais je suis loin d’être bête. Dernièrement au Louvres, le vigile m’interdit de passer. Je sais qu’il ouvre les barrières aux autres visiteurs mais moi il me refuse l’entrée. Oui, je suis un rebelle, un marginal, un peu révolté ».

Voilà l’histoire de Kessy, un chanteur des rues. Un concept qui le sied bien, nous dit-il. Il a commencé à jouer pour les gens dehors, il y tout juste un an. Son enceinte pré-amplifiée avec micro l’accompagne tous les jours. Selon son humeur, il choisit un coin de rue, une sortie de métro ou une place libre où il devine qu’il sera bien. Car, le chant c’est toute sa vie, la musique le fait vibrer, Kessy, ce fils unique, né à Sainte-Lucie aux Antilles a le timbre de voix de ses aînés, Ray Charles ou Stevie Wonder.

Comme ces pointures afro-américaines de la Soul, Kessy est non voyant. Son histoire est à la fois bouleversante, malheureuse, émouvante mais extraordinaire. Et c’est sous les airs à capella  que nous entamons cet entretien (audio ci-dessous) : « Hit the road Jack and don’t cha come back / No more no more no more no more » est sorti en 1961, cette chanson est interprétée par Ray Charles.

Puis, Kessy, insiste sur le manque de structure pour les personnes en situation d’handicap dans la capitale française. Cela l’inquiète un peu.


Car Kessy n’est pas dupe du peu d’intérêt qu’on lui accorde parfois : « Il n’y a rien qui m’embête, ce serait plus de l’inquiétude. Plus on avance dans le monde moins on a des relations avec son prochain. Avec les réseaux sociaux, on a perdu les valeurs de la solidarité. On vit dans un monde d’égoïsme. Quand je voyage et je demande de l’aide du septième au huitième arrondissement à Paris, on ne m’aide pas. » Mais, l’artiste non-voyant ajoute, comme pour conjurer cette pensée là : « Il faut donner avec votre cœur, n’oubliez pas qui a un Dieu qui existe ! ».

Né non-voyant, la mère de Kessy qui est sainte-lucienne est presqu’obligée de confier son fils unique à une famille d’accueil qui vit à Boston aux Etats-Unis. Kessy qui a deux ans, part à Boston et vit chez le couple américain, ami de sa mère. Avec l’aide de Meryl et Greg, l’enfant subi une opération importante qui lui permet de recouvrir la vue. A 3 ans et demi, sa maman le récupère mais Kessy qui n’a réellement que 50% de sa vue, a besoin de soins plus adaptés. Il cicatrise mal et à 8 ans, Kessy reperd l’usage de ses yeux.

Sa mère s’installe à la Martinique, et l’enfant grandit seul avec ce seul parent, son père « était très occupé sur l’île de Saint-Martin ». Mais « Maman savait que j’avais ce don de chanter. Elle est fière de moi mais ne me le dira pas. Elle n’est pas du genre à exprimer ses émotions, contrairement à moi. Quand je suis content, je le dis tout haut et j’aide mon public à rentrer dans cette osmose avec moi » .Durant sa petite enfance, le jeune Kessy écoute la musique country, une musique beaucoup programmée sur les ondes à Sainte-Lucie. Mais, il est bercé durant l’adolescence de rythme Soul, Blues, « toutes les musiques afro-américaines favorites de ma famille ». Son univers musical est plus large, précise le jeune homme, puisqu’il « apprécie le zouk ancien », Kessy cite pêle-mêle, Jocelyne Béroard, Kassav, Edith Lefel mais aussi, dans la foulée, Les FugeesCher ou R. Kelly.

De culture anglophone, Kessy a évolué en entendant les musiques locales comme le dance-hall, le ragga sonic, la soca music. Enfin, pour résumer et comprendre ses choix, le chanteur antillais nous explique le son qu’il veut développer  : « J’aime la Pop Soul, c’est un mélange de funk, c’est un style nouveau et neuf comme celui de Lady Gaga. ». Mais Kessy qui veut s’ouvrir aux autres tendances, avoue : « J’essaie d’être éclectique aussi, j’ai découvert beaucoup de styles, pas mal de groupes, j’ai beaucoup écouté des titres de différentes cultures ».

Adulte, Kessy quitte la Martinique et arrive en 2008 à Paris, il chante et crée malgré lui un buzz sur le Net, ce qui l’entraîne dans un studio de musique. Kessy sort son premier clip « My Life is » et retourne aux Antilles. Puis, c’est une nouvelle aventure avec Galion Records Entertainment, il collabore avec Aron Bax, le collectif SUN7 et sort l’Album dans lequel Cédric Sorel s’investit totalement : « Ma Vision ».

Durant ce séjour en Martinique, Kessy fait la connaissance de Stéphanie Velaye qui le remarque durant une prestation à Fort-de-France. Elle devient son principal soutien. Kessy vit désormais à Paris et redessine ses projets avec l’aide de son agent artistique qui est aussi sa manager.

Stéphanie Velaye qui est née à Paris et a grandi à Nanterre, est d’origine martiniquaise. A 14 ans, la jeune fille revient sur sa terre natale. Elle est inscrite au Lamentin où elle continue ses études au collège, poursuit sa scolarité à Fort-de-France (Cluny). Jeune fille, Stéphanie choisit de faire du Design Graphique au Campus Caribéen des Arts (Institut Régional d’Art visuel de la Martinique.

En 2017, la martiniquaise rencontre Kessy et devient, selon l’expression du jeune chanteur  : « ses yeux, son guide, son amie » , sa confidente et sa seule actuelle collaboratrice. Kessy souligne avec fermeté : « Mon agent c’est Stéphanie, je l’ai rencontrée à Fort-de-France. Quarante huit heures tard elle me complimentait. Elle m’a soutenu immédiatement et nous sommes restés unis ».

Ses projets à court terme se feront aux USA : « Je veux faire un album live et partir aux Etats-Unis, j’aimerais faire une carrière en Amérique pour montrer au monde que je ne fais pas que des reprises ». « Le fait de chanter, de ramener de l’amour à travers ma musique à mon public, c’est un échange d’énergie, une bonne vibration. »

Kessy a choisi d’être chanteur des rues mais c’est en studio qu’il met les dernières touches à son Album Live « My Vision » qui arrivera dans les bacs dans un mois, nous assure-t-il.

Dans cet extrait (ci-dessous) de son long entretien, Kessy explique pourquoi il ne chante pas du zouk. Le chanteur antillais nous parle de sa mère qui vit à la Martinique et en fin d’interview, il ne manque pas d’adresser un message en créole et aussi en français, à tous ceux qui l’écoutent chanter.

Kessy de son vrai nom Kasey Ribe est au micro de Dorothée Audibert-Champenois :

Kessy en prestation live à Paris (à Châtelet).

Reportage Dorothée Audibert-Champenois : Facebook Twitter C’news Actus Dothy

Images C’news Actus Dothy