La Caraïbe et la COP21: Entretien avec le Vice-Président de la Commission Développement Durable à l’Assemblée nationale

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La 21ème Conférence des parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques est en train de se terminer. Une occasion de faire le bilan de deux semaines de discussion pour aboutir à un accord contraignant. Mais aussi de faire le point avec François-Michel Lambert sur les conséquences écologiques de Grands Travaux aux Antilles, en Guyane et à l’île de la Réunion.

François-Michel Lambert est député des Bouches-du-Rhône , Vice-Président de la Commission Développement Durable à l’Assemblée nationale et membre de la délégation aux Outre-mer au Sénat. Il sera à Cuba (Pays dont il est originaire) du 28 décembre au 12 janvier 2016. Une visite où il sera question de développement économique et durable. En attendant, François-Michel Lambert répond à nos préoccupations écologiques sur les Grands chantiers de la Caraïbe.

Entretien avec François-Michel Lambert :

Dorothée Audibert-Champenois: Le 29 Août 2014 Ségolène Royal a donné son feu vert pour une centrale 100% biomasse qui devrait produire 15% de l’électricité en Martinique. Seulement 10% de la biomasse sera issu de la canne à sucre, le complément 90% sera importé sous forme de granulés de bois d’Amérique du Nord et du Brésil. Cette biomasse n’est pas agricole, n’y aurait-il pas une incohérence dans le recyclage des déchets ?

François-Michel Lambert : Il y a surtout une dynamique que nous devons souligner dans un premier temps. Après, il est clair qu’il faut accélérer les prises en compte des éléments disponibles dans les territoire. Mais on ne peut pas nier que la Martinique vit de son électricité du charbon et qu’il est urgent d’en sortir dans un premier temps. Dans un second temps il faudra que la biomasse soit issue de l’île et des environs parce que l’électricité de demain, c’est l’électricité dans les territoires, et non pas ces grands flux inutiles et parfois destructeurs.

Dorothée Audibert-Champenois : Et durant les 30 ans à venir on déboisera au Brésil ?

François-Michel Lambert : Le contrat je ne le connais pas mais ce qui est certain, parce que je connais les engagements du Gouvernement, c’est qu’on ne peut pas s’appuyer sur du bois issu de déboisement forestier. Il doit venir de déchets de scie ou de déchets de production ou de nettoyage des forêts du Brésil ou d’ailleurs. Donc, cela ne peut pas être du bois issu de déforestation. C’est du bois qu’on appelle soutenable, issu de garantie soutenable. Et ça c’est primordial. Sinon effectivement ce serait un scandale, que pour l’électricité en Martinique on déboise des forêts au Brésil ou ailleurs. Les équilibres doivent être maintenus. Donc, je crois, et j’en ai même la certitude que ce bois ne vient pas de déboisement sauvage mais plutôt de résidus forestiers issus de production au Brésil.

Dorothée Audibert-Champenois : En Guadeloupe c’est un port géant qui est en construction. Dans la baie en mars et avril, les baleines à bosse et les grands dauphins viennent se reproduire près de l’île. Comment seront-ils protégés ?

François-Michel Lambert : Il est clair qu’aujourd’hui nous devons répondre à la croissance de la Guadeloupe . Mais tous les animaux, la biodiversité qui était là avant même que l’homme ne s’y installe, il faut en tenir compte. Et la France, 5ème puissance mondiale, elle doit absolument avoir un programme moderne pour la préservation de cette biodiversité. Il me semble qu’il faut donner du temps au temps et qu’il n’y a pas une urgence absolue à monter ce Port. Il y a surtout une urgence absolue à préserver notre biodiversité et à trouver notre équilibre. D’autres pays l’ont faits, nous on doit être en capacité de le faire.

Dorothée Audibert-Champenois : Sur l’île de la réunion, les écologistes s’opposent à un grand projet : la Route du Littoral. Un projet qui inquiète, quand on sait que la vie sous-marine est fragile et que cet équilibre sera perturber à cause de l’ampleur du chantier ?

François-Michel Lambert : Alors totalement opposé. Un projet démentiel, pharaonique et qui n’a aucun sens, alors qu’il y a des alternatives. Pour y avoir travailler, notamment sur la mise en place d’une offre de transport en commun. Non, on va investir énormément d’argent. Je crois que là, il faut arrêter. Je suis opposé à ce projet. Ça pose aussi la question de l’équilibre territorial de la Réunion. A la Réunion, c’est une île où les équilibres entre lieu d’activité et lieu de vie ne sont pas judicieux. Bien au contraire on va génèrer énormément de déplacements. Donc, il y a nécessité à repenser et à voir une vision à long terme. Toujours pareil, remettons tout sur la table. Redonnons-nous du temps, parce que, une fois que c’est construit, une fois que les dégâts sont là, c’est pour des centaines d’années, cela ne se rattrape pas.

Dorothée Audibert-Champenois : En Guyane, comment envisage t-on la protection de 8 millions d’hectares de forêt ?

François-Michel Lambert : Très compliqué. Mais, la première des choses c’est de s’assurer que l’on ne crée pas des points qui permettent notamment la contrebande autour de l’or. La contrebande de l’or entraîne derrière la destruction de la forêt. Pour cela, j’ai combattu le permis dit « Limonade » à Saül qui est plus, un point de fixation et de destruction de la biodiversité. C’est un risque de mettre au cœur de la Forêt amazonienne guyanaise des acteurs qui sont « avides ». Nous devons savoir dire non ainsi. On n’a pas besoin d’aller chercher tant d’or que ça au fin fond d’une forêt. Et puis l’autre point, on n’a pas encore pris conscience du poids économique, du patrimoine économique de notre forêt guyanaise . Il y a moins de moyens de protection militaire, de force de l’ordre dans cette forêt guyanaise qu’au Mali, ou en Centre-Afrique. Pourtant cela relève de la souveraineté nationale. Pourtant c’est un patrimoine extraordinaire. Nos générations futures seront bien contentes de retrouver ce patrimoine et non pas avoir à gérer les effets d’une destruction. La Guyane est loin de l’hexagone, il faudrait qu’on pense à un peu plus à nos territoires ultra-marins et périphériques.

Dorothée Audibert-Champenois : Aujourd’hui , qu’en est-il de la recherche en Hydrocarbure ?

François-Michel Lambert : Alors, la bonne nouvelle, c’est que vu le prix du pétrole extrêmement bas, plus personne ne cherche à trouver du pétrole dans des grandes profondeurs à des coûts très élevés durant quelque temps. Il faut profiter de ce moment là pour se désintoxiquer du pétrole et par la même promouvoir les énergies renouvelables. Et donc quand le prix du pétrole remontera et bien on n’aura pas ce coté un peu avide à aller chercher ce pétrole dans les profondeurs. Entretemps, nous aurons développer d’autres types d’activités économiques. Je pense notamment à la pêche, c’est un secteur où il y a un fort potentiel, d’ailleurs il est peu protégé parce qu’il y a du braconnage des Pays riverains qui viennent dans le secteur guyanais prendre le poisson guyanais. Retrouvons notre souveraineté. Je redis ce que j’ai dit pour les forêts, la Guyane c’est loin de la Métropole et on n’y met pas assez de moyens …. Cela est très regrettable, je l’ai déjà dit maintes fois à l’Assemblée Nationale et aux Commissions.

Dorothée Audibert-Champenois : En Jamaïque, à Cuba (où vous êtes né) , partout on creuse, partout on agrandit les plates-formes de déchargement en vue des nouvelles écluses du canal de Panama, la mise en service est prévue en 2016. Quels seront les impacts sur les récifs coralliens de l’Archipel ?

François-Michel Lambert : Je ne mesure pas les impacts mais par contre je suis bien conscient des problèmes. Ceci étant, face à une mondialisation, il faut gérer. Je souhaiterais qu’on travaille sur des systèmes plus territorialisés, et je travaille dans ce sens. J’avoue que je connais des projets en eaux profondes dans cette grande Mer des Caraïbes et du Golfe du Mexique qui ont disparus parce que les flux intercontinentaux diminuent et que donc, il n’y a plus ce potentiel. mais il faut être prudent , et je pense au méga-Port à Mariel à la Havane. Il faut de bonnes réponses, non pas spéculatives. Je serais à Cuba à la fin de l’année. J’échangerais avec les autorités cubaines pour apporter une approche, une spécificité française car on a quelques atouts à faire valoir.

Dorothée Audibert-Champenois : Toute la Caraïbe subit les conséquences de la propagation des algues sargasses. Il serait temps de déclarer ce phénomène comme catastrophe naturelle ?

François-Michel Lambert : Il serait temps effectivement de regarder les choses en face et d’y apporter des réponses par une mobilisation coordonnées de fonds financiers dans un premier temps mais dans un second, de faire des recherches et j’y travaille. Il y a une exposition récemment du 7ème Continent sur l’utilisation des algues des sargasses pour en faire du Bio-plastique. On aurait, une économie locale, on traiterait une partie du problème de ces algues. C’est une volonté politique. Depuis l’Europe, j’essaie de bouger les lignes. J’espère trouver des soutiens locaux.

Dorothée Audibert-Champenois : Les travaux de la COP21 se termine . Le futur Accord qui sera désigné comme les Accords de Paris sera remis demain. On s’inquiète sur le résultat de cette grande conférence attendue comme la dernière chance. Alors quel est votre impression ?

François-Michel Lambert : Ah, mon impression positive. On a cassé le cercle vicieux où tout le monde se tournait le dos et on est parti dans une dynamique vertueuse tout à la fois politique. On avait jamais eu tant de contributions de la part des pays du monde. On a également un société civile très mobilisée. Les solutions technologiques sont là, qui font la démonstration qu’on peut aller de l’avant, en changeant des modèles. Que ces changements sont créateurs de richesse, que c’est dans le sens de la protection de l’environnement. Le tout c’est de mettre tout ceci en musique. Et je crois que l’esprit, et c’est cela qu’on retiendra, l’esprit de Paris, cette volonté d’être une seule et unique humanité va permettre de renforce et de donner une accélération à ces mutations. Je rappelle que Paris prend à l’instant la responsabilité pendant un an des négociations. Certes il y le cran barnum (les activités autour de la COP21) qui se finit demain, mais la diplomatie française est l’une des plus puissante au monde, différente de celle anglo-saxonne plus rigide. Cette diplomatie française a une année devant elle pour continuer le chemin avant de la transmettre à la diplomatie marocaine qui organisera la COP22. Il faut sentir ce souffle nouveau et positif.

Dorothée Audibert-Champenois pour People Bô Kay