« La goutte d’eau … »


Publié dans : Actualites, People
Mots clés :
Vues : 16287

La goutte d’eau…

En fin d’après-midi j’ai été boire un verre avec un pote à La Toubana. Nous étions les deux seuls noirs et vous savez quoi ? Tous les clients (blancs) n’ont cessez de nous dévisager de façon très étrange; ils nous ont suivis du regard, certains nous ont même fixés avec mépris. On a fait quoi nous ? Ben on a fait notre vie. On a pris tout notre temps pour siroter nos verres et on a bien papoté de tout et de rien.

C’est quoi cette Guadeloupe où, dans certains lieux, quand tu es noir on te fait comprendre que tu n’es pas à ta place?

Où certains blancs n’hésitent plus à dire à un noir qu’il est un sale nègre ?

Où quand tu entres dans la salle des profs de certains établissements scolaires tu as l’impression que c’est l’apartheid avec les profs blancs d’un côté et les profs colorés de l’autre?

C’est quoi ces blancs qui ne viennent que pour le soleil et la mer, méprisent « les locaux » et au bout de 10, 20 ans ou plus n’ont aucun ami noir, ne comprennent pas le créole et ne savent absolument rien de notre culture ? Leurs enfants naissent ici, vivent ici et parlent pourtant avec l’accent de France comme s’ils y avaient toujours vécu (tellement ils ne nous fréquentent pas).

C’est quoi cette Guadeloupe où certains noirs complexés ne cessent de critiquer les noirs comme eux et valorisent les blancs même quand ces derniers les traitent comme des chiens?

Où certains noirs ne veulent se faire soigner que par des blancs en prétextant que les noirs sont des incompétents ?

Certains disent que les noirs sont fainéants, pas sérieux, etc. Moi je suis noire, je ne suis pas une fainéante et je suis sérieuse. Je suis seule dans ce cas ?

Que le racisme soit d’un côté ou de l’autre, c’est pas possible qu’on vivent ensemble sans préjugés à la con ? Après tout on a juste en commun d’aimer et d’être sur la même île, non ?

J’en demande trop ? Peut-être. Mais comme on dit « sé grenn diri ka fè sak diri » (c’est chaque grain de riz qui finit par faire un sac de riz).

On fait quoi là ? On ferme nos bouches et on laisse couler en se disant c’est comme ça, on pourra rien changer ? Moi, fidèle à moi-même et pacifique, je manifeste mon mécontentement. C’est pas grand chose? Ben c’est mieux que rien.

J’ai vécu le racisme en France, je me suis tue, mais il est hors de question que je le revive chez moi en Guadeloupe sans agir.

Bref, ce qui se passe est honteux et je sens que ça va vraiment exploser dans ma chère île.

Moi Chou, je suis noire, je suis Guadeloupéenne et J’EMMERDE tous ceux à qui ça pose un problème.

Par Audrey Postros Alias Chou