La Guadeloupe « tremble » de peur !

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Le premier ministre se rendra en Martinique et en Guadeloupe du mercredi 26 juin au vendredi 28 juin.  Suite à la montée de la violence qui s’abat sur la Guadeloupe depuis le début de cette année, Martin Laventure, rédacteur en chef adjoint de la rédaction de France-Antilles Guadeloupe, adresse une lettre ouverte à Jean-Marc Ayrault, avant son arrivée la semaine prochaine.

Monsieur le Premier ministre, la Guadeloupe a peur. La Guadeloupe a la boule au ventre lorsqu’elle fait ses courses, lorsqu’elle sort la nuit, lorsqu’elle va prendre un verre ou simplement l’air sur la place. Chaque jour, ses enfants se font braquer, racketter, fusiller ou poignarder. Vingt-deux personnes ont été victimes de morts violentes depuis le début de l’année, des dizaines souffrent de blessures par arme à feu, couteau ou poignard.

Des centaines sont traumatisées parce qu’elles ont croisé un jour, au hasard, la route meurtrière des criminels et délinquants qui goûtent, souvent, impunément la liberté. Contre cette violence qui peut frapper à tout moment, indifféremment, dans la rue ou même au domicile, la Guadeloupe est bien démunie. C’est pour cela que jamais, la venue d’un Premier ministre n’a été autant espérée.
Les Guadeloupéens ne veulent pas un chef du gouvernement porteur d’une « boîte à outils » (même empruntée à votre patron) bourrée de matériels factices. Ils veulent des éléments de réponses rapides et concrets pour stopper ce mal qui gangrène notre île déjà profondément meurtrie par un chômage récurrent.

Monsieur le Premier ministre, nous ne reconnaissons pas notre Guadeloupe. Ce climat de violence génère peur et morosité et affecte notre activité économique (le tourisme, le commerce…).
Vous avez programmé de venir chez nous, entre mercredi 26 et vendredi 28 juin. Monsieur le Premier ministre, ne soyez pas surpris d’entendre sur toutes les lèvres un mot et un seul : violence. D’ailleurs comment le seriez-vous ? De nombreux courriers ont été adressés au ministre de l’Intérieur par nos élus. Sénateurs, députés, président de collectivités, tous ont pris leur plume pour alerter, d’autres ont interpellé à l’Assemblée nationale.

Le sénateur et président du conseil général Jacques Gillot réclame même l’élargissement de la zone de sécurité prioritaire (propre à augmenter les moyens humains et matériels des services de police) à l’ensemble de l’archipel. C’est dire que la situation est grave. La Guadeloupe a vécu à ce jour une vingtaine de crimes entre coups de feu ou arme blanche, passé le cap d’une impressionnante série de braquages aussi audacieux que dangereux et traumatisants pour les victimes et la population.

Une situation qui rappelle étrangement celle observée dans les quartiers Nord de Marseille et qui, fin août dernier, contraignait la maire socialiste des XV et XVIe arrondissement de demander à l’Etat l’aide de l’armée. Dans le Sud de la France, il s’agissait de régler au plus vite le problème de règlements de compte sanglants entre dealers. La mort de la quatorzième victime à coup de Kalachnikov, le 29 août de l’année dernière, a déclenché le branle-bas de combat à Matignon. Dès le 6 septembre, vous convoquiez un conseil interministériel avec autour de la table, le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, Christiane Taubira, ministre de la Justice, Vincent Peillon, ministre de l’Éducation nationale, François Lamy, ministre de la Ville, Marylise Lebranchu, ministre de la Réforme de l’État, Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif et même le locataire de Bercy, Pierre Moscovici, ministre de l’Économie et des Finances.

À la sortie de ce comité de crise, les ministres de l’Intérieur et de la Justice sont allés rapidement sur place pour rassurer la population et surtout mettre en place les mesures pour arrêter l’escalade de la violence.

La semaine prochaine, c’est seul que vous débarquerez à Pôle Caraïbes. Sans le premier flic de France, Manuel Valls, sans la garde des Sceaux, Christiane Taubira. Est-ce normal alors que la Guadeloupe est, à notre grand regret, l’un des départements les plus violents de France ?
Monsieur le Premier ministre, la Guadeloupe n’attend pas qu’on lui assène des formules mathématiques creuses où il est question de « taux de résolution exceptionnel des crimes » . Elle veut que, droit dans les yeux, on lui dise que les moyens pour assurer la sécurité des personnes seront désormais plus efficaces que l’existant.

L’État a les moyens d’assurer l’ordre. Il l’a démontré en 2009 en mobilisant toutes ses forces pour ramener le calme. Le retour à une plus grande quiétude est aujourd’hui un droit auquel aspirent tous les Guadeloupéens. C’est votre rôle de chef du gouvernement d’instruire ce devoir régalien.

Martin Laventure

Vignette : Dessins par Didigdrawer


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