« La xénophobie, voire le racisme des Martiniquais et Guadeloupéens envers les étrangers »

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Le score du Front National en Guadeloupe et en Martinique (7000 voix dans chaque île) en a étonné plus d’un. Chaque commentateur politique y est allé de sa petite ou grande explication. Tous y ont vu en tout cas une forme de désarroi dans les classes populaires face au chômage, à la misère ou à la « pwofitasion ». S’il y a un peu de vrai dans tout cela, la raison principale en est tout autre : la xénophobie, voire le racisme, dont font preuve nombre de Martiniquais et de Guadeloupéens à l’encontre de ceux qu’ils désignent comme des « étrangers ».

Et ces derniers sont bien évidemment ceux qui ne possèdent pas la carte d’identité française : Dominiquais, Saint-Luciens, Haïtiens, Dominicains, Chinois, voire Syro-Libanais. Chacun se souvient, il y a une vingtaine d’années des menées racistes du « chanteur » Ibo Simon, allié au…Béké Viviès, visant à chasser manu militari les immigrés dominiquais du quartier Boissard, à Pointe-à-Pitre. On se souvient encore de cette petite dizaine de clandestins chinois en Guadeloupe dont une partie de la population avait exigé l’expulsion au motif qu’ils allaient prendre le travail des Guadeloupéens, assiégeant le lieu où l’administration française avait parqué lesdits Chinois.

Résultat des courses : au désespoir, ces clandestins ont fait confiance, contre espèces sonnantes et trébuchantes, à un passeur et se sont enfuis nuitamment vers Antigue. Le passeur, au lieu de les débarquer dans cette île anglophone, a fait halte à deux kilomètres des côtes de celle-ci et a demandé aux clandestins de les gagner à la nage. Tous se sont noyés !!!

Mais cet ostracisme ne touche pas seulement ceux qui ne possèdent pas ce précieux sésame qu’est la carte d’identité française. Chacun se souvient, il y a plus de trente ans, de ce cadre hospitalier martiniquais, nommé Arnolin, qui avait réussi à un concours et avait été nommé au CHU de Pointe-à-Pitre. Les syndicats guadeloupéens avaient fait plusieurs semaines de grève pour empêcher son installation, ce qu’a fini par accepter l’administration française en violation de toutes les règles de la fonction publique. Même entre « Fouançais bronzés » donc, on se fait la guerre !!! Allez voir quand il s’agit de Dominiquais, de Saint-Luciens ou d’Haïtiens ! Pourtant, ce sont c’est même xénophobes qui n’ont que le mot « Neg » ou « Afrique » à la bouche, oubliant apparemment que ces immigrés sont exactement de la même origine qu’eux.

Aujourd’hui, nous payons cette xénophobie que très peu de gens et guère d’intellectuels guadeloupéens et martiniquais ont dénoncée. Nous payons le fait d’avoir flatté cette xénophobie dans certaines couches populaires. Un linguiste français, spécialiste du créole, se souvient, non sans stupéfaction, que le tout premier graffiti écrit en créole qu’il ait vu, fut « AYISIEN DEWO ! » au quartier Texaco, à Fort-de-France ! C’était au début des années 80 du siècle dernier. Tout le monde connaît ces sombres histoires d’Haïtiens embauchés au noir que leurs employeurs, martiniquais ou guadeloupéens, refusent de payer le moment venu en les menaçant de les dénoncer à la police parce qu’ils sont en situation irrégulière.

Tout cela se paye un jour. Et se paye cash : près de 7.000 voix pour Marine Le Pen en Martinique et plus de 7.000 en Guadeloupe au premier tour de l’élection présidentielle de 2012. Les responsables de cette indignité sont les leaders politiques martiniquais et guadeloupéens, y compris parfois « nationalistes », qui non seulement « oublient » de dénoncer ces dérives xénophobes, mais qui, pire, les cultivent. Car comment interpréter ces propos Laurent Bernier, secrétaire fédéral de l’UMP-Guadeloupe, dans « France-Antilles », au lendemain du premier tour de l’élection présidentielle :

« Je vais me présenter aux législatives. Avec mes valeurs, que les gens connaissent bien : celle de la famille, contre le vote des étrangers mais pour favoriser l’accès de la nationalité française à ceux qui font l’effort d’apprendre à lire et à écrire notre langue. »

D’abord, de quelle langue s’agit-il ? Ce monsieur Bernier ignorerait-il que les immigrés Haïtiens, Dominiquais et Saint-luciens parlent quotidiennement la même langue, exactement la même langue, que les Guadeloupéens ou les Martiniquais : le créole ? Qu’ils n’ont donc aucun problème ni linguistique ni culturel ? Il faut donc conclure, en toute logique, que pour Bernier, le créole n’est pas une langue et que ce « notre langue » dont il parle est le français. Les défenseurs guadeloupéens du créole apprécieront…

Mais le plus scandaleux n’est pas là : bande de fainéants d’ouvriers agricoles haïtiens ou d’artisans dominiquais qui, après une journée de travail, ne se donnent même pas la peine d’aller aux cours du soir (en existe-t-il d’ailleurs ?) pour apprendre les règles de la grammaire française ! Qui, au lieu d’aller acheter des livres à la librairie Jasor ou à la Librairie antillaise, préfèrent, pour les uns, s’adonner à la « borlette » (loterie haïtienne), pour les autres, écouter de la musique jamaïcaine ! Avec tout l’argent qu’ils gagnent dans les champs ou dans leurs échoppes, ils ont parfaitement les moyens d’apprendre le français, ces oisifs et rétifs à la Francité, n’est-ce pas ? Lamentable…

La rédaction de : www.montraykreyol.org