Gisèle Pineau à la 1ère édition du salon du livre des écrivains « Ecoute, ont Lit »

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Samedi 9 avril, première édition et premier jour du Salon des écrivains sous le thème « Écoute, on Lit », fondé par Samia Berramdane. La Responsable de l’Association « Île Lettrée », a créé cet événement dans le but d’aider l’oralité dit-elle, surtout  les non-voyants, délaissés des grands salons du livre.

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Et le Salon innove par son originalité, deux jours entiers  de Lecture pour tous à « Voix haute », les auteurs invités deviennent des lecteurs et mettent en scène, leurs romans, leurs essais ou leurs nouvelles. Samedi 9, deux auteures de Martinique et de la Guadeloupe étaient invitées dans cet espace Françoise Sagan du nom de l’écrivaine et romancière française, connue pour son premier roman « Bonjour tristesse ». Gisèle Pineau écrivaine et romancière guadeloupéenne qui vit sur l’île de Marie-Galante en Guadeloupe et Yasmine Modestine, chanteuse et comédienne d’origine martiniquaise, ont lu leurs ouvrages à « Écoute, on Lit ».

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En partenariat avec la Médiathèque Françoise Sagan et le Centre Socio-culturel le Pari’s des faubourgs, l’association solidaire « île Lettrée »a mis en place il y a trois ans, ces journées de lecture dans le XXème arrondissement. Longtemps dans sa librairie refuge, Samia Berramdane organisait des moments d’échanges avec les habitants du quartier, une population très « bigarée » et populaire. Son objectif avec le Salon des écrivains, s’est de s’ouvrir au plus grand nombre, dans un arrondissement populaire ou le public est quelque fois mis à l’écart. Ceux que Samia Berramdane appelle « les empêchés de lire », rencontrent en toute convivialité les écrivains qui leur parlent.

Cette année, entourée de bénévoles (au centre), Sophie Vouteau à la communication, Samia Berramdane (à droite), l’ancienne libraire devenue mal-voyante, a organisé ce premier Salon des écrivains « Écoute, on Lit » qui laisse la parole principalement aux grands lecteurs.

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Les auteurs ou comédiens lisent pendant une demi-heure des textes, et poursuivent la conversation avec le public. Le but, redécouvrir la beauté des mots, la musicalité des phrases, faire vivre l’oralité en musique, pour enfants, adultes et non voyants. Des ateliers, des débats et des séances de dédicaces chez les libraires ont permis d’approcher les auteurs.
Gisèle Pineau choisie pour sa Littérature caribéenne, a lu des extraits de son dernier roman publié en 2016 « l’Âme prêtée aux oiseaux ».

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L’Antillaise qui a longtemps vécu en métropole s’est attardée avec nous sur son avant-dernier roman (2015), « Les Voyages de Merry Sisal ». L’histoire : Sur l’île Bonne-Terre, une jeune femme Merry va être confrontée aux préjugés. Après le séisme de 2010, elle quitte son pays Haïti, laisse derrière elle ses enfants et arrive à Bonne-Terre. Le parcours d’une migrante, comment faire face quand on arrive de façon clandestine dans un autre Pays? Anna une franco-sénégalaise va rencontrer la jeune Merry, qu’elle embauche. Elles vont faire front puisque étant toutes deux migrantes à Bonne-Terre. Pour Gisèle Pinneau, ce livre, c’est un écho à sa propre vie, c’est  tout ce temps qu’elle a passé à observer, enquêter, sur le sort des haïtiens en Guadeloupe. « C’est la première fois dans la littérature française qu’on écrit sur des haïtiens qui vivent dans un département français d’outre-mer, cette forme d’émigration là, cette population exploitée en Guadeloupe comme en Martinique, n’avait pas encore été dévoilée », souligne Gisèle Pineau.

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C’est une population (haïtienne) invisible dans la littérature aux Antilles françaises. N’empêche, des histoires qui peuvent prêter à la controverse. l’écrivaine s’est dite surprise de certaines réactions à propos du livre, quand on l’interroge sur l’utilité d’écrire « l’histoire d’une haïtienne » ! Les discriminations, elle en parle dans « Chaire Piment ». Celle qui a travaillé pendant dix ans (2000/2010) dans un hôpital psychiatrique en France métropolitaine, a connu ce genre d’ expérience. Elle sait ce que cela signifie « chercher un boulot, un logement ». Dans « Chaire piment » en 2002,  Gisèle Pineau née à Paris,  raconte le racisme, les préjugés, la condition des antillais en France, le frottement des gens différents dans l’hexagone.

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« Quel dommage que tu ne sois pas plus noire »,  c’est Yasmine Modestine, d’origine martiniquaise qui explique le titre de son premier ouvrage en tant qu’écrivaine. « La difficulté d’être métisse et ce que cela provoque dans un monde racialisé, La position des métisses, les questions qui interpellent « l’autre en face », dans un monde qui a décidé de découper le monde en blanc et noir ». Elle regrette que tout « ait été blanchi, que l’histoire européenne ait voulu chasser volontairement « la couleur » du territoire européen ».

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Yasmine écrit comme témoin, elle livre son expérience, mais elle précise que ce premier livre est aussi un essai. La chanteuse et comédienne professionnelle, sortie du Conservatoire National Supérieur, s’est beaucoup documentée sur la période de l’esclavage et de la colonisation. Une partie de l’histoire française, selon l’auteure, oubliée ou volontairement ignorée. (Dorothée Audibert-Champenois)

Écoutez Gisèle Pineau  au Salon des Écrivains « Écoute, on Lit » :  L’écrivaine guadeloupéenne nous dit comment elle s’exprime dans ses livres et enfin elle donne un conseil à la jeune génération qui s’éloigne des livres : (au micro de Dorothée Audibert-Champenois) :

photos Dothy A-Ch.