Le Cran soutient le jeune martiniquais violemment agressé à Avignon

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« Partez maintenant sinon ils vont vous tuer », c’est la dernière phrase dont se souvient Jordan Taconnet après son agression en mai dernier sur le parking du Bokao’s, une boite de nuit à Avignon. Après une semaine d’hospitalisation à Marseille, le jeune homme inquiet, menacé et accusé d’avoir menti  veut rentrer le plus rapidement en Martinique. Le CRAN (Conseil Représentatif des Associations Noires) à Paris lui vient en aide et se porte partie civile dans cette Affaire qui oppose Jordan Taconnet et le Bokao’s d’Avignon.

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Il reste cloîtré chez lui ou sort avec crainte. Jordan Taconnet vit dans l’angoisse depuis son agression, il y a trois semaines. Sa colocataire, entendue par la Police, raconte comment a basculé un contrôle de vigile dans la nuit du 27 au 28 Mai dernier. Le jeune martiniquais sauvagement battu dans un Night-Club branché, le Bokao’s, a subi de violents chocs au visage. Un nerf optique bloqué, des os de sa tempe gauche facturés, hémorragie à l’œil, il risque d’être handicapé à vie de son œil gauche.

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Après avoir négocié son silence, ses agresseurs et l’encadrement du Bokao’s l’accusent aujourd’hui d’ivresse et de récidive. Pour le Directeur du Bokao’s, Jordan Taconnet est une personne gênante ayant déjà eu affaire aux videurs dans sa boîte de nuit. Menacé au téléphone de représailles, il serait selon ses propos, devenu un indésirable dans la Ville d’Avignon.

Au téléphone depuis Avignon, le martiniquais, né à Fort-de-France, décrit son désarroi et parle d’injustice. Il se dit malheureux de vivre actuellement dans la peur et l’angoisse, même s’il bénéficie du soutien d’amis nombreux sur les réseaux sociaux entre autres.

La plainte posée par sa colocataire Cannelle, a permis de connaître le déroulement de cette soirée qui aurait pu être fatale au jeune martiniquais. Selon les détails fournis par la colocataire aux autorités policières le 15 juin à Avignon, rien ne présageait cet acharnement de colère contre Jordan Taconnet entre le vendredi 27 et le samedi 28 mai dernier. Sans histoire avec la population ni avec la police, le jeune homme est arrivé dans cette ville du Vaucluse le 2 mai 2016, pour travailler quelques mois dans l’Entreprise Immobilière de sa mère.

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Le parking où a eu lieu l’agression

Il est 1h30 ce samedi 28 mai. Avec son amie et colocataire martiniquaise Cannelle, Jordan Taconnet prend la direction du Quai Saint-Lazare. Ils sont invités à terminer leur soirée au Bokao’s, que Jordan découvre pour la première fois. Un boîte de nuit branchée à Avignon dont le propriétaire est un ami de son beau-père.

Le premier contrôle avant le parking se passe bien, un vigile noir les laisse entrer sans problème.
Mai à l’entrée du Club, les choses se compliquent pour le couple d’amis rejoint par Julie, une copine russe et deux autres copains.

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Au deuxième contrôle, le videur de 1.85 m, leur demande de partir immédiatement « N’insistez pas, partez tout de suite » aurait-il demandé au groupe qui rebrousse chemin sous les insultes raciales «  Vous les gens de couleurs, vous n’êtes pas les bienvenus ici ». Jordan et les autres ne réagissent pas, le martiniquais se contente de lui lancer « un regard narquois ».
Poussés brutalement vers sa voiture sans que Jordan ne réplique ni réponde à ses insultes, le videur réticent à leur venue, le frappe à coups de poing au visage. Jordan Taconnet tout en se protégeant le visage, essaye de monter en voiture côté passager, sans répliquer aux injures et aux blessures

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Dans sa Chrysler rouge, il s’assoit et ouvre la porte pour se débarrasser du sang qui l’encombre. Pour les vigiles c’est une occasion de le faire sortir de la voiture. Armé d’une matraque télescopique, un autre videur s’acharne sur le jeune homme qu’il tente d’extraire totalement du véhicule.

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Cannelle, sa colocataire sort du véhicule pour aider son ami en difficulté. La jeune femme après avoir reçu plusieurs coups de matraque télescopique, embouti la Chrysler qu’elle conduit, elle essaye de s’éloigner des videurs.
Ils sont finalement rattrapés par le premier vigile noir d’une vingtaine d’années, qui tient le visage de Jordan sans le frapper, il lui dit : « Partez maintenant, sinon ils vont vous tuer ! »

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Enfin libérés du Bakao’s, le jeune homme à moitié inconscient et son amie Cannelle appellent depuis le parking des Italiens, les urgences et aussi les parents de Jordan, Sylviane sa mère (originaire du Gros-Morne), et son beau-père Olivier Palayet.
Conduit à Carpentras, une ville voisine à une demi heure d’Avignon, il est hospitalisé quelques jours plus tard à Marseille (Sud-Est). Le diagnostic des médecins indiquent des blessures et des fractures faciales importantes. Jordan Taconnet est finalement opéré à l’hôpital de « la Conception » à Marseille.

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De retour chez lui, il est prostré et déclare qu’il est inquiet des menaces et des intimidations de ses agresseurs qui ont porté plainte contre lui pour calomnies. Des menaces que le jeune martiniquais et ses proches ne prennent pas à la légère, puisque Jordan Taconnet évoque des cas similaires d’agressions racistes à Avignon. Le Vaucluse, une région où a été confortablement élue la liste du Front national avec plus de 60% des voix aux régionales de décembre 2015.

Le jeune martiniquais qui a des soutiens sur le Net (une pétition est en ligne pour la fermeture du Bokao’s) a sollicité le Cran à Paris.

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Aujourd’hui, lundi 20 juin, Louis-Georges Tin responsable de l’organisme qui lutte contre le racisme (le Cran), nous confirme qu’il se porte partie civile dans cette Affaire. Après avoir pris connaissance des menaces et intimidations qui pourraient mettre en danger le jeune martiniquais, l’association, selon Jordan Taconnet envisage de demander « la délocalisation » du prochain procès au Palais de Justice de la Martinique.

Enquête : Dorothée Audibert-Champenois

Ecoutez Jordan Taconnet, joint par téléphone, il parle des menaces des pro-Bokao’s, de son envie de rentrer à la Martinique et aussi de ses blessures au visage :


1 commentaires :

  1. Andy Aliker

    bien triste cette histoire 🙁
     » j’ai survécu car le feu en moi brûle plus intensément que le feu autour de moi  »
    Joshua Graham

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