Le martiniquais Bago Balthazar présente son dernier Album « Afrodescendant »

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Bago est un artiste martiniquais heureux.

Les musiciens, les instrumentistes, les percussionnistes délaissés dans les années 90, sont revenus en studio et sur les scènes musicales.

Une longue période de doute et de frustration, constate le musicien. Bago insiste, « C’est une bonne chose. Durant de longues années, les musiciens, utilisaient des machines de programmation pour fabriquer les sons, une nouveauté à l’époque. Cette méthode a fédéré tous ceux qui voulaient faire de la musique à la maison ». Aujourd’hui, c’est le retour à la vraie musique, à la percussion. On sent la différence, les notes sont moins froides.

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LA PERCUSSION ENRICHIE LA MUSIQUE, ELLE LA FAIT VIVRE.

Bago Balthazar a commencé la percussion à l’âge de 15 ans à Fort-de-France (Martinique) sa ville de naissance.

Le déclic se fait grâce au Sermac. Le jeune foyalais qui a grandi à Redoute (quartier de Fort-de-France), écoutait dès qu’il le pouvait les percussionnistes qui jouaient du tambour durant les fêtes de quartiers, lors des manifestations culturelles de la ville. Fort-de-France, la capitale où se rencontre tous les artistes des communes de l’île. Un choix culturel voulu et approuvé par Aimé Césaire, longtemps élu maire de la ville. En 1975, sous l’impulsion de Jean-Marie Seraline puis avec Jean-Paul Césaire à sa direction, est crée le Sermac, le lieu où on apprend, où on découvre et enseigne les activités traditionnelles, danse, arts plastiques, théâtre et musique.

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BAGO : MULTI-PERCUSSIONISTE – JAZZ – THÉÂTRE

Au Centre Culturel du Sermac, Bago adolescent, est là, dans les allées, dans les ateliers avec son djembé. Il apprend vite et commence à claquer sur son tambour, il aime les vibrations, les voix du tambour qui crie le passé et transcende l’avenir. Les voix du tambour qui bouge les reins, les pieds, la tête kalendée. Le Ti-bois qui tient le rythme. Le tambour africain qui résonne chez l’Afrodescendant.

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Le joueur de Djembé a trouvé sa voie. Il est multi-percussionniste comme il dit  « je peux évoluer dans la musique antillaise, mais aussi africaine, européenne, américain ». Il quitte son quartier, situé dans les hauteurs de Fort-de-France, il part aux États-Unis, au Sénégal, en Haïti, séjourne au Canada. Et s’arrête en France, où il continue de progresser. On le retrouve en studio, avec tous les musiciens antillais, 90% des artistes collaborent avec Bago. Mais, le percussionniste à d’autres activités qui lui plaisent, exemple : comédien-musicien pour le théâtre durant un an, Orchestre de Jazz, à l’Orchestre National de Jazz (l’ONJ) à Paris, de 1988 à 1999.

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CROISÉE DES CHEMINS : ANTILLES-LES ÉTATS-UNIS-PARIS & L’AFRIQUE
Être à Paris, faire une musique couleur caraïbe, produire antillais, c’est cohérent ?
Le multi-percussionniste a son idée. C’est, vrai, il est arrivé jeune à Paris et a pris ses quartiers en métropole. Pour lui, qui a bien voyagé auparavant, c’était une évidence de prolonger sa carrière internationale depuis la France. Il s’est fait des amis, des copains et ses productions se font ici, à Paris, c’est une croisée de chemin plus simple. De Paris, on peut se rendre très vite en Afrique, aux États-Unis. C’est une plaque tournante. Et alors les Antilles ? « Les Antilles, j’y vais au moins cinq ou six fois dans l’année » dit Bago, « Oui, on est à Paris, on est aux Antilles aussi ! ». Bago connaît bien son public et il ne le fâche pas : « Je fréquente des Antillais, je joue de la musique antillaise, je suis tout le temps en studio avec les antillais, c’est comme si je suis en Martinique ou en Guadeloupe » !

BAGO : L’AFRODESCENDANT

Cette carrière internationale, il l’a gagné en travaillant très dur sa musique. Une musique nourrit de son histoire, du passé africain, de l’esclavage, du désordre colonial, issue de la communauté noire des Antilles. Une façon de prolonger la pensée du poète Aimé Césaire (natif de l’île) :
« C’est tout cela qu’a été la Négritude : recherche de notre identité, affirmation de notre droit à la différence, sommation faite à tous d’une reconnaissance de ce droit et du respect de notre personnalité communautaire… » (extrait : Première Conférence hémisphérique des Peuples noirs de la Diaspora-26/02/87).
Cette recherche n’a pas été vaine, Bago Balthazar, a exploré le monde Africain très tôt.
Il présente aujourd’hui un nouveau CD riche de ses origines, c’est « Afrodescendant », qui est dans les bacs depuis le 15 février dernier. Cette musique mêlée des racines anciennes, est « syncrétique » pour le martiniquais. Sur l’album les musiciens antillais font de la musique africaine et vice versa. Le Mbala (une musique que jouait Doudou N’Diaye Rose, le maître du tambour sénégalais , qu’on retrouve chez Youssou N’Dour), ce rythme très sportif à l’origine, se frotte sur son Album avec le bel air, la mazurka, la biguine, le zouk et le Gwro Kâ.

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ENREGISTREMENT A DAKAR

Puriste, Bago a enregistré ce nouvel opus à Dakar, un terre chargée de symbole. Un clin d’œil furtif à Aimé Césaire et Léopold Sengar Senghor, Fort-de-France et Dakar, deux villes liées au Centre Culturel, le Sermac de Fort-de-France. Bago, est comme chez lui à Dakar « Je connais beaucoup de musiciens, j’ai eu l’occasion de jouer et de co-créer un groupe là-bas, cela a facilité l’enregistrement de mon Album Afrodescendant ».

PROCHAIN VOYAGE AUX ANTILLES

Depuis deux semaines, le musicien a commencé la promotion de son nouveau disque, qu’il vend directement  sur les réseaux sociaux.
Le martiniquais se prépare pour une tournée en Afrique et en Martinique. Dans son île, il présentera son dernier Album dès son arrivée le 20 Mars. Il participera à des émissions de télévision et de radio.
Bago a prévu une journée de dédicace l’occasion de rencontrer tous ses fans, rendez-vous sur sa page Facebook dès aujourd’hui.

Dorothée Audibert-Champenois