Les Afro-allemands, les juifs noirs sous Hitler et le racisme en Allemagne

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Le journal Huffington Post revient cette semaine sur une période discriminatoire pour les afro-allemands : la situation des noirs durant le Troisième Reich. Un régime qui dura douze ans dont les stigmates s’effacent lentement dans la nouvelle Allemagne. Et le quotidien d’évoquer aussi les oubliés de l’histoire : les juifs noirs de la seconde guerre mondiale, les sans voix de la libération, ceux qui sont éclipsés des commémorations.

L’occasion de redessiner les contours de cette période humiliante pour la population noire.

L’Allemagne, terre d’asile, c’est l’image qu’on retient des exodes massives de réfugiés syriens et africains ces derniers mois. Mais la réalité est plus complexe et ambiguë. Selon le rapport du Comité Consultatif pour les minorités nationales au Conseil de l’Europe «la situation concernant les manifestations publiques de racisme et de xénophobie a évolué de manière préoccupante » (le Parisien 22/10/15), et pourtant en Septembre 2015, c’est le premier Pays européen qui choisit de s’ouvrir aux réfugiés.

A L’instar de l’écrivain américain John Howard Griffin, le journaliste Gunther Wallraff, s’est travesti dans la peau d’un noir. Dans son documentaire «Time», sorti en 2009, il décrit le quotidien d’un citoyen allemand noir et témoigne des actes racistes que subissent les afro-allemands en Allemagne.

Ce mépris pour la population noire est inscrit dans le journal intime Mein Kampf, qu’Hitler a rédigé entre 1924 et 1925. Dans cet ouvrage, il présente ses réflexions sur l’idéologie totalitaire du nazisme avec comme cibles principaux, les noirs et les juifs. Dans sa rédaction, il explique, pourquoi l’homme Noir ne pouvait occuper des postes importants en Allemagne. Sa logique : «il était inconcevable, c’était une erreur de croire qu’un nègre, puisse se transformer en Allemand, même s’il apprend la langue allemande, même s’il s’investit dans la vie politique du pays».
A l’époque il n’y avait que 25 000 noirs qui vivaient en Allemagne.

Juillet 1923, la première Guerre Mondiale est terminée depuis 5 ans. La France occupe l’Allemagne. Durant l’occupation, naissent des mulâtres, des métis ( les prochains bâtards de l’Allemagne) des liaisons entre les femmes allemandes et les soldats noirs occupants. Entre 1933 et 1945, ces métis franco-allemands deviennent la cible du régime de Nuremberg (15/09/35). Le régime choisit une forme « d’Apartheid » pour tenter d’éradiquer la population noire. Tous les moyens sont explorés : séparation des couples mixtes, persécution, assassinat, cobaye humain et enfin stérilisation des femmes et hommes noirs.
A l’arrivée d’Hitler au pouvoir (1933), les conditions de vie des noirs et surtout des juifs noirs sont extrêmement difficiles. Comme les autres juifs, ils vont être exterminés. Les nègres ne rentrent pas dans le code génétique de la « pureté de la race ». Tous les partis afro-allemands qui luttaient contre le racisme, sont alors interdits.
En 1937, 400 enfants noirs sont stérilisés contre leur volonté en Rhénanie, une région de l’Ouest de l’Allemagne (Huffington Post 27/01/15), la politique de l’eugénisme est poussée à son paroxysme.

Ce mercredi 27 janvier 2016, dans le monde, et comme chaque année, on célèbre et rend hommage aux victimes de l’Holocauste, les juif libérés du camp d’extermination nazi à Auschwitz, il y a 70 ans. Mais comme le souligne le quotidien « Huffington Post », les noms des juifs noirs morts, ne sont pas cités dans les commémorations. Et pourtant, pour Serge Bilé, les noirs, il y en avait dans les chambres à gaz. Dans son ouvrage « Noirs dans les camps nazis, juin 2012 » le journaliste-écrivain franco-ivoirien, précise que la population noire était la première concernée par la loi de 1935 (pureté de la race), et d’ailleurs, c’était les noirs les premières victimes des camps de concentration. Le Journaliste-écrivain, aussi présentateur vedette de JT en Martinique, en a fait aussi un documentaire (Novembre 2013), pour corroborer son travail d’investigation.

Selon Raw Story, (un site d’information en ligne, basé à Washington), les lois de Nuremberg (1935), ne reconnaissaient pas les noirs comme des citoyens allemands, si bien que c’est le mot «apatride», qui figurait sur leur passeport. Les afro-allemands noirs n’avaient qu’une alternative, fuir ce régime d’Apartheid pour se protéger et survivre. Un passé que semble rattrapé l’Allemagne, qui aujourd’hui fait bon élève auprès des réfugiés, syriens pour la plupart. L’Allemagne ferme les yeux sur ce problème du racisme, explique Marina Jones (Docteur en Histoire à Washington), et pourtant elle veut être le «bon élève » sur la question de l’immigration. Elle a accueilli son millionième migrant en Décembre 2015, elle souffle les 71 bougies des peuples libérés sur son sol, des camps de concentration.

Dorothée Audibert-Champenois