« Les dessous de la polémique autour d’un lycée sans doute déjà condamné »

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Par la CGTM, Confédération Générale du Travail de la Martinique :

« En novembre 2007, la Martinique est secouée par un violent séisme qui dégrade plusieurs immeubles sans les détruire. Le lycée Schœlcher malgré des rumeurs de destruction a tenu le coup. Construit avec du sable marin selon l’architecture de l’époque, il avait déjà donné plusieurs signes d’alerte dont l’effondrement de l’enduit du plafond d’une salle de cours. En 2008, le Conseil régional décide de sa démolition et de sa reconstruction selon des études réalisées et un permis de construire déposé en mairie de Fort-de-France. Le permis de construire est contesté par l’édilité municipale dont certains membres sont dans l’opposition au conseil régional de l’époque. Au cours d’une manifestation pour réclamer un établissement aux normes de sécurité, les lycéens envahissent l’hôtel de Région. Les propos exacerbés du Président de Région à l’encontre des lycéens et de leurs professeurs provoquent la réprobation des intervenants. En 2010, la nouvelle majorité du conseil régional décide de réhabiliter les bâtiments de l’ancienne maternité de Redoute pour établir un établissement de transit dans l’attente de la reconstruction du lycée Schœlcher. Cinq années plus tard, la construction du lycée Schœlcher n’a pas débuté et l’établissement qui devait accueillir les lycéens en 2014 n’est pas achevé.

Mais en décembre 2015, la majorité régionale est battue aux élections de la nouvelle collectivité en charge des établissements scolaires. La nouvelle majorité élue à la CTM revient sur le projet de lycée de transit et présente d’autres solutions d’installation des lycéens ce projet de la CTM consiste à disperser la communauté scolaire de Schœlcher au lycée de Bellevue et a la cité technique ou existent déjà deux établissements. Surgit alors un contreprojet d’enseignants et de parents d’élèves qui propose une installation des élèves de Schœlcher au fort de Tartenson. Nouveau projet, celui du Préfet de Martinique qui est l’installation des élèves et professeurs au quartier Acajou au Lamentin ou existent deux lycées différents mais géographiquement proches.

Au constat, aucun des projets ne recueille l’adhésion de tous. Après huit années de tergiversations, de querelles politiciennes, aucun début de construction du lycée Schœlcher n’est commencé. La question se pose de savoir s’il y a une volonté réelle des élus de la CTM de reconstruire cet établissement. Objectivement, l’Etat et la CTM ont tout à gagner en ne reconstruisant pas. L’Etat, dans une période d’économie budgétaire, cherche à récupérer des moyens au niveau de la ressource professorale. Le rectorat de la Martinique avance constamment la baisse des effectifs pour démontrer que les 800 élèves du lycée Schœlcher peuvent être absorbés par les autres lycées existants. Ainsi, on augmentera le nombre d’élèves par classe et on récupérera quelques enseignants. Certains seront mutés et les départs à la retraite ne seront pas remplacés. La proposition de loger l’ensemble des élèves du lycée Acajou I au lycée Acajou II n’est pas nouvelle. Le lycée Acajou I pourra accueillir les 800 élèves du lycée Schœlcher et portera ce nom. Ainsi, Schœlcher continuera d’exister avec son nom propre. Le lycée Acajou I n’aura plus d’existence et il suffira de donner un autre nom à Acajou II.

Il se dit que la CTM traverse une période de doute budgétaire concernant mais cette incertitude se trouve confronté à la réalité qui est que la destruction et la reconstruction du lycée Schœlcher coûtera au minimum 80 millions d’euro. Alors on peut aisément imaginer que ne pas reconstruire le lycée est tentant et qu’il suffira d’expliquer ce geste politique d’omission par les promesses habituelles.

En tout cas, cette querelle politicienne alimentée autant par l’Etat que par les décideurs locaux a privé les élèves de la Martinique d’un établissement neuf, construit aux normes parasismiques où ils devraient être déjà en train d’étudier. Au lieu de cela, ils se retrouvent aujourd’hui à errer jusqu’aux prochaines élections avec un doute sérieux sur rentrée sereine de septembre 2016.

CGTM: Confédération Générale du Travail de la Martinique »


2 commentaires :

  1. Emmanuel AGAT

    Les seuls commentaires que j’ai entendus concernent la préservation de l’unité du lycée et le refus d’installer les élèves dans les locaux d’autres établissements.
    Très peu d’observateurs ont mis l’accent sur la question de sécurité. Imaginez que survienne un séisme de force 7 ou plus, mais avec une profondeur beaucoup plus importante que celui de 2007. Imaginez le nombre de morts qu’il y aurait, au lycée Schoelcher et dans bien d’autres bâtiments et quartiers de Fort-de-France et dans le reste du pays. Je suis terrifié de constater que la question de sécurité, la plus importante, est considérée comme secondaire. Faut-il continuer à jouer avec la sécurité des enfants pour des raisons de sympathie ou d’antipathie à l’égard de tel ou tel homme politique. Arrêtons ce jeu dangereux et acceptons le déménagement du lycée avant que survienne un drame, car il risque d’être trop tard pour avoir des regrets.

  2. Emmanuel AGAT

    Je rectifie un mot : au lieu de profondeur « beaucoup plus importante », je voulais dire « beaucoup moins grande »

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