« Les fonctionnaires martiniquais décidés à défendre leurs 40% »

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Par Tony Delsham :

Après l’attentat sanglant de Nice où 84 personnes, dont beaucoup d’enfants perdirent la vie, l’émotion liquéfia le visage des papas et des mamans aussi dramatiquement frappés, dans leur chair et dans leur âme. Le Président François Hollande a besoin d’argent et racle les fonds de tiroirs. Appuyant sur la touche « Fonctionnaires servant dans les D.O.M », il découvre les 40 % de vie chère. En ces temps de crise profonde, il envisage, ni plus ni moins, la suppression de cette prime.

Dans l’Outre-mer français rien ne se passe comme autre part. Si, dès la fin des années soixante dix, la notion de peuple apparut dans le discours des hommes politiques de gauche, le dit peuple a du mal à trouver ses mythes fondateurs comme ceux dont l’atavisme est repérable et repéré. Cela, pour la bonne raison que nos origines sont consignées dans les archives militaires, et non dans les Bibles. Comme c’est le cas pour les peuples d’Europe, du Moyen-Orient, de l’Asie, de l’Inde. Autre handicap, l’ancien esclave de Martinique, composante à part entière de la société Martiniquaise, ne put jamais compter sur une bourgeoisie bien que celle-ci existât.

Les révolutions classiques sont généralement l’œuvre de cette dernière car actionnées par le désespoir du peuple qui n’en peu mais de… souffrance. Or, la bourgeoisie martiniquaise d’après guerre (39-40) est composée de… fonctionnaires, exécuteurs serviles, sans état d’âme, des stratégies parisiennes et placées sous le contrôle d’un Préfet remplaçant le Gouverneur de sinistre mémoire. Ceux qui se sont battus contre les Allemands en prenant le maquis, après l’effondrement de la ligne Maginot, puis aux côtés de l’allié américain ce, jusqu’à la victoire totale, de retour dans leur foyer se mirent au lit avec ardeur. Conclusion ? La Martinique, dès après 1946 connut un véritable baby-boom. Très vite, il fallut construire des écoles : cours préparatoires, cours élémentaires, cours complémentaires, suivis de lycées d’une Université qui, depuis peu n’est plus des Antilles-Guyane[1].

Or, si l’effectif des enseignés augmentait, au rythme des débordements de tendresse nocturne, celui des enseignants stagnait jusqu’à être dramatiquement insuffisant. Le Vice-rectorat, il n’y avait pas de Rectorat à l’époque, lança donc un S.O.S au Ministre de l’Education Nationale. Celui-ci, vantant le charme d’enseigner sous les cocotiers, fit passer une circulaire en ce sens. Il fallut également combler les différentes administrations gérant les services de l’Etat : Préfecture, Gendarmerie, Impôts, etc. Alors, la France des steaks-frites débarqua chemise à fleurs sur le dos et…sandalettes aux pieds. Ce qui scandalisa les parents d’élèves pour qui le respect de soi passait aussi par la tenue vestimentaire. Cerise sur le gâteau, ces fonctionnaires outre atlantique décrétèrent qu’ils ne trouvaient aucune saveur à la mangue Julie, ni au mangot vert, ni à la basignac. Pas plus qu’aux boudins créoles qui, beaucoup trop pimentés, malmenaient leurs glottes et leurs épiglottes. Ils exigèrent donc une prime dite de vie chère, estimée à 40% du salaire de base ayant cours. Ce qui permettrait d’importer les ingrédients nécessaires à leur alimentation. Prime qui fut accordée. Résultat ? Dans les faits, souvent, il arriva que l’obscur gratte-papier d’une administration dépendant de l’Etat, soit plus rémunéré que son chef de service martiniquais.

L’accusation de racisme frôla les narines délicates de Paris, alors en pleine stratégie de faux départ, quant aux colonies africaines. Situation qui dura jusqu’à ce que les camarades locaux et syndiqués de la Fonction Publique estimèrent que « tout’ jé sé jé mè kasé bwa an tyou makak sa pa jé..[2]. La réaction de ces derniers fut assez surprenante. Les camarades syndiqués en effet, ne demandèrent pas aux fonctionnaires venus du froid de s’adapter à un climat leur permettant : des pêches miraculeuses entre les cours, des virées à la plage juste à portée de moustaches. En outre, nos femmes sont belles et nos hommes sont beaux car issus d’une merveille de métissage. Métissage biologique, métissage culturel mais également, chaudron où se concocte la synthèse de… l’Humanité. Non rien de tout cela ! Ils exigèrent, non pas la suppression de cette prime et l’adaptation sans compensation des volontaires à la réalité locale, mais bien son …extension au personnel martiniquais. Paris, en pleine négociation de faux départ du Sénégal, dans un premier temps, fit la sourde oreille. Puis, sensible aux accusations de racisme qui circulaient, céda après une grève, des plus dures de deux mois de la Fonction Publique martiniquaise.

Le secteur privé, quant à lui, éclaté en plusieurs syndicats ne fut pas en mesure de mener une action d’envergure. Ainsi, contrairement à la philosophie même du capitalisme, le secteur tertiaire supplanta le secteur primaire et le secteur secondaire. Final la Martinique chemina cahin-caha vers son grand rendez-vous de 1992, date de naissance de l’Europe. Aujourd’hui, le Président François Hollande, microscope en mains, cherche le moindre euro qui permettrait à la France de faire face au terrorisme aveugle qui secoue ses rues actuellement. Alors, le voyant rouge clignote sur la rubrique : Prime de vie chère des Départements Outre-Mer. Charge qui, en ces temps de crise, paraît lourde à supporter. En fait, cet octroi de mer de 33%, supprimé depuis, est issu d’une loi dont la philosophie exigeait d’enrichir la métropole et… pas le contraire. Perçu par l’Administration des douanes, ce tribut à relent colonial contribuait pour 48 % des rentrées fiscales des communes de moins de 10 000 habitants et pour 37 % de celles des communes de plus de 10 000 habitants.

L’IDÉAL EN LA MATIERE EXISTE-T-IL ? Si le Président François Hollande me demandait mon avis, je lui dirais que supprimer les 40% des fonctionnaires ne résoudra rien. Par contre, si l’Etat repère des charges inconnues du producteur de l’hexagone mais existant dans les DOM-TOM, en dépit de la disparition de ce fameux octroi de mer de 33%, l’Etat devrait prendre en sa charge, les taxes et autres redevances, inconnues des entreprises basées sur le territoire hexagonal mais pesant encore sur l’ex-colonie Martinique. Dès lors, les prix pratiqués à l’étalage seraient sensiblement les mêmes que ceux de l’ex métropole coloniale d’avant guerre ! Aujourd’hui, cette dernière est forte du drapeau tricolore flottant aux quatre coins de la planète Terre. Ce, grâce aux DOM-TOM. La secrétaire d’un syndicat, invitée à s’exprimer sur les ondes de Martinique 1ère, s’insurgea contre l’idée même de la suppression de cette prime. Je lui poserais moi, une seule question : si le terrorisme gagnait la Martinique, quelle serait votre réaction ? Je suis peut-être un doux rêveur mais y-a-t-il amélioration de la condition humaine sans rêve ?

TONY DELSHAM

[1] Suite à des malversations dénoncées par la Présidente de l’Université des Antilles Guyane, la Guyane préféra prendre ses distances et est aujourd’hui autonome.

(2)Littéralement : « Tous les jeux sont des jeux mais casser un bout de bois dans le cul d’un macaque n’est pas jouer » On peut traduire par : les jeux ont des limites a ne pas dépasser.