Lettre du Directeur de l’ARS Martinique aux Syndicats du secteur de la santé

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Ci-dessous, le courrier du Directeur Général de l’ARS Martinique aux Syndicats du secteur de la santé (CDMT – CGTM – CSTM – SASM – UGTM – FO), suite à leur déclaration publique du 07 octobre dernier interpellant sur la politique régionale de santé.

« Je vous ai convié le mercredi 07 octobre dernier à l’ARS, à une rencontre d’information et d’échanges sur un ordre du jour précis. J’ai pris acte de votre souhait de ne pas tenir cette réunion, et vous nous avez remis à cette occasion votre déclaration désormais publique.
Tout d’abord, je veux vous souligner que les principes liés à ces rendez-vous institutionnels et trimestriels que j’ai mis en place, n’ont d’autres objectifs que de favoriser et de maintenir le dialogue social en région entre les partenaires sociaux et l’ARS, attachée tout comme vous à la nécessaire concertation pour la définition des politiques de santé en région et la bonne information de tous.

Cependant, dans votre déclaration, vous parlez d’ « échec de la politique de santé publique » initiée par l’ARS. J’observe-là, que non seulement vous vous érigez en censeurs, mais que par ailleurs vous confondez, soit par ignorance soit à dessein, l’hôpital avec l’ensemble des champs de la santé publique pilotés par l’ARS, et vous considérez que l’amélioration de l’offre de soins ne doit passer que par un renforcement des moyens de l’hôpital public. A ce titre, il est d’urgence impérieuse que chacun, à la mesure de ses responsabilités institutionnelles, agisse résolument pour engager les hôpitaux publics de la Martinique dans une trajectoire d’efficience, car les aides financières exceptionnelles vont en diminuant dans le contexte national de plan triennal de maîtrise des dépenses de l’Assurance maladie, et que chacun travaille à restaurer la confiance en l’hôpital public de Martinique.

A ce jour, beaucoup d’étapes ont été franchies en santé publique en Martinique :
Les hôpitaux de proximité (hors CHUM donc) : des constructions immobilières sont livrées récemment (CH du François), ou en cours (CH de Saint-Joseph). Nous travaillons actuellement avec les hôpitaux de la zone Centre/Sud à la création d’un Groupement Hospitalier de Territoire (GHT) qui vise à rationaliser l’offre de soins et améliorer qualitativement la réponse aux besoins de soins, par la mise en place de pôle de spécialités médicales gradués et complémentaires entre ces établissements, afin d’assurer leur pérennité et d’éviter les doublons mortifères qui ont condamné l’activité des ex CHU, CH Lamentin et CH Trinité.

La Permanence Des Soins ambulatoires (PDSA) : depuis 2012, 4 Maisons Médicales de Garde (MMG) ont été mises en place à l’initiative de l’ARS. Le service rendu à la population est effectif et l’activité constatée à ce jour s’élève à près de 15 000 passages par an, soit autant de moins passant par les urgences hospitalières.

Le secteur médico-social : le rythme de création et d’installation de places d’accueil des personnes âgées (PÂ) et des personnes en situation de handicap (PH) s’est accéléré sur les 3 dernières années. Ainsi, 550 places ont été créées sur le champ des PÂ et 671 places sur les champs des PH. Des dispositifs innovants ont été également renforcés ou mis en place (création d’un 2ième Groupement d’Entraide Mutuel; création de 2 accueils de jour expérimentaux sur le Handicap ; une autorisation pour la création d’une Maison d’accueil Spécialisé pour personnes handicapées vieillissantes…).

La Veille et la Sécurité Sanitaire et la gestion des phénomènes épidémiques : le système de santé de la Martinique a su faire face aux épidémies longues de ces 2 dernières années (dengue, chikungugna), sans connaître de tension ni de débordement, grâce à la préparation des acteurs de santé et au pilotage adapté des actions pour l’organisation de la réponse aux patients infectés.

L’animation territoriale : c’est à un véritable exercice de démocratie sanitaire que l’ARS a appelé depuis 2 ans l’ensemble des acteurs des territoires de proximité du Nord, du Centre et du Sud (élus, professionnels de santé, hôpitaux, collectivités…), pour la définition en commun de plans d’action santé et de « feuilles de routes » pour mieux répondre aux problèmes de santé spécifiques à chaque territoire. Cette démarche, innovante en termes de pilotage de la santé publique en région, connaît une forte implication de tous les partenaires qui en reconnaissent la valeur ajoutée.

La coopération régionale Caraïbe nous permet aujourd’hui, non seulement d’installer un COPIL associant ARS, Région et CHUM, mais aussi d’avoir des projets santé de coopération entre Martinique, Sainte-Lucie, Barbade, Trinidad, Dominique etc…

Quant au CHUM, il doit faire face en cette année 2015 à de nouveaux chantiers :
–  Se doter d’un projet médical d’établissement finalisé et partagé ;
–  Finaliser la réorganisation des activités sur les sites sanctuarisés pour mettre en place 
les restructurations nécessaires, et ainsi mettre fin aux doublons ;
–  Optimiser ses recettes face à la diminution générale d’activité, très préjudiciable dans le système de T2A ;
–  Mettre aux avant-postes la qualité et la sécurité des soins garantissant la certification par la HAS.

Vous ne pouvez nier les avancées palpables sur 24 chantiers dont les principaux sont même publiquement connus : blocs opératoires, réorganisation des systèmes d’information, création d’un pôle qualité et sécurité. 
Mais je veux vous rappeler mon courrier du 03 juillet 2014, par lequel je vous demandais de mettre en place un «accord historique» entre toutes les composantes pour engager collectivement le redressement économique et financier du Centre Hospitalier Universitaire de la Martinique (CHUM). Je vous ai également relancé à ce sujet par un dernier courrier en date du 02 juin 2015, tentant de vous convaincre que l’hôpital public n’est ni une habitation, ni un centre de profit, mais une institution publique financée avec les cotisations sociales et les impôts de chacun. Je n’ai eu aucune réponse de votre part, ni sur le principe ni sur la méthode pour y parvenir. 
Il est impossible, voire irresponsable, que dans la situation actuelle, les mouvements sociaux que vous soutenez prennent comme fondement le maintien des avantages acquis pour ceux qui sont au-delà du statut de la fonction publique, engendrant des coûts insoutenables pour l’hôpital public, et ce, dans un contexte où l’aide massive de l’Etat à la trésorerie ne saurait être maintenue à la même hauteur.

Ces mouvements ne peuvent que porter un coup à l’effort collectif de restauration de la qualité des soins, une menace pour l’avenir de l’institution, ses capacités d’investissements et ses emplois, et cette pratique, en enveloppe de crédits budgétaires fermée, constitue autant de moyens enlevés à la prise en charge directe des patients. 
Nul ne doit penser ses actes isolés, sans effets sur l’outil de travail et sur le futur proche. Je me tiens toujours à votre disposition pour tout échange constructif et respectueux des personnes et des institutions et vous proposerai, si vous en êtes d’accord, une prochaine rencontre.

Le Directeur Général
de l’Agence Régionale de Santé

Christian URSULET »