Lettre d’une mère à son fils : « Pourquoi ta maman est membre du collectif Marine Dèwo »


Publié dans : Actualites, Martinique
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Ci-dessous la lettre d’une mère adressée à son fils âgé de 12 ans lui expliquant pourquoi elle fait partie du collectif Marine Dèwô, créé récemment.

« Lettre à mon fils de 12 ans.

La semaine dernière un collectif est né pour s’opposer aux idées véhiculées par le Front National, le racisme et la xénophobie qui se banalisent de plus en plus et à la venue de Marine LEPEN en Martinique.

Pourquoi ta maman, femme martiniquaise, s’est opposée dès mai 2015 à la venue de MARINE LEPEN en Martinique avec le collectif Marine DEWO et t’as emmené bien souvent avec elle aux réunions du mardi sur la Savane ?

L’argument premier que l’on nous a opposé dès 2015, est celui de la démocratie. Nous étions en démocratie et cette personne, femme politique de surcroît que certains croient promis à un grand destin devait venir en Martinique, pour circuler librement et dire aux martiniquais son programme et ce qu’elle avait en tête pour la Martinique.

Le deuxième argument est que la Martinique est une terre française et qu’elle doit circuler en France comme bon lui semble, parce que nous n’aimerions pas que des français de France, nous empêchent à leur tour de circuler.

Le troisième argument est si elle devient présidente, elle voudra se venger de nous qui nous sommes opposés à elle, et lors de la distribution des subsides, elle oubliera notre nom.

En 1987, quand son père, JEAN-MARIE, a voulu fouler le sol martiniquais, je faisais déjà partie avec des centaines d’autres, de ceux qui s’étaient assis sur le tarmac de l’aéroport qui ne portait pas encore le nom de CESAIRE. Aujourd’hui, en 2017, 30 ans après, les idées du FN se sont tellement répandues, le nouveau costume de dédiabolisation de sa nouvelle présidente étant si impeccable que nous martiniquais, à l’histoire si particulière, convoquons la démocratie pour laisser s’exprimer MLP, là où nous pensions que son père était un danger justement pour la démocratie.

Le costume est devenue un tailleur-jupe, mais le FN est toujours le FN, et ce parti s’exprime démocratiquement, des personnes votent pour lui, mais lui n’est pas démocratique. Est-ce démocratique d’empêcher des journalistes de vous poser des questions, est-ce démocratique de les frapper, est-ce démocratique de frapper un groupe de femmes qui s’opposent à vous, est-ce démocratique dans les villes où des élus frontistes sont devenus maires de museler les associations qui s’opposent à eux ?

Les idées racistes, xénophobes, ne peuvent pas venir s’exprimer ici sur notre terre. Cette terre est particulière par son histoire liée à l’esclavage et la traite des Noirs, par les communautés qui aujourd’hui la compose dans leurs diversités. Nous ne sommes pas une terre comme une autre et les représentants du FN l’ont bien compris. Nous représentons un bastion à faire tomber pour crier à la face du monde que l’œuvre de normalisation de ce parti est accomplie. Venir en meeting ici sur la terre de Césaire, de Glissant, c’est nous utiliser afin de convaincre que tout a changé, tout cela n’a plus rien à voir avec le père LE PEN de l’époque.

Certaines villes de France hexagonale s’opposent à elle par des concerts de casseroles. Ils n’ont pas le choix, ils ne peuvent pas se coucher sur les rails de chemin de fer. Ils sont obligés une fois qu’elle est là de tout faire pour qu’elle arrête de propager ses idées dans des têtes qui souffrent de leur misère quotidienne et qui cherchent des boucs-émissaires qu’elle est toute prête à leur désigner. Nous, nous pouvons faire en sorte de manifester suffisamment en amont, pour qu’elle reste sur les plateaux qui lui tendent parfois servilement des micros et de lui faire savoir qu’elle serait refoulée comme son père avant elle.

Dans ce collectif MARINE DEWO, mon fils, nous pensons que construire ton avenir, ce n’est pas haïr celui qui n’a pas le pain ou qui est en danger de mort, chez lui, de venir trouver pitance et protection chez nous. Nous pensons que partager avec le haïtien ou le saint-lucien, ou le dominicain, ou le syrien, cela nous rendra juste plus humain.

Nous pensons qu’il faut œuvrer pour que ce destin qu’elle s’imagine à la tête de la France lui soit à jamais empêché par le refus catégorique que tous les humanistes de France, Guadeloupe, Guyane, Martinique, Mayotte, Nouvelle Calédonie, Polynésie, Réunion peuvent lui opposer par leurs votes.

La naïveté ou le déni de toutes ces personnes qui croient que si elle devenait présidente, cela les protégeraient de tous les maux dont ils accusent leurs voisins caraïbéens ou l’Europe, qu’ils seraient parer grâce à elle d’un super pouvoir de super français des Antilles, sont d’une sombre tristesse. Et, il est plus triste encore de se rendre compte, que nos politiques, ne s’emparent pas de son programme afin de le disséquer et de l’opposer au moins aux idées qu’ils défendent eux afin que la seule alternative aux problèmes actuels ne soient le vote FN.

Un homme politique est quelqu’un au service d’une idée, pour le bien commun, qu’il doit partager avec le plus grand nombre pour faire progresser l’intérêt collectif et faire grandir le citoyen. En lisant les 144 engagements présidentiels de Marine LE PEN, dès le 9ème engagement, on peut se rendre compte tout de suite que l’on n’est pas en train de lire un programme comme un autre :

– défendre le droit des femmes :
premier axe pour défendre ce droit- combattre l’islamisme ;
– 97ème engagement : le refus des repentances d’Etat
je me suis demandée dans quelle case elle mettait la loi TAUBIRA, sera-t-elle abrogée avec cet engagement numéro 97 ;
– 98ème engagement : promouvoir l’assimilation, pas l’intégration- nos spécificités culturelles seront-elles assez assimilables, ou devrons-nous les oublier…

Je n’ai pris là que les éléments où il n’était pas besoin une explication de texte approfondie pour comprendre qu’il y a dans ce parti une opposition entre le bon français et les autres. Tout le programme est construit de cette façon.

Donc, oui, mon fils, je suis fière de faire partie de ce collectif, pas seulement pour empêcher cette personne de venir planter ses petites graines de racisme, de xénophobie, d’opposition en tous entre les peuples, mais aussi parce que je crois que militer, dire non à Marine LE PEN, c’est continuer une tradition d’opposition valeureuse à l’ignominie commencée par tes ancêtres MAWON.

Je ne peux imaginer que les larmes que j’avais du mal à contenir dans ce cachot en ruines sur un îlet du Robert, couleront parce que nous serions entrain de dérouler le tapis rouge à un parti dont les membres traiteraient ta mère et toi-même de singes. La schizophrénie a-t-elle contaminée nos têtes toutes entières que nous serions devenus à ce point ignorants de nous-mêmes ?

Je veux que tu sois fière de moi mon fils et je crie…MARINE DEWWWWOOOO !!!
Membre de Marine Déwo »

Photo : Collectif Marien Déwô


2 commentaires :

  1. paindoux

    Qui vous oblige à aller l’écouter ?
    Nous sommes en démocratie et il me semble que la libre circulation des biens et des personnes est un droit fondamental.
    Etant citoyenne du monde, je ne partage nullement les idées de cette dame mais j’estime qu’elle a le droit d’aller où elle veut.
    Décembre 1987, je n’oublierai jamais votre action à la con pour empêcher son père de venir ; ce que vous avez oublié c’est quil n’était pas dans un avion privé et donc, il y avait beaucoup d’autres passagers compatriotes et notamment moi même.

  2. Nicolas

    Oui, il faut être courageux , lutter contre cette montée du populisme ici et ailleurs et résister.
    Au nom de la démocratie, certains peuvent proférer des paroles racistes et xénophobes que la loi réprime.
    Ils sont même invités sur les médias pour appuyer leur thèse en toute impunité. Et, au nom de cette même démocratie,
    ceux qui subissent ces affronts doivent la fermer, sous peine d’être « dégommer ».
    Les autorités, font-ils, ce qu’il faut pour une société apaisée en prenant conscience aussi qu’il faut lutter contre les « passe-droits et sanctionner quand il le faut…
    J’ai honte pour certains de mes compatriotes qui, sans réfléchir, et par leurs comportements, encouragent et délivrent à ces gens, une posture de bonne conduite.

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