Littérature : Patrick Chamoiseau raconte l’absence de sa mère dans « La Matière de l’absence »

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Dans « La Matière de l’absence » Patrick Chamoiseau qui a vécu la disparition de Man Ninotte, sa mère, tente dans ce dernier livre « d’aider les autres à vivre ces moments difficiles ».

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Deux mondes se télescopent dès le « moment T » où la mort arrive, «Émerveillement et terreur se mêlent » nous raconte Patrick Chamoiseau.

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L’absence de « l’être le plus cher, c’est comme un abyme qui reste » indique l’auteur martiniquais. Dans ce vide qu’il faut combler, l’écrivain antillais commence le « processus de la reconstruction ». Tout au long de son dernier livre « La Matière de l’absence », Patrick Chamoiseau nous donne les clés, qu’il a lui même utilisées, pour comprendre ce qui se passe pendant et après cette disparition.

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Lundi 19 septembre, au musée Dapper, c’était aussi l’occasion de discuter autour de la mémoire d’ Édouard Glissant et sur l’héritage identitaire du pionnier Aimé Césaire.

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19h25 au 35 rue Paul Valérie, Christiane Falgayrettes-Leveau, la présidente de la Fondation Dapper, reçoit et fait entrer les invités pour une discussion intimiste avec Patrick Chamoiseau.

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Comme modératrice, une journaliste du Point, Valérie Marin la Meslée, et, Yasmina Ho-You-Fat sera la lectrice qui mettra en scène des extraits des témoins référents de l’hôte du musée Dapper.

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Un air de jazz accueille l’assistance qui, surprise, fête un anniversaire littéraire. En 1996 Patrick Chamoiseau publiait « L’esclave vieil homme et le molosse ». Trois ans plus tard, sa mère meurt, une période intime mais profondément chahutée dans son esprit. En 2016, il publie et tente de répondre aux questions ou extensions liées à cette disparition qui s’est manifestée 17 ans plutôt.

Résultat, la disparition, dit-il, c’est « l’instant, le plus puissant de la créativité humaine ». La conscience réflexive apparaît dans la douleur, il faut résister. En « fréquentant l’absence », Patrick Chamoiseau n’était plus seulement écrivain mais un être meurtri, un résistant solitaire, « l’Artiste était seul ».

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L’auteur martiniquais est aussi un danseur, un chanteur et un conteur. Le chemin de la reconstruction, déclenche chez Patrick Chamoiseau des « extensions poétiques », il se libère au rythme du tambour, il se projette dans les contes, il exprime ses émotions dans le chant. Ces explorations poétiques l’ont aidé à comprendre et à cicatriser ses blessures.

« Je sais me souvenir de ces moments étranges…». Il est 20h, c’est la fin de la troisième lecture dite par la comédienne de Guyane, Yasmina Ho-You-Fat.

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Sur l’écran, une image en noir et blanc du poète et homme politique Aimé Césaire. Patrick Chamoiseau très ému, s’accorde sur le travail de son compatriote, celui qui a sans cesse lutter contre l’image doudouiste des Antilles, si bien conforme aux dictas du tourisme colonial. Patrick Chamoiseau l’indépendantiste assumé cite son aîné : « Nous avons un paysage, il faut en faire un Pays, nous avons une population, il faut en faire un peuple » (Cahier d’un retour au Pays natal) . Un livre écrit entre 1936 et 1938 et publié en 1947..

« Des peuples nantis régressent…. », dernière lecture de la comédienne Yasmina Ho You Fat .

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L’écrivain, Patrick Chamoiseau qui vit au Lamentin sur son île natale, se situe dans la continuité de Césaire mais aussi de son ami Edouard Glissant, un auteur « courageux » racontait-il ce lundi soir au musée Dapper. Edouard Glissant, également martiniquais, « était une sale bête », se moque t-il avec malice devant les deux cent spectateurs interloqués. Malgré ce fichu caractère, les deux écrivains étaient très liés. Une amitié qui se cimente à la parution de « Solibo le magnifique » le deuxième roman de Patrick Chamoiseau où un conteur est égorgé par des « mots » lors d’un carnaval qui se déroule dans la capitale, à Fort-de-France.

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Patrick Chamoiseau salue le « courage infini de Glissant, qui cassait les codes en lui donnant des leçons d’écriture. Ce mentor qui modifiait les structures des phrases, allait au delà des conventions ». C’est en cela qu’il était plus courageux que le jeune Patrick Chamoiseau », reconnaît l’auteur de « La Matière de l’absence ».

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21heures : Au cocktail offert par le musée, Christiane Falgayrettes-Leveau, la présidente de la Fondation Dapper, remercie les participants de cette rencontre littéraire et intimiste. Le foyalais, Patrick Chamoiseau se laisse filmer, accepte les selfies, s’émerveille des gentillesses à son égard.

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Le martiniquais se tourne vers la sortie, de nombreux lecteurs attendent livre en main pour une très longue séance de dédicaces. Son dernier livre « La Matière de l’absence » est paru le 2 septembre dernier aux éditions du Seuil.

Reportage Dorothée Audibert-Champenois
Photos Dothy A-Ch/C’news Actus