Maryse Condé et Fabienne Kanor reçues par la Columbia University de New York

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C’est une première en France. Kaima Glover, maître de conférence aux Etats-Unis, recevait à Paris, Fabienne Kanor et Maryse Condé son ancien professeur à la Colombia University.

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Hier soir, Mme Glover était la modératrice de ce face-à-face des deux écrivaines, un événement proposé par le collège Barnard, une branche sœur de la prestigieuse Université Columbia à New York. Il s’agissait hier, de faire « converser » deux femmes antillaises sur le thème du féminisme et des réalités spécifiques issues de la migration transnationale et afro-européenne.

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Le Collège Barnard à New York, crée à l’origine pour l’enseignement universitaire féminin, organise régulièrement ce genre de rencontre qui s’inscrit autour du travail des écrivaines féministes. Un événement annuel qui permet de réunir sur une même table une écrivaine mûre face à une jeune qui se lance dans l’écriture. Le but de discuter de sujets qui concernent la femme afro-caribéenne en société et en littérature.
La rencontre d’hier soir est inédite. Normalement, cet événement a lieu à New York à Columbia Université Barnard Collège.

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Nous sommes jeudi soir, dans une des salles de conférences de Reid Hall dans le 6ème arrondissement.
Arrivée tôt, il était facile de s’entretenir avec la directrice de conférence francophone. Kaima Glover n’est pas seulement professeur, elle est aussi chercheuse et écrivaine. La caribéenne anglophone a co-écrit Haiti Unboun en 2010, elle a aussi publié en 2008, sur Joséphine Baker (1906-1975), chanteuse et meneuse de revue dans la « Revue Nègre » en France. Passionnée de littérature francophone, Kaima Glover fait la connaissance de Fabienne Kanor en 2015 et décide d’inviter les deux femmes à parler de leur style dans un écart générationnel imposé.
Mais pour Kaima, même si elles ont plus  de vingt ans de différence, les deux femmes ont un style très similaire une des raisons pour Kaima Glover de les réunir aujourd’hui.
L’occasion aussi pour les lecteurs et invités de redécouvrir deux femmes incontournables, l’une est Guadeloupéenne Maryse Condé, l’autre plus jeune, est Martiniquaise, Fabienne Kanor.

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CARIBBEAN FÉMINIMS ON THE PAGE III À PARIS
En ouverture de rideau, un extrait de Heremakhonon (1976) de Maryse Condé lue par Sonia Emmanuel, comédienne martiniquaise une habituée de texte de l’auteur. Ensuite, Fabienne Kanor entame un long extrait de son dernier livre « Je ne suis pas un homme qui pleure » paru en février 2016. Un texte théâtralisé qui résume la complexité d’être femme : Les stéréotypes blessants, les caricatures dégradantes que subit son héroïne. Et enfin le rapport mère-fille. Elle terminera ce « petit bout du livre » avec un constat douloureux et intimiste : « Les mères sont toujours les premières prisons des filles »

En parallèle de leurs livres respectifs, autour de trois questions choisies, les échanges ont commencé entre des deux antillaises sur des problématiques propres à la femme caribéenne.

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LE FÉMINISME EN TERRE CARAÏBE : C’EST UN PROBLÈME
Le jeu du Je, les personnages  : Selon la benjamine Kanor, la litterature aux Antilles plus particulièrement en Martinique est patriarcale (Césaire, Glissant, Chamoiseau), elle trouve déplacé et incorrect de parler de femme poto-mitan. La réalité est tout autre, il faut tenir cmpte des réalités sociales et économiques de certaines femmes. Non, la femme poto-mitan n’existe pas ou n’existe plus. Toujours selon la martiniquaise, le Féminisme est mal perçu, mal reçu en « Terre Caraïbe ». Mais l’aîné Condé relativise, il ne faudrait pas négliger les acquits depuis le long combat dans les luttes féminines aux Antilles. Chaque génération à un rapport différent avec la réalité. En conclusion, l’écrivaine Fabienne Kanor arrive 30 ans après les contestations féminines. Maryse Condé à son époque était « au début de son histoire » de celle aussi du féminisme . La jeune Fabienne Kanor est dans « une histoire plus avancée »  sur cette question.

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FIGURE MATERNELLE IMPITOYABLE
La présence de la figure maternelle : La mère de Maryse Condé est morte jeune, trop jeune. Elle lui en veut, car pour l’ancienne professeure de Columbia University, c’est un crime, le départ d’une maman. Ce sera son premier reproche à la « vie maternelle ».
Quant à la martiniquaise, c’est un autre crime plus douloureux. Sa mère présente par la « parole inutile » était insignifiante sur le plan de l’amour. Résultat c’est un choix radical depuis l’enfance : elle n’enfantera pas. Ce regard de mère castratrice et de père qui « n’a pas sa place », a été difficile à supporter. Pour combler et restituer ce manque, Fabienne Kanor écrit, « en écrivant cela lui permet d’enfanter ».

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L’AFRIQUE, UN LIEU CENTRAL DES TEXTES
Le lieu, le déplacement des personnages : Maryse Condé a choisi son espace, un point c’est tout. L’Afrique est un lieu central dans ses textes : « sans l’Afrique, je ne serais pas Maryse Condé ».
Fabienne Kanor, même s’il elle refuse le mot « nomade » comme Maryse Condé, a besoin de bouger, « un pays ne suffit pas à un être humain ». Il faut retranscrire ce qui se fait dans différents moments et les migrants en souffrance sont partout. La littérature doit faire bouger les lignes. Écrire, ce n’est pas seulement raconter, il faut pouvoir changer les frontières » Conclusion pour la benjamine des écrivaines ce soir là : « Ma littérature, ce l’est pas une littérature petite bourgeoise ».

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Si le Féminisme est toujours sans ancrage sur les terres caribéennes, Fabienne Kanor, écrivaine caribéenne, femme afro-européenne, a ce soir réalisé un de ces fantasmes dira-t-elle. Celui de rencontrer l’une de ses muses en littérature son aîné du jour en écriture afro-caribéenne : Maryse Condé, professeur émérite et femme guadeloupéenne et écrivaine reconnue sur la scène littéraire international.

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Prochaine rencontre, avec d’autres artistes et écrivains de la diversité, le 24 mars, mais à New York entre Gloria Joseph et Naomie Jackson, deux femmes de la Caraïbe anglophone qui discuteront des mêmes sujets, à savoir les spécificités des femmes dans la littérature antillaise.

Dorothée Audibert-Champenois