Mutation des Policiers : A Paris, Le GPX Outremer mène des actions concrètes

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Au lendemain du décès tragique d’un policier guadeloupéen, récemment arrivé et titularisé en métropole, nous avons rencontré Jimmy Terrine (au centre), acteur important dans la communauté ultramarine à Paris. Le sous brigadier qui exerce en France depuis quelques années, est Président d’une Association de policiers, installée sur le Boulevard de Rivoli dans le 1er arrondissement. L’occasion pour nous de l’interpeller sur ces actes graves, autodestructeurs, des  policiers ultramarins qui se suicident en France, et aussi, de découvrir les actions du groupe de Policiers, GPX Outremer.

Tristesse, incompréhension, les policiers qui ont travaillé avec Manuel T. sont encore sous le choc après la mort subite du jeune guadeloupéen de 25 ans. Passés les moments insupportables pour l’entourage professionnel de la victime, beaucoup de questions sont chargées de colère . Entre la culpabilité et le chagrin, la famille, les policiers, le public sont sans voix devant un tel passage à l’acte.
Selon une enquête, sur le suicide des policiers, publiée en 2015, 478 policiers se sont suicidés, entre 2004 et 2014. 2014, l’année noire dans la police, 55 gardiens ont mit fin à leur jour. Des chiffrent qui dérangent mais qui traduisent un mal-être dans cette branche professionnelle.

Est-ce la faute aux Institutions, aux policiers recrutés qui sont mal informés, y aurait-il du harcèlement, de la discrimination, les agents sont-ils trop sollicités ou fragilisés depuis les plans vigipirates qui s’allongent dans le temps? L’éloignement serait-il finalement un facteur, cause de dépression ? Des questions qui ne sont plus taboues devant la recrudescence des suicides.

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Pour apporter des réponses concrètes à toutes ces questions et avoir une plus grande liberté d’expression sur les conditions et la réglementation du travail des ultramarins en France et en Outremer, le martiniquais Jimmy Terrine a créé le 17 novembre 2013, une association de fonctionnaires de la police. Ils sont originaires de la Martinique, la Guadeloupe, la Réunion, la Guyane, de Mayotte, Polynésie et de Saint-Martin. Pour Jimmy Terrine, sous brigadier dans l’Unité des réseaux, il y a un lien entre le stress, la dépression et l’éloignement qui pourrait provoquer des comportements suicidaires chez les policiers ultramarins. Si, le GPX Outremer, a plusieurs objectifs, celui de réformer le système de mutation des fonctionnaires de police en Outre-mer, reste sa priorité.
Depuis, cet épais dossier a fait son chemin : 2015, l’année où démarre ce grand chantier. C’est l’Amendement GPX, voté à l’unanimité dans la nuit du 7 au 8 octobre 2015 à l’Assemblée Nationale, porté par Erika Bareigts et par Patrick Lebreton, tous deux, à l’époque, Députés de la Réunion. Une victoire sur la légalisation des CIMM (Centre des Intérêts Matériels et Moraux) dans le calcul des barèmes de mutation de la fonction publique.

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Et  Jimmy Terrine, l’emblématique policier du Groupe GPX continue à se battre pour, soutenir les agents en difficulté, améliorer l’accueil des policiers quand ils arrivent en métropole, les suivre dans leurs démarches administratives, leur prêter assistance quand ils sont en détresse psychologique, et souder les autres collègues durant des épisodes tragiques. Avec les membres de son collectif de gardiens de la paix, il s’active pour qu’on reconnaisse aux fonctionnaires tous leurs droits, comme celui de « Revenir au Pays » quand leur dossier est éligible.
Pour le policier qui exerce dans une Unité d’anti-criminalité et de sécurisation, le collectif GPX est un lieu d’échange « solidaire » pour les nouveaux arrivants, les anciens leur donnant des « repères » pour les aider à s’installer sur le sol métropolitain. Dans les pires situations, les gardiens originaires des Outremers sont sur le terrain.

Preuve !  Au décès de la policière municipale, d’origine martiniquaise, Clarissa Jean-Philippe, (assassinée à Montrouge, lors des attentats de janvier 2015), ils ont fait preuve de rigueur et de détermination. En tête du front « Pour Clarissa », le policier Terrine. Les hommes et les femmes gardiens de la paix du groupement GPX, n’ont rien lâché face à l’inaction de Jean-Louis Metton, maire de la commune, refusant le dialogue et retardant un lieu de mémoire à la jeune victime des attentats terroristes. Finalement c’est le Président de la République, François Hollande, la Ministre des Outremers et la Maire de Paris Anne Hidalgo, qui ont inauguré une stèle en hommage au courage de Clarissa Jean-Philippe, une policière tuée quelque temps après son arrivée en France.

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Mais les préjugés ont la vie dure, et même si le policier avance dans ses combats, il doit affronter souvent la rigidité des Instances administratives.
Pour une meilleure prise en compte des demandes de mutations, perçues comme des privilèges octroyés aux citoyens français d’outremer, Jimmy Terrine pointe du doigt les conditions d’affectations qui pour lui ne tiennent pas compte des particularités des ultramarins (liens parentaux, biens matériels, patrimoine culturel, distance depuis la métropole).

Cette année une bonne nouvelle pour le Collectif des gardiens de la paix. Jeudi 7 Avril :  L’adoption du projet de loi (CIMM), cette fois au Sénat. Le texte préconise la prise en compte des CIMM, les Centres des Intérêts Matériels et Moraux. Les dossiers des fonctionnaires ultramarins devront être examinés avec des critères plus spécifiques.
Avec son Groupe, Jimmy Terrine explique que les policiers qui viennent des iles, ont du mal à vivre leur mutation en France, ils ne savent pas quand, ils peuvent retourner chez eux. Ce qui est pour lui un dysfonctionnement dans la prise en compte des demandes de mutations. Il réclame comme ses partenaires, associations, syndicats ou élus, le droit aux ultramarins de pouvoir retourner chez eux après un temps déterminé. Il prône pour que la mobilité soit « naturelle » en privilégiant, le retour sur « la Terre d’origine ».

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Prochaine mobilisation le 3 mai prochain à l’Assemblée Nationale, Le GPX Outre-mer soutiendra Monique Orphé (photo ci-dessus). La député réunionnaise SRC (Socialiste Républicain et Citoyen), amendera la loi du travail, la loi El Khomri, pour mieux l’adapter aux Outremers.
Les avancées sont significatives en matière de demandes de mutation pour les agents de police, mais cette question ne sera pas complètement réglée sans une vraie réforme. Les ultramarins sont de plus en plus impatients et se plaignent de la lenteur des dossiers de mutation. Tous, ils se révoltent contre les prix exorbitants des billets d’avion et regrettent de ne voir que trop rarement leur famille pour des raisons financières ou professionnelles.

Ne cachons pas notre joie suite à ce vote, maintenant il faut s’atteler à sa mise en application, Les choses avancent à petit pas, même si cela est un grand pas de fait, Nous espérons juste qu’il ne faudra pas attendre des années pour que ça soit inscrit sur la note de service pour les demandes de mutation.

La phrase d’Idriss Rangassamy du Collectif GPX en 2015, lors du vote reconnaissant l’existence des CIMM au Palais Bourbon, a encore tout son sens.

Dorothée Audibert-Champenois