Nelly Célérine : Une comédienne réunionnaise d’un talent explosif

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Elle termine un spectacle qui lui tient particulièrement à cœur. Nelly Célérine est comédienne et prête sa voix à Moussa dans « Réponse à une petite fille Noir(T)e ». Derrière ce titre simple On parle du vivre ensemble.

C’est l’histoire d’une vieille dame qui accepte une aide à domicile. Ces deux femmes, que tout oppose, vont apprendre à cohabiter ensemble. Ce sont là des situations que Nelly Célérine aime « montrer et dire » sur scène. Cette comédienne pluridisciplinaire nous laisse rentrer quelques instant dans sa « loge ». De fait, elle devient encore plus confiante et en aparté elle nous fait ses confidences.

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Nelly est fille unique. Elle est née à Sartrouville, une commune des Yvelines dans la banlieue Nord-Ouest de Paris. Ces deux parents sont de l’île de la Réunion. Le couple débarque en France dans les années 70. Pour lui, c’est le service militaire, pour elle,c’est le regroupement familial. La petite Nelly et ses 3 frères découvrent alors la Réunion comme tous les enfants d’ultra-marins installés en France. Adolescente, elle veut comprendre les textes de Michael Jackson, elle fera Anglais à l’Université. Mais, elle se ravise et soutenue par sa mère, après le bac elle s’inscrit au Studio Harmonique à Bastille (Paris) en 1997. Elle obtient son Professorat de Danse Jazz,  en 2002.

Entretien avec Nelly Célérine :

Dorothée Audibert-Champenois : Bonjour Nelly Célérine ! On dit de vous que vous avez un talent explosif Nelly Célérine! Cela se traduit comment ?

Nelly Célérine : C’est vrai que je pense avoir une énergie communicative et je pense bouffer la vie et profiter de chaque moment. Je pense que cela se ressent dans mon travail et dans ma façon de mener ma vie. Tout simplement.

Dorothée Audibert-Champenois : Cette énergie, vous l’utilisez comment?

Nelly Célérine : Alors!  dans la danse, dans le chant et dans le théâtre. J’ai la chance de pouvoir fusionner ces 3 arts.

Dorothée Audibert-Champenois : Est-ce convaincant d’avoir tant d’étiquettes dans le monde du spectacle ?

Nelly Célérine : A l’heure, actuelle, c’est un plus,  d’être pluridisciplinaire. C’est quelque chose qui arrive un peu tardivement en France, car nos amis anglo-saxon prônent le pluridisciplinaire depuis fort longtemps. En France cela commence à arriver, et c’est plutôt bien.

Dorothée Audibert-Champenois : La Dance-Théâtre, Un genre très commun dans le monde culturel anglo-saxon  vous dites! Ne serait-ce pas plus simple de poser vos valises dans la Caraïbe anglophone ? :

Nelly Célérine : Moi, j’aime beaucoup jouer dans ma langue. C’est vrai que ce serait une chance de jouer à Londres par exemple, parce que j’adore voyager. Mais il y a des choses que j’adore dire dans ma langue natale.

Dorothée Audibert-Champenois : Alors, c’est quoi le parcours de cette bombe réunionnaise ?

Nelly Célérine : Alors, j’ai commencé avec un contrat pour le Roi Lion. Il y a 7 ans au Théâtre Mogador . Et, depuis, je travaille surtout dans le milieu de la comédie musicale. J’ai joué dans Swinging life, dans Black legend, puis du théatre musical comme les Indifférents et dernièrement dans Réponse à une petite fille Noir(T)e avec un personnage que je défends et que j’aimerais défendre chaque jour, pour ce qu’il raconte et pour ce à quoi il nous fait réfléchir.

Dorothée Audibert-Champenois : Vous êtes diplômée de Danse!

Nelly Célérine : Je partage ma vie entre le Professorat et la Scène. Je n’imagine pas ma vie sans le Professorat. Ce n’est pas du tout un boulot alimentaire. C’est vraiment une vraie passion et cela m’apporte tout autant que la scène.

Dorothée Audibert-Champenois :  Vos parents n’ont pas été déçus que vous arrêtiez vos études d’Anglais ?

Nelly Célérine : Non, je ne les ai jamais commencés car ma mère m’a encouragé à réaliser mes rêves.

Dorothée Audibert-Champenois : Qu’a été pour vous l’expérience du Roi Lion ?

Nelly Célérine : Une très très belle aventure humaine. Parce que nous étions des artistes venus des 4 coins du Monde. De l’Afrique du Sud en passant par les États-Unis, par le Brésil, par l’Argentin, l’Afrique. C’était une espèce de co-location avec 100 artistes. Artistiquement, cela a été la très belle école de l’harmonie africaine, en chant. L’école de la manipulation de la marionnette en théâtre. Une magnifique aventure que j’ai goûtée, je me suis vraiment régalée. C’était un vrai premier beau contrat.

Dorothée Audibert-Champenois : Et le casting ?

Nelly Célérine : J’ai répondu à une annonce . Et ce casting a duré un an. Il a fallu attendre la fin des travaux de Mogador, ils ont du faire une fosse pour accueillir les artistes-musiciens.

Dorothée Audibert-Champenois : Parlez-nous s’il vous plaît de vos plus autres belles réussites ?

Nelly Célérine : De plus en plus je me sens à ma place, lorsque je défends des idées plutôt sociales. Je me sens plus à ma place quand le métier rejoint le social. Je pense au « Roi Lion », et aussi à « Réponse à une petite fille Noir(T)e ». C’est vraiment une fierté de jouer dans ce spectacle pour ce que cela raconte.

Dorothée Audibert-Champenois : Et les échecs, vous en faites quoi ?
Nelly Célérine : Les échecs,  j’en tire toujours des leçons. Si par exemple, je n’ai pas réussi un casting ,  Je me dis que :  soit que ce n’était pas pour moi ou soit , que j’avais autre chose qui m’attendait.

Dorothée Audibert-Champenois : Vous êtes de l’île de la Réunion, pas une immigrée soit, mais très concernée par cette question, : le rapport à l’autre, l’intégration, le racisme banalisé. Vous avez un message « humaniste » à partager ou vous êtes tout simplement une artiste engagée ?

Nelly Célérine : Artiste engagée, je ne sais pas ce que cela signifie. Des messages humanistes, oui, bien sur. Mais sans jamais donner de leçon. Mais, pour moi c’est important de dire les choses.

Dorothée Audibert-Champenois : Après être restés si longtemps dans l’ombre d’Hollywood, les comédiens noirs sont aujourd’hui des têtes d’affiche médiatisées. avec des films comme le Majordome, 12 years a slave ou encore La Couleur des sentiments. Ici en France qu’en est-il ?

Nelly Célérine : Ici en France, c’est très compliqué dans le théâtre classique notamment. Je pense que les metteurs en scène manquent d’audace…Le théâtre c’est l’art de la représentation du réel. On fait pas du reportage! Le metteur en scène doit se dire qu’au théâtre on peut tout faire…

Dorothée Audibert-Champenois : Pour une meilleure visibilité, voterez-vous pour le principe des quotas dans le milieu culturel et audiovisuel comme aux États-Unis ?

Nelly Célérine : Pourquoi pas ! Parce que l’on peut continuer comme ça, pendant 10, 15, 20 ans encore ! Ce n’est même seulement :  ne pas donner les rôles à un noir ! Mais les castings ne sont même pas ouverts !

Dorothée Audibert-Champenois : Halle Berry est revenue sur ses « difficultés à trouver un rôle » à cause de sa couleur de peau. « Lorsque j’avais 21 ans, c’était aussi difficile que maintenant, à 48 ans »  dit l’actrice. Vous serez au CSA que ferez-vous Nelly ?
Nelly Célérine : Je reviendrais sur la question des quotas. Ce qui me choque c’est de ne pas donner la chance, voilà! Et de ne pas ouvrir les castings…

Dorothée Audibert-Champenois : « L’industrie du cinéma est comme les montagnes Rocheuses, plus vous êtes hauts, plus c’est blanc » ce sont les mots du militant noir -américain Al Sharpton (militant des Droits civiques)  en janvier dernier. Que répondez-vous à ceux qui demandent une plus grande solidarité entre gens de même communauté ?

Nelly Célérine : Moi, les communautés cela me fait toujours un peu peur. J’ai l’impression que du coup cela enferme plus que cela n’ouvre sur le monde …Je parlerais plus d’ouvrir les débats en fait !

Dorothée Audibert-Champenois : Des discours et des débats, il y en a eu sur cette question de la représentativité des Noirs dans certains domaines en France. Les résolutions et les avertissements n’ont pas vraiment déplacé les curseurs ? Quel est votre sentiment?
Nelly Célérine : Oui … c’est vrai…Eh bien … ouais… alors levons-nous, rassemblons-nous et peut-être réclamons cela.. oui…

 

Dorothée Audibert-Champenois : Dites-moi, comment rêvez-vous de la Nation Arc-en-ciel de Madiba ? (Nelson Mandela)

Nelly Célérine : Je vis la « positivité », j’ai toujours bon espoir et je me dis que le meilleur reste à venir.

Dorothée Audibert-Champenois pour PBK

® Photo de Stéphane OURADOU – Photos studio Mathias Bord