Nelson-Rafaëll Madel, un comédien et metteur en scène de talent qui crée de Paris à la Martinique

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Nelson-Rafaëll Madel est un comédien qui vit entre deux eaux. Cet amoureux de Glissant a créé une compagnie dans laquelle, il joue, fait des mises en scène à Paris, où il réside ou à la Martinique, son Pays natal. (Vous pouvez l’entendre en fin d’article).

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LA COMPAGNIE DES DEUX SAISONS

Ce projet de compagnie qu’il a voulu développer est en « lien avec l’insularité, l’exil, le déracinement, la quête identitaire, les origines, la famille ». C’est tout ce brassage que Nelson-Rafaëll « porte » avec la Compagnie qu’il a créée en 2007.

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LES CRÉATEURS DE « SEUL AU MONDE »

Rue du Plateau, dans le 19 ème arrondissement de Paris, Jeudi 5 mai, Nelson-Rafaëll Madel retrouve une nouvelle fois Damien Dutrait dans une œuvre sur l’absurdité de l’existence. L’acteur à le rôle principal dans la pièce de théâtre :  « Seul au Monde ». Le jeune comédien est seul sur scène, il discute à « bâton rompu » avec la mort.

Le texte raconte l’histoire d’un jeune homme de vingt ans qui vient de mourir, mais il ne le sait pas encore. Il est dans une pièce nue, il se met à parler tout seul. Au fil du spectacle, on se rend compte qu’il parle à la mort (que l’on ne verra jamais pendant la pièce). Il profite de cette attente, pour « faire parler son père, faire parler sa mère ». Cela devient un dialogue à trois personnages.

Nelson-Rafaëll Madel, interprète les trois personnages dans cette création originale, le père, la mère et lui, Seul au Monde. « Seul au Monde », est aussi le titre du spectacle où un mort attend et prend conscience du mot, solitude. Il regrette beaucoup son isolement,  il aurait du partager, se tourner vers son prochain ! « C’est de cela que parle la pièce », explique le metteur en scène Damien Dutrait.

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« La vie est absurde, la vie est trop courte ». Toutes les choses qu’on aurait aimé faire, qu’on aurait aimé dire, sur les regrets, le temps qui passe trop vite. Durant toute la pièce il y a la vie qui se rebelle. Seul au Monde ne veut pas croire à la mort, il pense qu’il va s’en sortir, qu’il va défier la faucheuse et revenir parmi les vivants.

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LE METTEUR EN SCÈNE

La pièce est écrite par Damien Dutrait en collaboration avec son comédien fétiche Nelson-Rafaëll Madel.
Le vécu antillais de Nelson-Raphaëll est en filigrane dans le texte, Damien Dutrait l’explique par les confidences personnelles du comédien, un peu de son intimité dévoilée à travers leurs échanges.

Quand il est arrivé à Paris, le jeune martiniquais avait le mal du pays, il se sentait extrêmement seul.  Malgré les amis qui l’entouraient, l’acteur d’une vingtaine d’années exprimait une grande solitude, le jeune antillais complètement déraciné, s’est ainsi confié à son Ami. Damien Dutrait s’est inspiré de ces émotions là, des sensations tâchées de nostalgie, des légers troubles affectifs du comédien pour construire le personnage de « Seul au Monde », qu’interprète magnifiquement Nelson-Rafaëll Madel.

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LE COMÉDIEN

Depuis le lycée, l’adolescent flirte avec l’Art dramatique et aussi le chant. En 2005, il est lauréat d’un concours de chant organisé par la ville de Fort-de-France en Martinique. Sa carrière débute véritablement au Studio-théâtre lié à la Scène Nationale de la Martinique, sous la direction de Yashvani Medina. Parallèlement, de 2004 à 2006, il joue dans trois créations de la Compagnie « Théâtre Si » : Roméo et Juliette de Shakespeare, L’Amant de Pinter et Chacun sa vérité de Pirandello.

SEUL SUR SCÈNE dans UN DÉCOR SURRÉALISTE

Nelson-Rafaëll vit durant cette période à la Martinique, un peu au Robert, un peu à Fort-de-France mais surtout à Saint-Joseph où se sont finalement installés ses parents.
Depuis une dizaine d’années, le fondateur de la Compagnie des deux Saisons est à Paris .

Ce Jeudi à l' »Atelier du Plateau » à quelques mètres des Buttes Chaumont, seul sur scène, dans un décor dépouillé presque vide, il a tenu en haleine le public durant une heure.

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Ce décor vide et bancal, Damien l’a calculé. Il ne voulait pas une représentation qui enferme le spectateur, il avait en tête un espace vide, en partie cassé. « Au sol, il y a un tissu abîmé, il y a ce grand lustre avec les néons, un peu tout de travers, des enceintes qui pendent, ce son des bouées comme des yeux ». Damien souhaitait créer un monde quelque peu surréaliste, peu abstrait, pour que le spectateur puisse se projeter. Comme si le « décor était un peu dans sa tête », un coin du cerveau où « il ne reste pas grand chose ».

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A la fin de la pièce, le comédien crie, hurle :  » Je suis seul au monde  fais ton boulot, ramasse ! »
Il vocifère, il veut dormir : Seul au monde termine son ultime réplique « Toi aussi, tu me porteras ». Fin déchirante, poignante. Peine, douleur, se succèdent avec violence, la fin approche vite et claque. La lumière s’éteint.
Cette fin brutale et agressive, le metteur en scène l’assume. Damien Dutrait aime cette fin dure. « Parce que la mort est brutale », ( il sourit ) et continue, il faut se dire que tout à une fin et, qu’à un moment de la vie, la lumière s’éteint ! Point.

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Après quelques retouches, cette avant-première testée en région parisienne va se déplacer et être jouée au cœur de la capitale. Nelson-Raphaëll Madel et Damien Dutrait vont jouer « Seul au Monde » à Paris dans un premier temps. Ils envisagent de présenter la pièce à Avignon l’an prochain, en 2017. Leur vœux à tous les deux, ce serait de se poser sur les planches d’une scène de théâtre en Martinique, en Guadeloupe ou en Guyane.

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En attendant, le jeune martiniquais ambitionne de créer une nouvelle pièce chez lui à la Martinique. En 2017, Nelson-Rafaëll Madel prévoit de mettre en scène « Erzuly Dahomey, Déesse de l’amour » de l’auteur haïtien, Jean-René Lemoine.

Au micro de Dorothée Audibert-Champenois, Nelson-Raphaëll Madel :

(Reportage Dorothée Audibert-Champenois – Photos Dothy A-Ch)