Noël Solidaire : Des antillaises distribuent de la soupe chaude aux pauvres de Londres

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« C’est bien de donner à manger, mais, s’arrêter cinq minutes, les regarder dans les yeux et leur demander leur nom : What’s your name ? cela fait une petite différence. Ils sont contents. Quelqu’un s’intéresse à eux ! » (Marcelle Roujade)

Dans le quartier Victoria, il est 18h30, il fait froid ce samedi soir, le thermomètre affiche 5°. Il pleut, il vente, le sol est trempé. Un petit groupe avance rapidement, s’arrête, se penche discute et remplit du liquide chaud dans des verres en plastiques. Les sans-abris couchés sur le sol humide, ne se font pas prier, ils acceptent la soupe du groupe que forme deux antillaises et leur ami italien. Le contexte est dur, il faut aussi préserver l’intimité (perdue) de ces hommes et ses femmes isolés, en marge de la vie civile et familiale, qui n’ont plus de toit pour certains, plus de quoi manger pour d’autres ni de quoi se vêtir.

Marcelle, Nadia et Michel traversent à grands pas la place Victoria, dans le district de Westminster, ils ont plusieurs rues à visiter, ils se pressent. La soupe chaude est répartie dans plusieurs récipients, juste sortie de la cocotte minute, posée dans le coffre de la voiture garée face au pub, point de rencontre du petit groupe. Nous décidons de suivre, le trio qui avec beaucoup de tact, s’assure de leur santé et naturellement leur parle de leur condition de vie.

Ce samedi 2 décembre, Marcelle, Nadia et Michel tentent avec leur maigre moyen de porter du réconfort à ces hommes et ces femmes sans ressources et sans-abris, dans l’une des plus grandes capitales européennes.

Comment sont-il devenus des marginaux ? Où sont leur famille ? Pourquoi vivre si misérablement ? Ces questions, Marcelle, Nadia ou Michel ne les posent jamais. Ils respectent les refus et distribue de bon cœur si le sans-abris accepte, cette soupe au potiron, à la tomate, au chorizzo, épaissie à la pomme de terre.

Avec embarras et discrétion, je fais quelques clichés consentis et participe à la discussion entamée avec les sans domicile fixe qui tentent de se réchauffer aux abords des magasins. A notre grande surprise, nous apprenons qu’ils « sont de tous les coins d’Europ».

Belgique, Angleterre, Europe du Nord, ils passent cette deuxième nuit de décembre, au pied de la Westminster Catholic Cathedral. Mère, fille, ils s’appellent, Sue, John ou Carrie, l’association CreoleCéNous (ex-NadCréolitus), leur offre un peu de leur temps. Un moment précieux d’échanges et de discussions entre hommes et femmes, simplement.

Chaque année, au mois de décembre, c’est le même rituel. Ils sont une dizaine parfois, beaucoup plus, un peu moins, mais l’association se fait un devoir de fêter Noël avec des démunis. Depuis quatre ans, à l’initiative de Nadia de Guadeloupe, des distributions s’organisent autour de la station Victoria.

Avec leurs fonds propres, ils improvisent et achètent des légumes, des ingrédients pour donner du goût à la soupe de la guadeloupéenne. D’autres, ramènent des barres de céréales, des gâteux secs, des couverts.

19h, le trio quitte le Grosvernor, l’un des plus magnifiques hôtels de la Place Victoria. Ils sont à Elizabeth Bridge, Il prolonge Saint George Drive et s’attarde aux environs de Bridge Place. Sombre mais occupée, dans le parc Lone garden, Nadia, Marcelle et Michel, posent leurs grands sacs en plastique et sortent les louches, les pots et les cuillères en plastique. Le deuxième récipient de soupe, est presque vide.

Les deux antillaises et leur ami, continuent leur action charitable : « Sans les juger ! », dira l’une des deux guadeloupéennes. Mais Nadia, se souvient encore de deux antillais, vus l’année dernière. « Si fiers, si distants mais les pauvres mourraient de faim !  ». 

Pour Marcelle et Nadia, les fêtes de Noël aux Antilles, sont aussi des fêtes de partage, « C’est une obligation de penser aux plus pauvres ». Même si c’est « cela affecte après coup », il faut les aider et les approcher. Discuter et prendre le temps de les écouter, ce sont les objectifs de l’association CréoleCéNous.

Porter du secours aux plus démunis, Nadia le fait depuis toute petite, dit-elle. En Guadeloupe, l’enfant participait à la messe des malades. Etudiante à Paris, le jeune fille distribuait des vivres aux pauvres en accompagnant les bénévoles de la Croix Rouge française.

Après Palmer Street, Caxton Street, Vandom Street, Nadia, Michel et Marcelle font une courte escale dans le tube station où les dernières louches de soupe, terminent deux heures de rencontre et d’échanges. Michel, un ami d’un groupe de marche multiculturel, est consultant en informatique.

Il descend dans le métro (tube station) de Victoria et rentre chez lui.

Marcelle et Nadia rangent les récipients vides et nous racontent brièvement pourquoi, elles tiennent tant à leur mission humanitaire et personnelle (Itw en fin d’article).

Le 16 décembre, le Noël des sans-abris est une grande manifestation d’aide aux démunis des rues de Londres, il y aura un marché de Noël, une foire aux livres et des repas chauds de Noël. Plusieurs associations humanitaires se réunissent à Trafalgar Square pour donner de quoi faire un repas de Noël et se s’amuser ensemble avec les malheureux de Londres.

Les deux femmes nées en Guadeloupe, y seront, c’est certain. Elles croiseront de nouveau, beaucoup, beaucoup d’hommes avec leurs chiens ! Qui viendront pour manger mais aussi danser durant la fête sur la place londonienne. « C’est très beau, c’est ainsi que l’on se rend compte que l’élan de solidarité est très fort à Londres ».

La suite du programme est simple, ce samedi 16 décembre, également, l’association CréoleCéNous, organise un Chanté Nwel avec cantique de Noël, pâtés, boudins et pain au beurre-chocolat comme aux Antilles. Marcelle finira cette période de nativité en famille, chez elle, à la Guadeloupe : « Pour un vrai chanté Nwell sous le soleil ! ». Et le mot de fin, c’est Nadia qui le dit « And Merry Christmas to All ».

Ecoutez les deux antillaises au micro de Dorothée Audibert-Champenois. Des démunis antillais, elles en rencontrent très peu, nous assurent-elles :

Dorothée Audibert-Champenois/Facebook Twitter C’news Actus Dothy


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