« Ô Mages ! »

Vues : 31

Domiciliée à Tours, je suis Antillaise , et écrivaine. J’ai eu envie, à l’approche de la commémoration de l’abolition de l’esclavage, de marquer le coup et de faire ce que j’aime le plus. Écrire, pour eux, nos ancêtres. Écrire en l’honneur de ceux qui nous ont permis de POUVOIR simplement.

Je pense et je trouve qu’il n’y a pas assez de pont entre ceux d’ici et ceux de là-bas.
Il n’y a pas de relais entre vous et nous. Mon pays me manque et ce que j’entends (souvent) me fait mal.

Vous n’imaginez pas ce que font les Antillais en France et partout ailleurs. Notre potentialité ! Une usine à talents. Il n’y a pas que des trafiquants de drogues, ou des (pauvre jeune fille) rêvant de célébrité dans la pornographie…

Il y a des artistes, des peintres, des écrivains, des acteurs, des chanteurs, qui font retentir dans tout plein de villes françaises; le nom de nos îles et qui ne demandent qu’une chose: Partager encore et encore.

C’est pourquoi je partage mon bébé avec vous.  Si il vous plait, n’hésitez pas à Partager à votre tour. Bonne lecture …

Ô Mages !

« Liberté ou lanmò!
Liberté ou lanmou.
Liberté ou lanmò! »
Haïku karukera.

Hymne à chanter en coeur,
En ce jour si précieux.

Je dois prévenir :
Exercice difficile, que d’écrire sur mon île.

Île rebelle.
Île frémissante sous les vents.
Paradi asi la Tè!
Île aux Belles Eaux
Île frissonnante devant sa Majesté
La Vielle Dame…
Île pour laquelle battent nos Âmes.

Âmes endurcies par cette vie.
On sentiman pewsistan.
Inégalité maladive; spectacle navrant
Péyi an Nou ka foukan !

Soudain; le rythme soutenu du « ka »
S’arrête sec.
Le « toumblak » quant à lui résonne encore dans nos têtes.

« Sonjé ! Kryé lè répondè!
Lè répondè lévé la vwa! »

Twadision Istorik
Nous rassemble en demi-cercle.
Nos mains marquant en cœur,
le rythme effréné des percussions:
gras, beau, clair, des Maîtres « ka ».

Dignes Héritiers, de nos ancêtres si souvent oubliés.
Ô Mages, plein de Foi
Ô Mages sans Peur.
Mages de Fer
Ô Mages, à qui Tous le doivent.

« Kouté ! Yé krik !
Yé Krak ! »

C’est alors, qu’une voix roque; vient conter Les Grands Mythes de ce Peuple légendaire.

Forts et fières; déjouant la misère.
Neg Mawon ka goumé;
Neg mawon ja lité.
« libèté ou lanmò ! »
Mi sé sa, yo tout; té ka chanté.

Défenseurs, malgré eux de nos mémoires enlisées.
C’est en nous que sont gravées toutes ses injustes Batailles!

Sonjé… chuchotent t-ils à leurs descendants les jours de réveillons
« libèté ou lanmò » souffle le vent du mois de mai.
Kouté… supplient-ils une main sur la poitrine quand l’autre sèche leurs larmes.

Enchaînés, égarés
Soldats sans lendemain.
Survivants résignés.

Ils regardent impuissants le résultats de ces jours de Grand’Sang.

Était ce le prix de ce chant si poignant?
« libèté ou lanmò… »
Explosion nécessaire?
Sacrifice simplement ?

Yémistikri!
Yémistikra!

Missié Jan-Lwi, Manzel Solitid, Missié Delgres èvè Inyas
Et puis nos frère;
Missié Tousen, Dutty Bookman é Désalinn

Était ce le prix de ce chant si poignant?
« liberté ou lanmou »
Explosion nécessaire?
Sacrifice uniquement ?

À vous, chers guerriers délivreurs;
Qui contre vents et marées
Nous avez légué cette:

Île où Elle sé on fanm doubout
On Poto mitan
île où Eux Ka kouri an chan kann
Ka najé an lanmè, Ka plonjé an riviè
Île où Il sont tous frères, sont tous sœur
Sé on sel é mèm fanmi!

Lyannaj ! Prient-ils sans fin.

« Liberté ou lanmò!
Liberté ou lanmou!
Liberté ou lanmò! »
Haïku Karukera.

Frédérique Jalet

Photo : Memorial Acte de Pointeè-à-Pitre