Orphelin après le crash de 2005, l’artiste Christophe Chassol poursuit une carrière remarquable

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Christophe-Thomas Chassol aime la technique de l’Ultrascore. Une technique qu’il dit n’avoir pas inventé, mais il est le seul aujourd’hui à l’explorer avec talent. Il serait The King de l’Ultrascore !

Christophe Chassol a commencé à jouer de la musique, il n’avait que 4 ans : « J’ai grandi à Paris et je suis un pianiste, compositeur qui fait aussi de la vidéo, enfin des films et donc voilà je suis un artiste ». Voilà comment se définit l’antillais Christophe Chassol lors d’une interview à Nancy en 2013 pour un magazine musical.  Sa dégaine, son air savant-négligé et sa musique expérimentale font qu’on le remarque où qu’il soit.

Il y a douze ans, le musicien de renommée internationale a perdu ses deux parents originaires de Rivière-Salée (commune de la Martinique) dans un dramatique accident d’avion où de nombreux martiniquais ont perdu des parents, des amis ou des proches. On a retrouvé sa trace, son parcours musical est riche « de son héritage », précise-t-il.

À dix-huit ans, Christophe débute une carrière de chef d’orchestre et dirige vingt-quatre musiciens. A 21 ans, il a son propre groupe. Pressé et doué le jeune homme !

En Mai dernier, le martiniquais Christophe Chassol était à la biennale de Venise, invité par son ami et directeur Xavier Veilhan.

Au studio Venezia à la Biennale de Venise, un Pavillon conçu comme un ready-made musical, les artistes invités sont comme chez eux, Christophe Chassol l’explique pour The Inrocks en mai dernier : « En réalité, la nature du projet est surtout d’être vraiment ce lieu où l’on vient, en tant que musicien, faire exactement ce que l’on fait d’ordinaire dans son studio. A ceci près que cette fois, il y a du public à ce moment suspendu où la genèse d’un projet naît sans que l’on sache soi-même vraiment où ça va aller ».

Cette participation à la Biennale de Venise nous donne l’opportunité de redécouvrir un musicien exceptionnel qu’est Christophe Chassol qui porte d’énormes blessures après le tragique accident  en 2005, du vol 708 de la West Caribbean.

Les parents de Christophe Chassol sont morts lors de cet accident aérien, il y a douze ans. Ce crash restera une grande catastrophe pour la population martiniquaise durement éprouvée et choquée encore aujourd’hui.


Le mardi 16 août 2005, un avion McDonnell Douglas MD-82  de la compagnie aérienne colombienne West Caribbean qui vole en direction de la Martinique, s’écrase avec 152 passagers à son bord. Tous les voyageurs étaient des martiniquais partis pour s’amuser au Panama. Après plusieurs heures de retard l’avion décolle de l’aéroport du Panama et plonge dans la région montagneuse à l’Ouest du Vénézuéla, il n’y a aura aucun survivant.

Après son départ de l’aéroport international de Tocumen, à Panama le vol charter affrété par l’agence de voyages Globe Trotters de Rivière Salée (Martinique), ramenait après une semaine de vacances au Panama, les voyageurs martiniquais dont les deux parents de Christophe-Thomas Chassol sur leur île.

Fils d’un saxophoniste, clarinettiste-amateur et chauffeur de bus, le martiniquais Christophe-Thomas Chassol, devenu en 2005 orphelin, continue sa carrière prolifique. Né en 1976 à Meudon (Hauts-de-Seine) , il apprend ses premières notes de musique à 4 ans quand ses parents l’inscrivent au Conservatoire de musique où le petit Christophe étudiera durant 16 ans.

Le jeune français part à Boston pour se perfectionner après avoir obtenu une bourse au Berklee College of Music, une prestigieuse Université en Californie. Christophe-Thomas Chassol a 26 ans. Il en sort diplômé en 2002.

Musicien, l’antillais est aussi un compositeur aguerri qui œuvre aussi pour le cinéma, la télévision ou la publicité. Celui qui, selon la presse, puise son inspiration de Stravinski, de Steve Reich, d’Ennio Morricone, de Miles Davis ou de The Cure est un éminent chef d’orchestre durant huit ans, de 1994 à 2002. On retrouve sa trace sur la piste du groupe du groupe Phoenix, de Sébastien Tellier sur son album Politics en 2004, avec Acid Washed ou Keren Ann.


Retour en 2011. Christophe Chassol, collabore avec Lawrence Clais (ci-dessus) sur son film Nola. Le Film « Nola Chérie » est une production commissionnée par le Musée d’art contemporain de La Nouvelle-Orléans.

Puis, l’artiste-musicien continue ses voyages et ses enregistrements de Calcutta à Bénarès où le martiniquais peaufine son style qu’il définit comme de l’ultrascore. « Son projet musical est le fait d’harmoniser les bruits et sons de la rue, il sample, juxtapose, boucle ainsi de courtes séquences vidéos qu’il accompagne au piano. L’image au service du son » (Notes de passage).

En 2015, Christophe-Thomas Chassol compose l’album « Big Sun », plus qu’un hommage à la Martinique, l’album « conclut une trilogie voyageuse de jazz expérimental désinvolte mais aiguisé, tissé autour de choses vues et entendues à la Nouvelle-Orléans, en Inde et en Martinique, lieu d’origine de sa famille » (LesInrocks).

Le martiniquais est cité pour de nombreuses récompenses : Lauréat de la sélection FAIR et en 2014, Prix Deezer Adami. Encouragé par un proche, le musicien américain Frank Ocean (ci-dessous) l’invite à Abbey Road studio (Royaume Uni) pour le titre U.N.I.T.Y. Christophe particpe alors au dernier Album « Endless »  de Franck Ocean, sorti en 2016 avec en prime, une track list de choix.

Enfin, pour mieux comprendre Christophe-Thomas Chassol, c’est lui qui nous précise dans la presse, toutes ses recherches musicales. En résumé : « Ce que j’essaye de faire est d’utiliser les sons des images elles-mêmes, découvrir la musique de la vraie vie. (Par exemple) Sur « Big Sun », on entend différents oiseaux, un chanteur qui imite des oiseaux, des dominos ou une vieille dame qui fait son marché. Si j’actionne un levier dans mon esprit, je peux entendre la musique dans toute chose. Je connais mon héritage ».

Émouvant, Christophe-Thomas Chassol détaille les minutes passées avec le musicien Franck Ocean (auteur-interprète californien) : « J’ai fait pas mal de choses : les synthés, les arrangements des cordes, les voix, la basse. On a passé du temps à travailler, jouer, faire des percussions et discuter. On a parlé de musique, d’art, de géopolitique, de culture et de culture noire en particulier, tellement de choses… Je n’avais aucune idée de ce qui finirait sur son album. Mais j’ai vraiment apprécié son travail. À certains moments, cela m’a fait monter les larmes aux yeux ».


Dorothée Audibert-Champenois/Facebook C’news Actus Dothy
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