Pessimisme et colère dans le monde agricole aux Antilles Françaises

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DANS MOINS D’UN AN, LES PRIX NE SERONT sans doute PLUS GARANTIS…

Patrick Sellin est le Président de la Chambre d’Agriculture de Guadeloupe, il est également un producteur de canne à sucre. Le mercredi 2 mars, dans le cadre du Salon de l’Agriculture à la Porte de Versailles (Paris), il avait comme invitée,  la Ministre des Outremer, George Pau Langevin. L’occasion pour lui d’évoquer devant la presse, les difficultés des agriculteurs antillais, qui tempêtent contre la prochaine échéance des quotas sur la production sucrière. Pour notre magazine, Patrick Sellin, explique, pourquoi il faut protéger la filière de la banane et sucrière de la Guadeloupe et de la Martinique dans la zone Caraïbe.

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Comme à la Réunion, la fin programmée des quotas dans la filière sucrière inquiète les exploitants, les usiniers et leurs employés. En effet, en janvier dernier, la signature de la Convention sucre fixait le prix de la canne à sucre pour les deux campagnes à venir, c’est-à-dire, les années 2016 et 2017. Dans moins d’un an, les prix ne seront plus garantis, les exploitants sont pessimistes, en plus, et à cause de la sécheresse, ils craignent une chute de l’exploitation de la canne en Guadeloupe avec un tonnage à moins de 24% par apport à l’année 2015.

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Dans ce contexte difficile, le Président de la Chambre d’Agriculture a alerté George Pau Langevin. La Ministre, a entendu et rassuré le représentant guadeloupéen. Elle a surtout insisté sur la volonté du Gouvernement, de maintenir les aides européennes pour le développement agricole en Outremer. Mais Patrick Sellin, veut aller plus loin, tout en reconnaissant que les fonctionnaires de l’État sont disponibles et les écoutent, il demande qu’on prennent plus en compte leurs doléances, il y a des questions qui ne sont pas réglées. Ne pas prendre en compte les problèmes de l’agriculture met en danger plus de 30 000 personnes qui travaillent dans cette branche, dit-il.

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En attendant que l’État revoit des engagements qui pénalisent la filière agricole. Ils s’organisent et structurent les filières de la banane selon les directives européennes. C’est en étudiant les besoins de la population et du marché local qu’il a fait la démarche de développer des petites structures agricultures familiales. ce sont 80 % des exploitants guadeloupéens. Mais ces organisations professionnelles représentent à peine 40% de la production totale en Guadeloupe. Et beaucoup on une marge bénéficiaire faibles.

La cause, des engagements européens qui tuent de façon chronique le monde agricole aux Antilles françaises.

Le Président de la Chambre d’agriculture, les professionnels sur place souffrent d’une concurrence déloyale face aux autres pays dans la zone Caraïbe.
La faute au partenariat que l’Europe et la France a signé dans la zone, les produits français sont pénalisés, parce que plus chers. D’autre part, les agriculteurs comme le Brésil ou la Colombie utilisent des produits interdits aux Antilles françaises, qu’ils s’autorisent dans leurs exploitations. Les bananes qui arrivent sur les marchés guadeloupéens et martiniquais sont riches en pesticide. Pour lui il serait nécessaire de faire jouer la préférence communautaire pour aider les exploitants dans la zone Caraïbe.

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Mais, pour Patrick Sellin et les membres de la Chambre d’agriculture, il ne s’agit pas seulement d’être rentable, et la Chambre agricole c’est aussi donner plusieurs missions dont celle de protéger la population. Selon lui, le chlordécone utilisé très longtemps a été un piège pour les agriculteurs. Aujourd’hui, les gens meurent aux Antilles de différents cancers, à cause de ce pesticide, et il faut absolument protéger la population donc interdire les produits cultivés grâce à ces substances chimiques.

C’est le même problème pour le sucre. Des accords spéciaux que l’Europe a signé avec la Corée pénalisent la filière sucrière. Les professionnels là aussi se battent pour exclure ces additifs dans l’alimentation.

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Comme les membres à la Chambre d’agriculture, le Président Patrick Sellin croit au développement de l’agriculture locale dans les deux îles. Des niches qui permettront d’être plus de productifs sont envisageables. Exemple sur le stand de la Chambre d’agriculture , le guadeloupéen est venu avec de la patate douce, un légume beaucoup consommé en Guadeloupe comme en Martinique.

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Pour que les exploitants, en structures familiales, puissent vivre de leur récolte, il faut mettre fin à la concurrence déloyale que subit le monde agricole martiniquais et guadeloupéen, conclut le Président Patrick Sellin. « Une population qui compte 82% de smicards, comment peut-elle acheter nos produits qui sont plus chers que ceux des autres pays de la zone Caraïbe,  même si les antillais sont fiers de leur Pays, quand il s’agit de débourser, ils vont préférer le produit le moins cher ! ».

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Les derniers mots du Président Patrick Sellin, il les réserve aux jeunes. La profession agricole doit retrouver sa noblesse pour éviter que les jeunes guadeloupéens partent en métropole par fatalité. L’agriculture, selon lui doit jouer un rôle social. Patrick Sellin, reconduit comme Président en juillet 2015, termine en précisant la feuille de route de la Chambre d’Agriculture de Guadeloupe. Une organisation qui s’inscrit dans une triple performance, économique, social et environnemental.

Dorothée Audibert-Champenois

Ecoutez Le Président de la Chambre d’Agriculture de la Guadeloupe. Patrick Sellin est au micro de Dorothée Audibert-Champenois : Il parle de l’ouverture du marché de la banane vers l’Afrique et donne son point de vue quant au marché caribéen :

Photos DothyA-Ch.