Raphaël Confiant au cœur d’un scandal universitaire en Guyane !

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Les guyanais ne seraient pas assez qualifiés pour être universitaires, selon Raphaël Confiant. Du moins, c’est que le Doyen de la Faculté des Lettres de l’UAG a écrit noir sur blanc dans un courrier privé adressé au journaliste guadeloupéen Danik Zandwonis.

Dans un contexte de conflit entre l’intersyndicale universitaire et le Campus du Troubiran, pôle universitaire de Guyane, dont l’origine remonte au retrait de la Licence professionnelle de protection de l’environnement et s’est amplifié peu à peu sur fond de revendications et de grèves, la fuite de cette missive fait l’effet d’une bombe surtout lorsqu’elle précise que les « Guyanais sont une bande de racistes qui ne veulent pas voir d’Antillais ou d’Africains. Les seules personnes qu’ils acceptent ce sont les Métros et les Brésiliens parce que leur peau est plus claire et leurs cheveux sont lisses ».

Voici la traduction de la lettre, écrite en créole, par Raphaël Confiant au journaliste Danik Zandwonis

Danik,

Non, le président n’est dépassé en aucune manière. C’est la première fois qu’un président de l’UAG se déplace en Guyane avec des propositions sérieuses afin de « redéployer les postes ».

Ce qui veut dire que les Pôles Martiniquais et Guadeloupéen de l’UAG ont « lâché » des postes pour la Guyane et moi-même, en tant que Doyen de la Faculté des Lettres, j’en ai « lâché » trois.

Mais le problème est que ces idiots de Guyanais croient qu’ils vont avoir ces postes. Pff ! Il y a une procédure pour devenir universitaire dans le systeme français, qui comprend cinq étapes : doctorat + qualification + postuler pour un poste + être sélectionné parmi les candidatures + passer une audition (devant une commission d’audition).

La première étape est d’abord d’avoir un doctorat, mais il n’y a pas de Guyanais qui en a un, et tous les postes que l’on va leur offrir, ce sont des Métros qui vont y postuler et les obtenir.

Il n’y a pas d’histoire de préférence locale dans le recrutement universitaire. Il n’y a même de préférence nationale, avec cette histoire d’Europe. Le Doyen de la Faculté des Sciences de la Martinique, Maximilian Hassler est… Allemand.

Ces Créoles Guyanais sont une bande d’imbéciles-racistes qui s’organisent pour faire licencier René Dorville (Doyen de la Fac de Guyane) parce qu’il est Guadeloupéen et Jean-Marie Fotsing (président du Pôle Guyane) parce qu’il est Africain.

Ce qu’il faut savoir, c’est que ce sont les enseignants du Pôle Guyane eux-mêmes qui l’ont élu et que ni Mencé-Caster, ni Fioraso ne peuvent démissionner.

Il y a un discours anti-antillais et anti-africain tellement fort en Guyane que le Préfet a décidé de déloger le Président et son staff (dont deux Guadeloupéens : Dider Bernard et Jacky Nayaraninssamy) pour les loger dans… une caserne militaire !!! Pourquoi ? Parce que leur sécurité n’était pas garantie dans l’hôtel (où ils étaient). Pour repartir à l’aéroport, le Préfet leur a donné une protection rapprochée sur la route !!

Ces Guyanais sont une bande de racistes qui ne veulent pas voir d’Antillais ou d’Africains. Les seules personnes qu’ils acceptent ce sont les Métros et les Brésiliens parce que leur peau est plus claire et leurs cheveux sont lisses.

Afarel. « 

La réaction de Rodolphe Alexandre , le président de la Région Guyane, ne s’est pas faite attendre. Et c’est d’ailleurs le service de communication de l’instance qui a pris parti de diffuser publiquement la lettre rédigée en créole. Il est intervenu à cet effet ce lundi 14 octobre, lors de l’assemblée générale du pôle universitaire, pour condamner les propos de Confiant jugés orduriers.  La polémique s’empare de toutes les instances la Mairie de Cayenne, le Parti Socialiste Guyanais, et condamnent fermement les propos de l’homme de lettres martiniquais. Raphaël Confiant, a immédiatement utiliser son droit de réponse sur son site montray kréyol au vu de l’ampleur qu’à pris le problème, tombé dans le domaine public :

La crise qui affecte depuis bientôt une semaine le Pôle universitaire guyanais aurait été, semble-t-il, aggravée par un courriel privé que j’ai adressé à la dizaine de membres d’un groupe de discussion, courriel, rédigé en créole, qui a été transféré à un membre extérieur du groupe lequel a cru bon de le diffuser partout. Par le miracle (diabolique) de l’Internet, un message privé devient ainsi un message public. Du coup, des élus guyanais se sont indignés de mes propos. Je les comprends: ils ont le devoir de défendre leur territoire et leur population. La presse locale en a fait à son tour des choux gras. Je la comprends: il n’y a, dans nos pays, guère de quoi alimenter gros titres et autres scoops.

Ce qui, toutefois, me rassure c’est que mes amis guyanais ou ceux d’entre les Guyanais avec qui j’ai eu à collaborer au cours des vingt dernières années, savent que ce message (privé) ne s’en prenait absolument pas à l’ensemble des Guyanais, mais bien à une minorité qui utilise, sans jamais l’avouer, la même rhétorique qu’un certain Jules Linguet, auteur d’un ouvrage qui normalement (si nos pays n’étaient pas des colonies, je veux dire) aurait dû tomber sous le coup de la loi. Développant une logorrhée violemment anti-martiniquaise («aliénés», «dégénérés», «prédateurs» etc.), cet ouvrage est pourtant recommandé sur les sites-web de certains partis politiques guyanais. Ses élucubrations sont, hélas, répandues par certaines personnes qui n’ont toutefois pas le courage de les assumer publiquement. C’est leur problème! Moi, j’assume toujours ce que je dis et j’écris et cela quelles qu’en soient les conséquences. J’assume donc totalement le fait d’avoir réagi avec une colère, sans doute excessive, à la lecture de l’ouvrage xénophobe et raciste de Jules Linguet, mais je sais que mes vrais amis guyanais savent très bien qui je suis:

j’ai dispensé, alors que rien ne m’y contraignait–et cela des années durant–des cours en Licence et Maitrise de Langues et Cultures Régionales à Cayenne dans le cadre de la Formation continue;

j’ai collaboré, sans y être contraint, à de nombreux stages de formation continue, toujours à Cayenne, afin de former des professeurs de FLE (Français Langue Etrangère) en vue d’une collaboration avec les états brésiliens de l’Amapa et du Para. Ces stages étaient organisés par l’ISEF (Institut Supérieur d’Etudes Francophones) de la Faculté des Lettres et Sciences humaines de la Martinique;

spécialiste de littérature créole, j’ai beaucoup travaillé sur des auteurs créolophones tels que Parépou ou Verderosa;
en tant que doyen de la Faculté des Lettres et Sciences humaines de la Martinique, j’ai été l’un des premiers, lorsque la question du redéploiement des postes vers la Guyane a été posée, à proposer d’en mettre à la disposition de ce dernier à condition que les autres composantes de l’UAG en fassent de même.

Utiliser donc un simple mail privé, bien sûr empreint de colère, pour traiter d’un problème aussi sérieux que le devenir de l’UAG n’est pas…sérieux. Cela revient à se cacher pour ne pas aborder le vrai problème et le vrai problème en l’occurrence est de savoir si les universitaires des trois pôles de l’UAG sont d’accord pour se mettre autour d’une table afin de construire un nouveau devenir pour notre université ou si, au contraire, ils préfèrent sa partition et son éclatement en trois micro-universités qui n’auraient aucun rayonnement ni au plan sud-américain ni au plan caribéen et encore moins au plan mondial. Exiger le départ ou la démission de tel ou tel universitaire du pôle Guyane au motif (toujours non avoué) de son origine ethnique ou géographique, voilà le vrai scandale ! Que l’on conteste la gestion de X ou Y, que l’on veuille l’amener à rectifier le tir, je suis entièrement d’accord, mais refuser toute discussion avec eux au nom d’une « préférence régionale » (encore non avouée mais bien réelle !) n’est pas acceptable. Jusqu’à preuve du contraire, nos trois pays vivent encore dans un état de droit et cela par la volonté électorale de nos trois peuples. Chacun sait que je n’approuve pas cette volonté et que j’ai été amené à traiter les Martiniquais avec des termes dix fois pires que ceux que j’ai utilisés dans mon mail privé à propos des Guyanais. Mes compatriotes ont fort bien compris que je ne m’adressais pas à l’ensemble d’entre eux et seuls ceux qui se sentaient visés m’ont cloué au pilori. Ce qui ne m’a fait ni chaud ni froid.

Il faut qu’on arrête de jouer. Je dis stop ! On ne peut pas se réclamer guyanais, martiniquais ou guadeloupéen quand ça nous arrange et se réclamer français quand ça nous arrange. Il faut arrêter de jouer sur tous les tableaux et bannir définitivement les théories linguetistes, surtout quand on est trop pleutre pour les assumer ouvertement.

RAPHAEL CONFIANT

La lettre en Créole rédigée par Raphaël Confiant

Danik,
Awa, prézidant-la pa dépasé AN PON JAN ! Sé prèmié fwa on prézidan a l’UAG ka vin Guiyàn èvè on séri popozision pou « redéployer les postes ».

Kivédi Pol Matinik é Pol Gwadloup a l’UAG lagé pos ba la Guiyàn é mwen menm, kon dwayen Lafak dé Let, an lagé 3 pos.
Mé ou sav vré pwoblem-la, sé ki biten : sé tèbè Guiyanè-la konpwann sé yo ké trapé sé pos-lasa.

Pff ! Ni on « procédure » pou vin inivèsitè adan sistem fwansé la ki ni 5 étap : doktora + kalifikasion + postilé asi on pos + trapé on séleksion adan sé kandida-la + fè on « audition » (pasé douvan on « commission d’audition »).?

Prèmié étap-la, sé dabò-pou-yonn trapé on doktora, men lè ou gadé pa ni Guiyanè ki ni sa é TOUT SE POS-LA nou ké ofè sa, sé Métro ki ké postilé é sé yo ki ké trapé yo. Pa ni zafè « préférence locale » adan rèkritman a inivèsité. Pa menm ni « préférence nationale » èvè zafè a l’EWOP la. Dwayen a Lafak dé Sians a Matinik, Maximilian Hassler, sé on…Alman.

Sé Kréyol guiyanè-la sé on bann enbésil-rasis ki met an wout pou déchouké René Dorville (dwayen a Fak Guiyàn) davwa i Gwadloupéyen é Jean-Marie Fotsing (prézidan a Pol Guiyàn) davwa i Afriken.

Sa fo ou sav sé kè sé sé anségnan a Pol Guiyàn la YO MENM ki éli sé mésié é kè ni Mencé-Caster ni FIORASO pa ni dwa démisioné yo.

Fo savé sa ! Ni on diskou anti-antiyé é anti-afriken telman red an Guiyàn kè Préfé-la désidé woté Prézidant-la èvè « staff » a’y (‘adan’y ni 2 Gwadloupéyen : Didier Bernard et Jacky Nayaraninssamy) pou lojé yo adan on… »caserne militaire » !!! Pouki ? Davwa sékirité a yo pa té garanti adan lotel-la. Pou té woupati laéwopò, préfè-la ba yo on pwoteksion rapwoché asi wout-la !!!?

Wouli bien mel-lasa pou vwè jan sa GRAV ! Sé Guiyanè-la sé on bann rasis ki pa vlé vwè ni Antiyé ni Afriken ni Ayisien. Sel moun yo ka asepté sé Métro é Brézilien paskè po a yo klè é chivé a yo plat !?

Afarel*

Photo : Catherine Le Pelletier