Suzanne Roussi Césaire : « grande résistante culturelle qui fascine et inspire »

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Suzanne Roussi Césaire, intellectuelle progressiste engagée, militante de l’antillanité, une femme brillante et belle, qui fut le port-flamme de sa génération. Portrait en ce 08 mars 2013 qui marque la 103ème journée de la femme dont le thème est « la Femme et le Pouvoir » .

Suzanne Roussi (Roussy) est née le 11 août 1915 en Martinique. Elle fait ses études à Toulouse et à Paris, où elle rencontre le jeune Aimé Césaire, avec qui elle travaille à la rédaction de la revue L’Etudiant noir. Le couple, marié en 1937, aura six enfants. En 1941, à Fort-de-France, avec la collaboration de René Ménil et d’Astride Maugée, Suzanne et Aimé Césaire fondent la revue culturelle Tropiques. C’est pour cette revue que Suzanne Césaire écrit les seuls essais qu’elle a publiés – sept textes au total.

Les premiers essais de 1941 traitent des influences européennes, notamment celles de l’ethnologue allemand Léo Frobenius et du surréaliste André Breton. Dès son quatrième article « Misère d’une poésie », publié en 1942, Suzanne Césaire établit les fondations d’une nouvelle littérature d’identité martiniquaise, fortement distincte de la perspective qu’offre l’ancien continent sur les îles. Par la suite, dans « Malaise d’une civilisation », elle avertit les Martiniquais des dangers de l’assimilation et conseille à ses lecteurs de reconnaître « toutes les forces vives mêlées sur cette terre où la race est le résultat du brassage le plus continu ». Suzanne Césaire rappelle aussi la dette du mouvement surréaliste envers ses pratiquants extra-hexagonaux dans son essai « 1943 : Le Surréalisme et nous », qui s’approprie le surréalisme comme arme de choix d’une poésie martiniquaise. Dans ses écrits, Suzanne Césaire prévoit une Caraïbe multiethnique et dynamique, une vision qui culmine dans son dernier essai, « Le Grand Camouflage ». Celui-ci examine les origines historiques, sociologiques, et économiques d’une Martinique multiple et invite ses lecteurs à inventer une littérature nouvelle.

Après la guerre, Suzanne Césaire retourne à Paris avec son mari, élu député du nouveau département à l’Assemblée Nationale. Enseignante, elle continuera à travailler dans le domaine culturel et adaptera une nouvelle de Lafcadio Hearn (Youma, The Story of a West-Indian Slave, 1890) pour un groupe théâtral martiniquais en 1952. Cette pièce, intitulée Aurore de la liberté, traite de la révolte noire en Martinique de mai 1848. Mis en scène par un groupe amateur, le texte n’a jamais été publié.

Suzanne Césaire se sépare de son mari en 1963 et meurt trois ans plus tard, à l’âge de 50 ans. Les traces de son influence restent visibles dans l’œuvre de maints auteurs contemporains, dont Daniel Maximin et Édouard Glissant. Sa vision d’une littérature antillaise ancrée dans une terre qui fait partie de ce peuple « aux quatre races et aux douzaines de sang », son refus de l’exotisme littéraire, et sa reconnaissance des relations dynamiques et interculturelles en jeu aux Antilles continuent à fasciner et à inspirer.

Source : feobus.blog.net

Photo : google.fr