Thierry Dol : Après la liberté l’ex-otage veut la vérité

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Un sentiment d’abandon. Quand on arrive dans l’immense parc du Tronchet à Meudon-la-Forêt, l’envie vous porte vers ce petit arbre qui continue à pousser. L’Arbre de la Liberté, tout le monde le connaît. Ce symbole de liberté était sans doute pour Thierry Dol l’empreinte d’un nouveau départ, une liberté retrouvée après 1139 jours de captivité.

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Nous sommes le samedi 15 septembre 2012, il est 12h30. La famille Dol, un comité de soutien, avec en tête d’anciens otages comme Florence Aubenas, Jean-Louis Normandin, Hervé Guesquière, et le maire de la commune de Meudon Hervé Marseille, plantent : l’Arbre de la Liberté.

Cette liberté, Thierry Dol l’ex-otage d’origine martiniquaise l’a obtenue mais, paradoxe, 5 ans après son enlèvement, l’ex-otage envisage des poursuites à l’encontre de son employeur Aréva et contre l’Etat français. Une première dans les faits de prises d’otages.

Retour accéléré sur des événements malheureux qui ont conduits le jeune franciscain sous les projecteurs.

En 2005, après des études d’ingénieur, Thierry Dol est embauché par Vinci, le géant de la construction. En 2008, il part pour l’Afrique, il travaille comme conducteur de travaux pour Sogea-Satom, une filiale d’Areva. La société française Areva exploite au Niger, la mine géante d’Imouraren. Ce qui ne profite pas à la population; la République du Niger occupe la dernière place au classement de l’indice de développement humain (IDH) d’après les chiffres du Programme des Nations Unies pour le Développement. Le pays d’autre part, est dans une grande instabilité politique. En 2010, La rébellion Touareg menace le pouvoir nigérien. La sécurité des employés français étant assurée par une société privée, elle s’est vite renforcée. Thierry Dol, se sent de plus en plus menacé et veut rentrer en France. Il est marié à une Burkinabé depuis 2007, et souhaite enfin, rejoindre sa femme en Ile-de-France.

En attendant son prochain retour en France, il forme son successeur.

Mais malheureusement dans la nuit du 15 au 16 septembre 2010, il est kidnappé par des membres d’Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi), en compagnie de 6 autres employés. Ils sont 3 français désormais : les Otages du Niger.

Dès l’annonce de son enlèvement les soutiens dans toute la France et en Outre-mer s’organisent. Plus particulièrement en Martinique, dans sa commune natale, le François. Des comités se mobilisent pour demander sa libération. Bien qu’entourés d’élus , d’anonymes, de personnalités politiques françaises, les parents Alex et Marie-José Dol s’inquiètent pour leur fils unique.

Après trois ans de captivité, les mains attachés, les yeux bandés, les otages français qui vivaient et dormaient à même le sols, sont libres. Les 3 hommes ont vécus trois ans, un mois et 16 jours dans le désert malien.

Thierry Dol, pantalon marron, lunettes de soleil et grand sourire au lèvre, l’ex-otage au Sahel est libéré le 29 octobre 2013. Les ex-otages d’Arlit sont accueillis par le Président François Hollande et le Ministre des Affaires Étrangères Laurent Fabius, à l’aéroport de Roissy. Quelques jours après, le 08 novembre, il est accueilli en « superstar » sur son île natale.

J’éprouve une reconnaissance éternelle envers mes compatriotes martiniquais qui ne m’ont jamais oublié et qui m’ont témoigné toute leur affection, leur solidarité, mais en même temps, j’ai la crainte de me confronter au monde. Il a changé si loin de moi …Thierry Dol

Un an après sa libération, son avocat Me Ursulet, résumait sa situation d’ex-otage dans ces termes :

Sa vie intime, personnelle, est à reconstruire. Il aimerait tant retrouver son travail et sa place, s’installer quelque part et se faire oublier, redevenir celui qu’il était avant, juste un jeune ingénieur martiniquais qui, jusque-là, avait réussi sa vie.

Deux ans plus tard, cette liberté si difficilement retrouvée, l’ingénieur ne peut en profiter. Toujours, selon son avocat, Il envisage de porter plainte contre Areva pour non-assistance à personne en danger et à l’Etat, il demande le « droit de se reconstruire ». Car dit-Il, « je ne veux plus être l’otage de personne ». Il espère connaître ainsi ce qui a mené à son enlèvement… et à sa libération.

Dorothée Audibert-Champenois