Une jeune comédienne guadeloupéenne incarne Charlotte dans Dom Juan de Molière au Théâtre la Tempête à Vincennes

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Ce premier contrat de comédienne professionnelle du 17 mars au 17 avril, l’a hissé durant un mois au rang des grandes comédiennes. 20160414_230540

Anne Coutureau, le metteur en scène de ce magistral Dom Juan a misé sur cette jeune guadeloupéenne de 19 ans, dans une composition théâtrale étonnante. Une salle comble est venue l’applaudir, ce jeudi 14 avril au Théâtre Tempête à la Cartoucherie de Vincennes.

Il y a 350 ans, Molière écrivait cette œuvre à toute vitesse. Dans le même temps, était interdit son autre chef d’œuvre Tartuffe. Pressé, c’est aussi le parti pris d’Anne Coutureau qui transpose la pièce de Jean-Baptiste Poquelin dit Molière, dans une société contemporaine, où tout se joue dans l’urgence. La recherche effrénée de l’amour et du désir insatiable dans une grande désinvolture, mêlés à une fragilité cachée du personnage de Dom Juan, qu’incarne avec aisance Florent Guyot. Un drame de l’existence qui nous plonge en plein XXIème siècle.

Tout le paradoxe du mâle dominant est ici, durant deux heures et sans entracte. Au fil des actes et des décors extrêmement réalistes, jusqu’à reproduire une forêt brumeuse qui nous perd et qui nous égare comme Dom Juan. L’espiègle Sganarelle (Tigran Mekhitarian) tantôt admiratif tantôt censeur esquisse, quand il le peut, une certaine moralité.

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Forcé le destin, attendre le châtiment, le défier et mourir, c’est tout simplement l’existence affolante de Dom Juan. C’est l’angoisse que vit l’homme quand il affronte son destin ! La chute, est une image christique magnifique et impressionnante qui ne nous lâche plus, jusqu’au soulagement.

Alison

Dans ce tourbillon, Charlotte (Alison Valence), la petite Guadeloupéenne, est une paysanne dont Pierrot (paysan aussi) est amoureux, un sort joué d’avance, elle ne connaît que lui et ce monde de le paysannerie. Mais en transposant cet acte dans l’espace contemporain, Anne Coutureau a réussi à signifier, comme un clin d’œil, les problèmes identitaires des communautés dites invisibles en France. On est dans une banlieue en métropole, tout y est, les tags sur les murs, un homme le poing levé sur la scène, crie sa révolte. Et voilà la jeune issue de l’immigration antillaise, Charlotte, jupe à fleurs, blouson en blue-jean, qui taquine le courroux de son gentil voisin de la Cité. Mais outrage, elle sera séduite par l’homme blanc, Dom Juan, charmeur et si beau parleur.

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« Alison a toujours voulu être sur scène ». Encore sous l’effet euphorisant du spectacle, elle prend le temps de nous parler. Tout sourire malgré toute cette concentration théâtrale, la jeune débutante est une fan des planches depuis toujours.
Son rêve, quand elle est encore une toute petite Alison qui adore la danse, « est de travailler dans l’Art, chanteuse, comédienne, voire même directrice d’une école d’Art », même si la jeune fille ignore le contenu d’un tel titre !

Alison Valence est Marie-Galantaise, une île qui dépend de l’Archipel guadeloupéen dans la Caraïbe francophone.
Elle commence le théâtre en primaire, au collège, puis c’est au lycée qu’elle y pense plus sérieusement. Alison Valence intègre une école dans le XI ème arrondissement de Paris : le Laboratoire de l’Acteur pendant deux ans. Ensuite ce sera le Conservatoire du XV ème à Paris.
Elle nous raconte comment le Metteur en scène, Anne Coutureau l’a retenu pour le rôle de Charlotte dans cette production étonnante de Dom Juan.

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Avec son regard de jeune professionnelle, elle nous dit qu’ « Anne a voulu exprimer sa vision du monde contemporain qui se retrouve assez peu dans le spectacle vivant, au cinéma, au théâtre ». Selon la jeune fille, « même si il y a un engouement pour les jeunes de banlieue, c’est toujours très rare de les voir sur scène ».
Sa rencontre avec Tigran Mekhitarian (Sganarel), sera déterminante pour la suite. Acteur dans un groupe le «  Premier acte », Alison est approché par Tigran, lequel est déjà en piste pour la pièce d’Anne Coutureau qui a ouvert son casting. Alison est retenue, elle sera Charlotte.

Une expérience qui comble la jeune comédienne de théâtre. Elle loue le sens de la convivialité et du partage avec ses aînés et collègues. Alison, malgré son jeune âge est déjà confrontée à la question de la représentativité, elle ne s’en laisse pas compter pour autant. Et, « malgré les obstacles que cet « îlot de la diversité » rencontre dans le monde artistique, et qui font les gros titres des médias, les jeunes ultramarins n’ont qu’une idée en tête, ils veulent réussir dans ce domaine là. Ils sont d’ailleurs de plus en plus nombreux à s’inscrire dans de grandes écoles nationales et en sortent encore plus motivés ». Son parcours, elle en parle sans détour, il est brillant.

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Alison Valence est en formation de comédienne, dans le département de la « Classe libre », dans une grande école française de Théâtre, au Cours Florent.

C’est en réussissant au concours d’entrée qu’elle franchit les portes de la « Classe libre », une école privée de renommée mondiale. Seuls sont gratuits pendant deux ans, les cours de « Classe libre », accessibles sur concours. Chaque année parmi les deux milles candidatures seulement vingt futurs comédiens sont retenus. Ils sont suivis par des professionnels les plus talentueux du monde du spectacle, qui les mettent également en scène.
Le jour, Alison est au cours (répétitions et ateliers) et le soir « Mademoiselle » est sur scène ou aux spectacles. Alison Valence jongle entre les castings.

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Ce Lundi 18 avril, Alison a pris le train, direction la Rochelle pour une autre aventure. Dans la Résidence au Centre Inter monde une autre pièce de Théâtre l’attend. Elle commence les répétitions de « La loi de la Gravité », une pièce mise en scène par Anthony Thibault, un texte écrit par Olivier Sylvestre. La Première est prévue pour le mois de mars 2018 au Théâtre de la Loge à Paris.
La jeune fille met en option le théâtre d’Avignon avec un autre texte contemporain « Ogres » de Yann Verburgh, un voyage autour de l’homophobie dans le monde. La Générale est prévue en Octobre, mais peut-être, des lectures de ce texte seront dites à « Hautes Voix » au Festival d’Avignon au mois de Juillet. (Dorothée Audibert-Champenois)

On écoute Alison Valence, la comédienne explique la part d’antillanité qu’elle donne au spectacle, quand elle joue Charlotte dans Dom Juan mis en scène par Anne Coutureau : (Alison Valence, au micro de Dorothée Audibert-Champenois)

photos Dothy A-Ch.