Une lycéenne interpelée dans sa classe en Guadeloupe

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[Mise à jour le 31 janvier 2013]

Suite à l’arrestation de la lycéenne de Providence en Guadeloupe trois élèves avaient été exclues de l’établissement. Un collectif d’avocats, créé pour les défendre a obtenu la réintégration des jeunes filles au lycée ce 31 janvier 2013. « Rebelle be bad » a annoncé la bonne nouvelle sur son mur :

VICTOIRE ! VICTOIRE ! VICTOIRE !
POUL PÉKÉ JEN NI RÉZON DOUVAN RAVÈT ANKÒ !
Le recteur – celui qui a menti salement lundi, celui qui a calomnié Rebelle ! et Isaline – vient de donner à l’administration de Providence l’ordre de réintégrer Isaline et Tadjah, ainsi que Malika. Demain elles reviennent en cours et les conseils de discipline sont annulés. Nous avons gagné. Encore une fois.
Merci aux avocats, merci à Combat ouvrier, à la FSU, à la CGTG, au SGEN CFDT, à KAP Gwadloup, au FKNG et à toutes les organisations qui nous ont soutenus : LA SOLIDARITÉ PAYE !
Cela fait quatre ans et demi qu’on existe et qu’ils essayent de nous faire taire. Onze attaques juridiques ou administratives ont été lancées contre nous, des dizaines d’élèves ont été menacés de renvoi, des vigiles nous ont attaqués, nous avons été chargés sans raison par la police à deux reprises. Et nous sommes toujours là.
Trois recteurs qui avaient refusé de nous parler sont passés par notre île. Et nous sommes toujours là.
KITAN ZOT KÉ KONPWANN ? PROCHÈNN FWA-LA : RÉPONN LÈ NOU KA KRYÉ ZOT !

[Article publié le 30 janvier 2013]

Une élève du lycée de Providence en Guadeloupe a été conduite au commissariat central de Pointe-à-Pitre la semaine dernière pour « trouble à l’ordre public ». L’élève avait refusé de retirer le pin’s « rebelle » qu’elle portait.

Mais que s’est-il passé vendredi 25 janvier 2013 au lycée de Providence situé aux Abymes en Guadeloupe ? Une élève de première a été interpelée dans sa classe par la police à la demande du chef d’établissement. Quatre policiers ont embarqué la jeune fille sans ménagement. La direction craignait-elle un bain de sang pour agir de la sorte ? La communauté scolaire était-elle sous la menace d’une forcenée ? Loin s’en faut, sauf à penser qu’un pin’s puisse devenir une arme de destruction massive par destination. Car c’est bien là l’origine de l’affaire.

Ce jour-là, la jeune fille mineure entre dans son établissement affublée d’un badge à l’effigie d’une association de jeunes gens éditant un journal, le journal Rebelle, qui depuis plusieurs mois dénonce les comportements autoritaristes de certains chefs d’établissement dans l’archipel guadeloupéen. Que dénoncent-ils ? La présence de rats dans certains lycées, l’interdiction de porter des locks ou des vanilles (tresses), l’interdiction pour les filles de porter des vêtements coupés au dessus des genoux, des renvois autoritaires et sans ménagement d’élèves, des refus de réinscrire des élèves dans leur établissement pour des prétextes fallacieux, des tentatives d’intimidation. Bref, ils dénoncent des abus d’autorité et une liberté d’expression bafouée.

Cette affaire a fait grand bruit dans notre petite académie au point que le Recteur s’est senti dans l’obligation de convoquer la presse pour expliquer et justifier, pour ne pas dire couvrir, le comportement de la proviseure. Il a lu un texte (l’avait-il écrit lui-même ?)qui disait en substance que l’élève arborait le badge d’un groupuscule d’extrême gauche dangereux, connu pour ses agissements violents. Il ajoute que lorsque le professeur puis la direction ont demandé à la jeune fille de retirer ce badge, elle a violemment refusé et que cette violence, émanant d’une récidiviste, risquait de mettre en péril l’ordre public. C’est pourquoi la police a dû intervenir. Suite à cela, la chef d’établissement a décrété la fermeture du lycée le lendemain et le lundi suivant.

En attendant, la jeune fille embarquée au poste, qui y a passé la matinée, a été renvoyée huit jours tout comme les camarades qui ont osé la soutenir. Un conseil de discipline a été convoqué, vraisemblablement dans l’objectif de la renvoyer définitivement.
Plusieurs syndicats ont dénoncé cette situation car, en plus d’être ridicule, elle est assez significative des brimades subies par des jeunes gens qui n’ont qu’un seul objectif, améliorer la société dans laquelle ils vivent. Pouvoir étudier dans des locaux salubres, pouvoir étudier avec la coiffure et les vêtements qui leur plaisent, pouvoir exprimer leurs points de vue, pouvoir diffuser un journal lycéen. Mais pour cela, encore faudrait-il que l’encadrement de certains établissements ne se perçoive comme étant « de droit divin », ce qui reste malheureusement encore trop souvent le cas chez nous.

Lionel Lorrain, Académie de la Guadeloupe