USA – « Barracoon » : Le témoignage inédit et douloureux du dernier africain capturé et vendu comme esclave aux USA

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Oluale Kossola, le dernier esclave noir des Etats-Unis, rêvait désespérément qu’il ne serait pas oublié. Zora Neale Hurston, une écrivaine noire-américaine l’a entendu. Le récit de l’ancien esclave a été écrit par Zora Neale Hurston, née en Alabama le 7 janvier 1891, morte en 1960 en Floride. Le roman autobiographique d’Oluale Kossola (en réalité Cudjo Lewis) est inédit, écrit à la première personne, il est bouleversant de familiarité et chargé de violence et d’espoir.

Oluale Kossola, né en 1841, fut enchaîné avant l’âge de 21 ans alors qu’il vivait dans un village d’Afrique de l’Ouest. Zora Neale Hurston, sentant la fin du vieil homme, s’est activée pour écrire son histoire, Oluale Kossola avait 86 ans.

Le livre paru aux éditions Amistad, le 25 mai 2018, s’intitule  « Barracoon : L’histoire du dernier « Black Cargo » en anglais : « Barracoon : The Story of the Last « Black Cargo. »

 

Il est extrêmement rare de lire Les témoignages d’africains, arrivés sur les côtes américaines, transformés en objets à vendre. Zora Neale Hurston, s’est fait connaître pas ses écrits qui ont donné une voix à la culture noire, elle a centré sa carrière sur la vie des Noirs dans le sud des États-Unis avant de mourir pauvrement le 28 janvier 1960.

Lors d’un voyage dans la baie de l’Alabama, Zora Neale Hurston a rencontré un ancien esclave connu sous le nom d’Oluale Kossola. Il était le dernier survivant des Africains kidnappés en Afrique de l’Ouest, arrivés et vendus sur les côtes américaines. L’anthropologue a interrogé le vieil homme pendant trois mois, en notants dans ces petits carnets son histoire pour en faire un roman autobiographique. En 1927, dans la petite cabane d’Oluale Kossola, elle a écouté, entendu la tragique histoire de l’africain déjà fatigué et usé.

Bien que la publication de l’histoire d’Oluale Kossola (Cudjo Lewis) ait été dévoilée très tard, après la mort de l’écrivaine Zora Neale Hurston, le roman autobiographique, écrit à la première personne reste un témoignage unique sur l’histoire traumatisante,  l’horreur et les injustices de l’esclavage pendant la traite négrière dans le Sud des Etats-Unis.

Barracoon rend compte de la violence utilisée pour transformer les esclaves en biens à vendre. Oluale Kossola raconte son histoire, parlant de ses racines, de son voyage et comment il a été enlevé de son royaume ouest-africain de Takkoi, en 1860. l’ancien esclave faisait partie de ceux qui ont été capturés par le royaume esclavagiste de Dahomey et transportés en Alabama sur des navires en bois, pour lui c’était la « Clotilde ».

Pendant des semaines, la jeune écrivaine et l’ancien esclave mangeaient des pêches et des pastèques et parlaient des souvenirs passés de Cudjo Lewis, depuis son enfance en Afrique, des horreurs durant sa capture et de sa détention dans un barracoon pour enfin être choisi  par des esclavagistes américains. Puis la mémoire du vieil homme se remémore des 100 autres africains tassés, comme lui à bord de la Clotilde, et aussi des années qu’il a passées en esclavage jusqu’à la fin de la guerre civile.

Malgré l’existence de la loi de 1807 interdisant l’importation d’esclaves, les marchands d’esclaves ont longtemps continué la vente illégale d’hommes noirs, cinquante ans après l’interdiction de la traite des esclaves aux États-Unis.  Cudjo Lewis (Oluale Kossola) était alors la seule personne en vie qui pouvait témoigner de cette période de l’histoire des Etats-Unis. 

Aux États-Unis, sans avoir aboli l’esclavage, la loi du 2 mars 1807, interdisait l’importation d’esclaves. Non appliquée, en 60 ans, près de 250 000 esclaves auraient été débarqués illégalement avant la guerre de Sécession.
Le prix d’achat des esclaves très bas en Afrique, augmente dès leurs arrivés aux États-Unis. Un esclave coûte 500 dollars en 1805, 2 500 dollars en 1860. Aux Antilles, les esclaves achetés 10 dollars en Afrique sont ensuite revendus 625 dollars en 1847.

Oluale Kossola est parmi les rares esclaves qui après la liberté, a acheté la terre de Meaher et fondé Africatown une petite ville dans l’Alabama, avec d’autres anciens esclaves, sortis du même navire négrier.

Barracoon décrit  les blessures « indescriptibles », vécues par les esclaves noirs : « Nous disons dat (en l’appelant Africatown), parce que nous voulons retourner sur le sol africain et nous pensons que nous pouvons le faire » avouait Oluale Kossola à son interlocutrice en 1927.

Oluale Kossola, le dernier esclave noir des Etats-Unis, rêvait désespérément qu’il ne serait pas oublié et quand Zora Neale Hurston lui a promis qu’elle écrirait son histoire, le vieil homme lui a répondu : «  Thanks Jesus! Quelqu’un vient pour parler de Cudjo! On saura qui je suis. Quand je ne serai plus là, si un jour quelqu’un prononce mon nom, quelqu’un d’autre dira : « Ouais, je connais Kossula. »

Il y a près d’un siècle qu’Hurston d’Eatonville et Kossola d’Africatown se rencontraient et discutaient d’un passé douloureux, celui des africains vendus comme de simples objets sur les côtes sud-américaines. Des millions d’hommes transportés et vendus, Cudjo Lewis était la seule personne encore en vie pour raconter les horreurs de l’esclavage.

« Barracoon: The Story of the Last “Black Cargo », 208 pages, est publié chez Amistad, il coûte 24,99 dollars.

Dorothée Audibert-Champenois/Facebook Twitter C’news Actus Dothy
Images Amistad/Source Blacknews/Book Review/WashingtonPost