Victorin Lurel souhaite la reprise de l’épandage aérien en Guadeloupe

Vues : 5

Alors que la Martinique attend cette semaine la décision de justice concernant la suspension de l’épandage aérien, Victorin Lurel, ministre des Outre-mer, vient d’annoncer que l’Etat fait appel de la décision du tribunal administratif de Guadeloupe suspendant pour une durée de 8 mois l’épandage aérien dans l’île sœur. Les réactions ne se sont pas fait attendre chez les protecteurs de l’environnement. Voici la réponse d’Harry Durimel, conseiler régional et écologiste guadeloupéen, à Victorin Lurel.

Victorin LUREL a fait une rapide incursion au Conseil régional de la Guadeloupe pour exprimer son hostilité aux écologistes et au Collectif contre l’épandage aérien. Il semble en faire une affaire personnelle.

Lors de l’assemblée plénière de ce 8 octobre 2012, appelée à délibérer sur l’adoption du Schéma Régional Eolien, le Ministre de l’Outre-mer et Conseiller Régional, Victorin LUREL, a fait une brève apparition dans l’hémicycle et a exprimé le souhait de faire une déclaration urgente avant de reprendre l’avion, sur le sujet de l’épandage aérien.

Il déclarait alors en substance ceci:

« J’étais en Guadeloupe pendant 3 jours et j’ai appris que le tribunal administratif avait suspendu l’arrêté autorisant l’épandage aérien. C’est une erreur de droit et l’Etat fera appel. C’est une vraie catastrophe pour les bananiers, mais ils savent que la Région sera avec eux et que la Région a toujours été à leurs côtés pour faire face aux difficultés. Quant aux donneurs de leçons lorsqu’ils vont se retrouver avec deux cent mille tonnes de bananes sur les bras, je voudrais bien voir leurs propositions. Les produits concernés ne sont pas toxiques. Rien n’est prouvé… Nous ne sommes pas des empoisonneurs! De toute façon le Préfet va rétracter l’arrêté et prendre un autre arrêté! Je sais que les planteurs recherchent une solution pour pratiquer l’épandage aérien avec autre chose que le Banol. »

Autrement dit, le Ministre Président montre ses muscles et menace de réduire à néant la petite victoire d’étape que le Collectif contre l’épandage aérien vient de remporter, en DROIT.

Pire, il viole la séparation des pouvoirs et porte un jugement sur l’ordonnance d’un juge qu’il accuse d’avoir commis « une erreur ».

Quant à nous Caraïbe Ecologie – Les Verts, qui nous sommes alliés au PS sur la liste «Tous pour la Guadeloupe », sur le fondement d’un programme tendant à faire de la Guadeloupe, la «1ère éco-région de la Caraïbe » nous vivons cette déclaration tonitruante comme un insupportable affront, voire même une attaque frontale.

Je vous livre ci-après la déclaration que j’ai faite instinctivement lorsque la Présidente de Région m’a donné la Parole pour présenter le projet du Schéma régional éolien élaboré par la Commission Energie que je préside:

«Il m’est impossible de prendre la parole pour présenter un document qui touche à un pan essentiel du développement durable. Développement durable qui a été promis aux Guadeloupéens puisqu’on s’est engagé à faire de la Guadeloupe la 1ère Eco-Région de la Caraïbe.

J’ai du respect pour les institutions et du respect pour mon prochain, fût-il Ministre de la France, de Baie-Mahault ou de Bouliqui.

Mais, je ne peux souffrir en silence ce qui m’est apparu comme une déclaration de guerre, non pas seulement à moi, mais aussi aux écologistes, aux guadeloupéens qui se sont émus de la pratique de l’épandage aérien dans un pays gorgé de poison pour cent ans.

Quant à l’erreur de droit allégué, elle n’en est point une. Par contre, j’ai relevé deux inepties dans le discours du Ministre Président: il annonce qu’il fera appel de la décision du Juge, en même temps il déclare que l’Etat va rapporter l’arrêté suspendu. Non seulement on ne peut pas faire appel d’une ordonnance suspendant un acte administratif, mais encore, tout recours contre un arrêté rétracté serait sans objet.

 Si je peux concevoir que le Ministre Président soit un chaud partisan de l’épandage aérien, je trouve particulièrement offensant qu’un membre de notre majorité, surtout de cette stature là, se permette de lancer une MOTION DE DEFIANCE à l’égard d’une composante de son groupe avec une telle virulence sans même prendre la précaution de me toucher un mot au préalable, quant à cette divergence»

Face à la détermination exprimée par le ministre à rétablir la dérogation qui permet de contourner le principe d’interdiction de l’épandage aérien posée par les lois européenne et française, il nous faut élargir et populariser la résistance, pour la bonne cause.

Après ce qu’on nous a fait avec le chlordécone, nous n’allons pas laisser refaire le même coup 20 ans plus tard.

Harry J. DURIMEL