Violence, meurtre, manipulation : La prison de Cayenne est un cocktail explosif

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La seule prison de Cayenne, est à Rémire-Montjoly, a quelques dizaines de kilomètre de la capitale. Une structure carcérale où se déroule des incidents graves depuis quelques années, selon le magazine français Médiapart.

Mutineries, meurtres entre détenus, attaques syndicales et favoritisme supposé de la Direction ont longtemps entravé le fonctionnement du Centre pénitentiaire de Guyane. Les relations entre détenus et surveillants sont si violents que l’État a du intervenir en prenant des mesures radicales. Une poudrière que découvre Christiane Taubira, encore Ministre de la Justice en Octobre 2015 . Aussitôt, la Garde des Sceaux de l’époque, rédige un rapport qui permettra par la suite de prendre les sanctions nécessaires contre des présumés accusés.

Contrairement aux autres prisons de France, Rémire-Montjoly souffre de son isolement social. Éloigné de la ville principale, sans transport en commun, le centre de détention est difficile d’accès, les visiteurs de prisons ne peuvent pas s’y rendre, les parloirs sont vides et ceux qui attendent des aménagements de peine sont des laissés-pour-compte.

La Prison de Cayenne censée recevoir 416 détenus, souffre d’une surpopulation qui atteint les 120%. Femmes, mineurs, prévenus et condamnés sont tous sous le même toit, avec essentiellement des détenus étrangers, Guyanais, Surinamais et Brésiliens, « des jeunes peu respectueux à l’égard du personnel , d’un niveau de qualifications faibles et illettrés » selon l’Inspection Générale des Services Judiciaires. Une situation qui provoque familiarité et souvent des conflits d’autorité face à des surveillants qui totalisent un taux d’absentéisme record. C’est dans ce contexte explosif que le nouveau Chef d’Établissement, Jean-Philippe Mayol arrive en Décembre 2014.

La tension se dégrade immédiatement, les délégués syndicaux s’opposant à toutes les réformes du nouveau Chef d’ Établissement. Ses premières mesures visaient à réduire le taux d’absentéisme, à diminuer les effectifs de surveillants, à aménager équitablement les heures supplémentaires et à mettre fin aux écarts de conduite des surveillants.

Des initiatives qui passent mal auprès des gardiens de prison. Pour eux Jean-Philippe Mayol est un néocolonialiste et il doit quitter le sol guyanais.
De 2014 à 2015 , les faits d’insubordinations, de menaces et d’intimidations font le quotidien du Centre. Le personnel reprochant au Chef d’Établissement de se ranger du côté des détenus.
Parallèlement, les assassinats dans l’enceinte de la prison, se multiplient. Des jeunes incarcérés s’entre tuent pour des raisons futiles, le 19 Août 2015, un prisonnier est assassiné tué par six autres détenus durant une promenade. Le dernier homicide est celui du 4 février dernier, où un prisonnier est tué d’un pic artisanal, pour une histoire de joint volé.

Face à cette hostilité ouverte contre lui, Jean-Philippe Mayol installe une vidéo-surveillance dans la prison, et les preuves sont flagrantes. Sur les écrans, on voit un gardien de prison frapper un détenu, qui est dans une posture humiliante. Le Chef d’Établissement, Jean-Philippe Mayol, saisit le Parquet, malgré la fronde des surveillants. Sa plainte est pourtant classée, ce qui fragilise son autorité dans la prison de Rémire Montjoly. Dans cette confusion, « les détenus n’osent pas porter plainte », constate François Bès de l’Observatoire des Prisons (OIP).
Retournement de situation, les surveillants de prison mécontents de l’attitude de leur direction qu’ils jugent plus favorable aux détenus, portent alors plainte pour harcèlement moral.

Nous sommes en Juin 2015, porté par des allégations syndicales, un mouvement social déclenche 5 jours de « mobilisation générale ». Du 11 au 16 juin, personne ne rentre, ni ne sort de la prison de Rémire-Montjoly.
Les détenus se plaignent de cantines fermées, de conditions sanitaires dégradantes, du blocage de leur dossier judiciaire, une mutinerie éclate.
L’Inspection Générale des Services Judiciaires est saisie. La mission de l’Inspection désapprouve les allusions racistes des forces syndicales, car dit-elle, « la liberté syndicale n’autorise pas tout. », mais souligne que le Chef d’Établissement a eu « une position de contradicteur ou de victime, peu compatible avec l’impartialité, la distance et la pondération attachée à la fonction ».

Au final, l’Inspection des Services Juridiques prend la décision de muter Jean-Philippe Mayol.
Le 24 mars, Philippe L. l’adjoint de FO pénitentiaire, est muté d’office, Floren E, Le 31 mars, un représentant syndical FO est radié des cadres de l’administration pénitentiaire. Nadine C. est mutée en métropole, son salaire suspendu pendant deux mois. Deux autres gardiens de prison sont aussi suspendus pendant 24 mois dont 18 avec sursis, dont l’un pour avoir tabassé un prisonnier en juillet 2014, et une surveillante, sept jours.

A l’AFP aujourd’hui, la Chancellerie a confirmé que toutes les procédures ont été engagées entre février et mars 2016, et que les arrêtés sont en cours de signature (Figaro.fr 4/04/16).

Il n’empêche que l’Observatoire des Prisons s’inquiète pour l’avenir, « si des moyens ne sont pas aménagés pour des remises de peine, des contrôles plus efficaces, si toutes les initiatives de médiations ne sont pas remises en cause ».
l’Inspection Générale des Services Juridiques va plus loin, elle demande la construction d’une autre structure carcérale qui répondrait aux besoins de mobilité et de flexibilité en cas de conflit.

Dorothée Audibert-Champenois