Vision de l’afro-féminisme en France

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Des femmes 2.0 de toutes nationalités, des activistes « héritières » des Blacks Panthers. Elles sont originaires de Martinique, de Guadeloupe, d’Haïti, du Cameroun, de la RDC des Comores du Burkina Faso.

Le Collectif femmes MWASI, regroupent toutes ces femmes. Un collectif non-mixte de femmes Africaines et Afrodescendantes. Témoins directs et actrices des oppressions et des questions liées aux femmes noires en France, ce sont des militantes.

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Le 31 Octobre , ces femmes noires on défilé en tête du cortège de la Marche pour la Dignité et Contre le Racisme. Elles portent le flambeau pour l’émancipation des femmes noires. Elles sont les femmes que l’on entend pas, que l’on ne voit pas. Au sein de Mwasi, ces filles là, luttent contre l’invisibilité.

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Sharone Omankoy est une grande et sculpturale africaine de la République Démocratique du Congo.

On s’isole, elle sourit…

Dothy A-CH. : Bonjour,

SHARON OMANKOY : Bonjour, je m’appelle Sharone. Je suis membre du groupe afro-féministe Mwasi.

Dothy A-CH. : Le collectif est non-mixte, pourquoi ?

SHARON OMANKOY : Parce que cela nous semblait nécessaire en tant que femme noire, d’avoir un espace à nous. Un espace où, il était possible d’échanger et de réfléchir surtout ensemble, de la manière dont on pouvait porter nos revendications.

Dothy A-CH. : Que veut dire Mwasi ?

SHARON OMANKOY : Mwasi, veut dire Femme en Lingala. C’est un terme qui sonnait bien. On a tenu à le conserver, parce que nous sommes un collectif de femmes. Voilà.

Dothy A-CH. : Lingala ?

SHARON OMANKOY : Le lingala, en fait c’est une langue, qui est parlée en République Démocratique du Congo (la RDC). C’est une des langues nationales. Au début du Collectif, il y avait des femmes issues du Congo. Le mot Mwasi a émergé ainsi.

Dothy A-CH. : L’image de votre Collectif, représente un peigne afro avec un poing levé !

SHARON OMANKOY : Eh bien, c’est une façon de rappeler que quelque soit notre lieu de vie, qu’on habite en Métropole ou au Brésil, on a toute été amenée ( à un moment donné dans notre parcours) à manipuler nos cheveux, à les peigner, à se tresser, à se tisser, voilà. Le peigne afro, c’est ce qui lie, toutes les diasporas africaines et afrodescendantes.

Dothy A-CH. : C’est quoi en 2015, être Afrodescendante?

SHARON OMANKOY : Etre Afrodescendante c’est une multitude d’identités. C’est déjà être fière de sa couleur de peau, de la valoriser comme on en a envie. C’est connaître l’histoire de sa communauté. Mais aussi celles des diasporas africaines à travers le monde. Etre Afrodescendante, c’est se sentir concernée par ce qui touche les Africaines et les descendants du continent africain.

Dothy A-CH. : Depuis quand il existe ce collectif ?

SHARON OMANKOY : On a crée ce groupe il y a un an. Mwasi a été crée en novembre 2014 à l’occasion de la journée internationale contre les violences faites aux femmes. On soutenait les femmes de la RDC qui on le sait, sont confrontées dans l’Est du Pays à des violences sexuelles et à des viols. On dénonçait ces crimes de guerre.

Dothy A-CH. : Vous n’êtes pas embarrassée si on vous assimile à un groupe communautaire ?

SHARON OMANKOY : Non, on n’est pas du tout embêté, on est très à l’aise avec ce terme là. Qu’est-ce que ça veut dire communautariste ? A partir du moment où on fait le choix, nous, d’être non-mixte, de réfléchir sur des questions qui nous concernent…

Cela ne veut pas dire qu’on est coupé du monde. C’est juste qu’on s’accorde du temps pour avoir de vraies réflexions et pourvoir porter des revendications sur les questions du racisme, sur les questions sexistes mais aussi liées à nos identités sexuelles, de genres… ex-cetera.

Dothy A-CH. : C’est de l’activisme ?

SHARON OMANKOY : Nous sommes des activistes. On milite sous différentes formes. On s’investit dans la COP21 par exemple, comme ce Troc samedi dernier. Nous faisons des formations sur le bien-être. On aborde des thématiques, dans l’idée vraiment de transmettre aux autres. On mobilise les femmes noires sur des choses qui pourraient les concerner, qu’elles soient maîtresses de leur émancipation.

Dothy A-CH. : C’est tout le combat des anciens ; des Blacks Panthers Party ! Etes-vous les héritières de ce mouvement des années 60 ?

SHARON OMANKOY : Vous ne vous trompez pas. C’est sûr, qu’on s’inscrit dans toutes les luttes d’émancipation. Mais nous nous sentons aussi proche de la Coordination des Femmes Noires un des premiers collectifs afroféministes français.

Dothy A-CH. : Qu’est-ce pour vous être actrice de son émancipation ?

SHARON OMANKOY : Actrice de son émancipation, c’est choisir de faire ses propres choix, en toute conscience, librement en accord avec soi-même, avec son histoire, avec son corps aussi. C’est aussi de choisir les grilles de lecture qu’on a envie d’avoir tout en prenant conscience qu’on vit dans une société française, qui nous discrimine.

Dothy A-CH. : Par exemple ?

SHARONE OMANKOY : A tous les niveaux. Que ce soit au niveau de l’emploi, au niveau scolaire, que ce soit au niveau de l’ « exotisation », de l’hyper sexualisation des femmes noires dans la société. On ne peut pas nier le fait qu’on vit dans une société qui s’inscrit dans une histoire coloniale et esclavagiste. Donc la manière dont on est représenté, ne serait-ce que notre corps, est problématique. Soit on n’est pas du tout représenté, soit on est représenté de façon caricaturale et on a envie de changer la donne.

Dothy A-CH. : On reste sur ce thème. Votre explication de l’afroféminisme est décolonial et anti impérialisme, ce n’est pas un peu dépassé ?

SHARON OMANKOY : Ah non, les guerres impérialistes sont toujours là ! Je crois qu’elles sont plus que jamais d’actualité. Est-ce que la France-Afrique est partie ? Je ne pense pas. Elle est toujours là. Comment se comporte l’État français avec les Départements d’outre-mer ? On se questionne aussi, donc, Non ! Ce sont des luttes qu’il faut continuer à mener. Des Pays du Sud sont clairement exploités par quelques Pays du Nord. Ce sont des choses qu’il ne faut pas oublier, ce sont des luttes qu’il faut mener. Tout cela est ponctuer de racisme, de paternalisme, donc notre combat à tout son sens.

Dothy A-CH. : Comment vous atteignez les femmes Afrodescendantes et est-ce qu’elles vous entendent ?

SHARON OMANKOY : Je pense qu’on leur parle assez simplement. On vit avec notre temps. Nous sommes sur les réseaux sociaux, on Tweete, on est sur FaceBook, on est sur Instagram. On est des filles 2.0. C’est vrai ! Mais on fait aussi du terrain. On organise des formations qui sont accessibles à toutes les femmes noires.

Dothy A-CH. : Quelles sont vos plus belles réussites, vos plus belles actions Sharone ?

SHARONE OMANKOY : Sur le Plan national, on peut se réjouir qu’on ait pu organiser la journée du 8 Mars 2015 en France ( La Journée Internationale des Femmes pour l’Égalité des Droits). C’était un temps fort. On s’est vraiment fait connaître à ce moment, ça a été un grand jour pour le collectif Mwasi. On a pu passer nos message dans les médias. Nous avons aussi beaucoup soutenu les migrants de la Chapelle, des hommes et des femmes réfugiés en France qui fuient les pays en guerre. On a eu des actions multiples tout au long de l’année 2015. Autant d’événements qui auront marqué la présence de Mwasi dans le paysage féministe français, qui auront permis à ce collectif de s’agrandir et de donner de la visibilité aux femmes noires en tant que sujet politique.

Dothy A-CH. : Vous êtes quand même en adéquation avec les femmes d’Afrique et d’Amérique ?

SHARON OMANKOY : On est dans une sonorité internationale. On est sensible à ce qui se passe aux Etats-Unis. Par exemple quand il y eu tout le mouvement Black Lives Matters : les vies noires comptent( Aux Etats-Unis, cinq manifestants ont été tués le 18 Novembre 2015 lors d’une manifestation de l’association Black Lives Matters (BLM) au Nord de Minneapolis. L’attaque aurait été perpétrée par des suprématistes blancs.-Rue 89 24/11/15).

Tous les mouvements menés par des femmes noires aux quatre coins du monde ne nous laissent pas indifférentes. Au contraire, cela nous porte, cela nous intéresse. On doit se nourrir aussi de ces luttes là pour enrichir les nôtres au niveau local.

Dothy A-CH. : Des féministes sublimement apprêtées, est-ce compatible, cette mise en beauté et votre engagement sur le terrain ?

SHARON OMANKOY : Complètement. C’est complètement compatible. Moi je suis contente, d’être apprêtée. Je le fais pour moi. Se sentir bien dans son corps, c’est valoriser sa peau. Alors on le fait chacune à notre manière, et je pense qu’il ne faut pas hésiter à valoriser la diversité de nos peaux foncées ou plus claires. Quelque soit notre physique ou notre mélanine, nous sommes, nous, femmes noires belles et puissantes.

Dothy A-CH. : Merci Sharone.

SHARONE OMANKOY : Je vous en prie, merci beaucoup.

Entretien Dothy A-CH. Pour PBK