A quelques heures d’un nouveau rassemblement, en soutien à Kéziah, les circonstances de son interpellation font toujours débat

Mardi, le Procureur de la République a confirmé la légitimité de l’interpellation du jeune homme, le 16 juillet dernier, qui a commis, selon lui, des « violences envers personnes dépositaires de l’autorité publique ». Les gendarmes l’accusent de les avoir frappés très violemment, ce qui a justifié la mesure de garde à vue, selon le Procureur Renaud Gaudeul.

Une version que le militant dément formellement. « Si j’avais donné 5 violents coups de poing aux gendarmes j’aurais eu des hématomes sur les doigts », dit-il face à la caméra, après sa mise en liberté, en montrant ses mains intactes.

La semaine dernière, à l’issue de sa garde à vue, Kéziah encore sous le choc, avait livré, malgré la fatigue et des violences visibles sur son corps, sa version des faits dont voici ci-dessous l’intégralité dans une interview prise à chaud.
On le voit entouré de sa grand-mère, sa mère et de sympathisants.

Des vidéos relayées sur les réseaux sociaux permettent de se faire une idée des circonstances de l’interpellation du jeune homme, mais le Procureur de la République affirme qu’il existe une vidéo sur laquelle il se fonde.

L’arrestation de Kéziah est intervenue lors d’une charge des gendarmes mobiles pour dégager la rue accédant au commissariat central de Fort-de-France.

Les forces mobiles ont repoussé les manifestants et évacué leurs tambours pour progresser.
La mère de Kéziah qui faisait partie du groupe de manifestants, tente alors de récupérer un tambour. « Je me suis faufilé entre les gendarmes pour récupérer le tambour. Le gendarme qui avait le tambour est tombé tout seul sur ma mère », raconte Kéziah.

Il se précipite alors pour porter secours à sa mère, tombée à la renverse avec un tambour et un gendarme sur le corps.

C’est alors, que les coups pleuvent. Il est intercepté par des gendarmes qui lui assène des coups de matraques. On ignore, si le coup qu’il a reçu à la tête provient de cet assaut.
Kéziah est immobilisé par au moins quatre gendarmes dont l’un qui le maîtrise assis à califourchon sur lui. L’étudiant saigne abondamment de la tête.

La video diffusée sur les réseaux sociaux montre cette scène qui a choqué les internautes. Elle a été filmée par un anonyme depuis son immeuble qui domine la scène du drame. Sur cette vidéo captée depuis l’immeuble Plein Ciel qui se situe à l’aplomb de la rue Victor Sévère, on entend Keziah hurler de douleur. Son crâne saigne.

Un autre gendarme se précipite vers lui et lui porte la main au visage avant de lui hurler dessus : « Regarde moi bien, regarde mon visage. Je t’ai pas touché ». Le reste de l’échange est inaudible.
On voit un gendarme qui nettoie la flaque de sang du jeune homme au sol. Keziah est ensuite transféré dans l’enceinte du commissariat de la rue Victor Sévère où il est informé de son placement en garde à vue à 17h50.

« Ils m’ont dit que j’allais payer, ils m’ont dit : « Sale négro », que j’étais baisé », raconte plus tard Kéziah.
« Ils m’ont donné des coups à la tête, au dos, sur les bras, ils m’ont piétiné mes parties intimes, un des gendarmes a enfoncé son pouce dans mon oeil alors que j’étais menotté. Je pleurais du sang », poursuit le jeune homme qui présente un hématome sur le bras droit et un oeil gonflé, rouge de sang.

« Je suis retourné à la Meynard hier (vendredi 17 juillet, soit 24 heures après son interpellation). Je ne me sentais pas bien, j’avais des pertes de connaissance, j’avais des douleurs extrêmes. Les conditions en garde à vue ne sont pas propices à un rétablissement, à un moment je dormais à terre », confie l’étudiant de 22 ans qui relève qu’il a dû insister pour avoir d’autres soins. Il est évacué en ambulance vers le CHU de la Martinique.

Dans une vidéo, on l’aperçoit hagard, à travers la vitre de l’ambulance, la tête entourée de bandages. Il est conduit à l’hôpital pour être examiné par des médecins, sous escorte policière. Kéziah y reste en observation, puis est reconduit vers 3h00 du matin au commissariat où il est maintenu en garde à vue.

Au cours de son deuxième passage à l’hôpital où un deuxième scanner a été fait, aucun traumatisme crânien n’a été décelé. Il lui sera délivré deux jours d’interruption temporaire de travail.

Le samedi matin, Keziah est présenté au Procureur de la République au palais de Justice de Fort-de-France, qui le mettra en examen et le placera sous contrôle judiciaire pour « violences envers personnes de dépositaires de l’autorité publique ».

Le jeune homme sera jugé le 27 août prochain par le tribunal correctionnel de Fort-de-France. Sa famille a confirmé cette semaine sa volonté de porter plainte.

Le jeune homme a été de nouveau hospitalisé, lundi matin, au CHU de La Meynard, où il subit encore une série d’examens.