Actrice transgenre, la caribéenne Indya Moore rend hommage aux 18 transsexuelles noires tuées en 2019

Le 5 septembre 2019, à New York, l’actrice et mannequin Indya Moore était honorée aux Fashion Media Awards. L’occasion pour la militante transgenre de rendre hommage aux 18 femmes transgenres noires assassinées depuis le début de l’année. Ce soir là, Indya Moore arborait de longues boucles d’oreilles, un sac à main et un cadre sur lesquels étaient représentés les photos de chaque femme trans qui avait été tuée en 2019. Indya Moore est plus qu’une actrice, la jeune femme de 24 ans est aussi une militante qui met à profit sa notoriété pour rappeler les conditions de vie dans lesquelles évoluent de nombreuses femmes trans racisées.

Fashion Media Awards à Manhattan

On voit souvent la jeune Indy Moore fouler les tapis rouges hollywodiens. Normal, l’actrice aux grand yeux et aux cheveux bruns tourne dans une série télévisée à succès qui a reçue plusieurs récompenses pour l’année 2019. Indya Moore excelle dans la série «Pose», créée l’an dernier par Ryan Murphy et elle irradie l’écran dans le rôle d’Angel Evangelista. La comédienne qui capte avec élégance les flashes des photographes est aussi l’égérie de la Maison de luxe française, Louis Vuitton.

Indya Moore montre la 18ème femme trans noire assassinée

Tous les spotlights du monde ne peuvent faire oublier Indya Moore qu’elle est une femme transgenre. C’est d’ailleurs le personnage qu’elle incarne avec beaucoup de charisme dans la série Pose, aux côtés de ses partenaires à l’écran, MJ Rodriguez, Dominique Jackson ou Angelica Ross. L’univers  de «Pose» , est aussi celui dans lequel elle évolue avec les difficultés, les joies, les extravagances et les errances des femmes trans racisées. Malgré les turbulences qui vont émailler sa vie d’adolescente, Indya Moore dont la mère est portoricaine et le père caribéen devient mannequin, dort quelques fois dans des auberges de jeunesse mais ne désespère pas de trouver sa voie. Elle défile pour Gucci, pour Dior, pour OAK fait la couverture de Elle Magazine.

La une du magazine Elle

En septembre dernier, au Manhattan’s Rainbow Room, lors de son discours de remise du Prix de la couverture de l’année (pour Elle Magazine), Indya Moore a déclaré : «Cette année, 16 femmes connues nous ont été enlevées à cause de la même peur. En ce jour où je suis célébrée et récompensée pour ma visibilité, j’ai décidé de les amener avec moi. Je les porte aux oreilles comme des boucles d’oreilles. J’aimerais remercier Ian Bradley, ma styliste, et la designer Areeayl Yoseefaw, de m’avoir permis de faire venir ces femmes ici ce soir.»

Indya Moore, actrice, mannequin, activiste d’origine caribéenne 

Elle a poursuivi en ajoutant : «Le jour de la fête du Travail (vendredi 1er mai), une jeune fille de 17 ans, Bailey Reeves, a été touchée à mort par balle. Je suis en deuil avec sa famille. Elle ferait la 17e et la plus jeune femme transsexuelle noire connue assassinée cette année par arme à feu. Comme le styliste Ian Bradley l’avait prédit, il était trop tard pour l’inclure dans les bijoux créés par Areeayl Yoseefaw. Je l’ai donc amenée dans ce cadre pour que tout le monde puisse la voir. Elle avait 17 ans, c’était une petite fille. Comme moi, ces femmes ont osé exprimer leur liberté d’exister en se rendant visibles. Cependant, au lieu d’être célébrées, elles sont punies pour cela. ».

Malgré la lumière, le constat est probant et les chiffres le confirment. Les femmes transgenres sont perpétuellement en danger aux Etats-Unis. En septembre dernier, après l’action médiatique d’Indya Moore, Bee Love Slater  une femme de 23 ans devenait la 18ème femme noire trans assassinée. Selon  l’association LGBT+ Human Rights Campaign, qui rappelle que ce sont les femmes noires qui sont les plus visées par cette violence transphobe.

Highlights from the 2019 Fashion Media Awards

Here's what went down inside the Rainbow Room.

Publiée par Daily Front Row sur Vendredi 13 septembre 2019

En guise de conseil, la jeune actrice et militante adresse à toutes les familles, ce message de paix : « Je veux dire aux parents hétéros qui ne veulent pas que leurs enfants se trouvent à proximité de tout ce qui est queer ou trans parce qu’ils craignent que leurs enfants ne soient ou ne deviennent trans. Vos enfants vont être homosexuels, transsexuels ou gays quoi qu’il arrive. L’existence des personnes trans est inoffensive et naturelle. Les trans et les queers ont toujours existé. »

Dans le magazine Daily, L’actrice d’ascendance caribéenne fait en filigrane cet ultime souhait :  «Pose réaffirme que les personnes transgenres méritent d’être aimées dans des relations sûres. Elles méritent des familles. Elles méritent des communautés». Elles méritent de vivre tout simplement.

Dorothée Audibert-Champenois/Facebook Twitter C’news Actus Dothy
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